Le chaos du jour

Que pouvons-nous faire devant l’ampleur du chaos des ténèbres ?

 

Notre monde s’énigmatise, il paraît insensé. L’égorgement d’un prêtre, dont la vie avait été consacrée à Dieu, laisse apparaître ce qu’on ne pouvait pas concevoir.

Il y a en ce monde des auteurs d’actes troubles comme le chaos qui depuis plusieurs mois voudraient rétablir ce que nous trouvions au tout début de l’histoire de l’humanité avec Caïn et Abel : une violence extrême, fratricide, une relation cruelle à l’autre dans sa différence. Ces actes grondants se développent dans l’inconnaissance : il faut se souvenir qu’un peu plus tard Dieu arrêta le bras d’Abraham qui allait égorger son fils Isaac. Le Dieu d’Abraham refusa l’assassinat, et singulièrement l’égorgement, comme s’il voulait, dès cette époque, dire quelque chose à notre réalité.

 

L’homme, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, ne peut pas céder à la nuit qui commence à l’environner. La banalisation du mal, de cet horizon où domine cette terrible inhumanité, ne doit pas provoquer chez l’Homme, roi du monde, chef-d’œuvre de la création, le sentiment d’un appauvrissement des justes actions qu’il pourrait mener là où il se trouve. Prions pour qu’il persiste à prendre la Justice de Dieu pour fin.

 

Nous avons reçu notre salaire, que ce salaire vive en nous.

Ne soyons pas indifférents à la persécution des chrétiens d’orient

Travaillant à la réédification de l’homme dans toutes ses qualités et vertus et reconnaissant en lui l’œuvre de son créateur divin ; croyant à la fraternité de tous ces fils d’un même Dieu ; les Francs-Maçons chrétiens ne peuvent rester insensibles aux malheurs de l’humanité et en particulier au sort des hommes qui professent la même croyance.

Le Franc-Maçon chrétien, agissant dans le monde et dans ses institutions, respecte la laïcité dans la mesure où il reconnaît les mêmes droits à l’entièreté de l’humanité, quelles que soient les croyances et convictions tant que celles-ci ne compromettent pas les devoirs naturels des hommes envers les autres hommes et n’aliènent la liberté d’autrui. Mais il refuse aussi de s’abriter derrière cette laïcité pour éviter de condamner les agissements de telle partie de l’humanité contre telle autre.

Ainsi, les Francs-Maçons du Grand Prieuré des Gaules – Ordre des Francs-Maçons Chrétiens de France – pleurent le triste sort de leurs frères chrétiens d’Orient auxquels ils se doivent d’apporter leur soutien sous toutes les formes possibles et suivant leurs propres facultés. Chrétiens d’Orient persécutés pour leur foi et victimes de bourreaux qui ont délaissé la loi d’amour qui lie l’homme à l’homme et ainsi à Dieu dans une éternelle communion.

Les Francs-Maçons du Grand Prieuré des Gaules, dénoncent aussi, au nom de cette même laïcité, les exactions des faux prophètes qui n’ont cesse de semer la confusion dans le monde afin d’empêcher l’homme d’œuvrer à son perfectionnement en le privant de toutes ses libertés temporelles et spirituelles. Ce sont ceux-là même qui expriment aujourd’hui leur voix par la force, la menace, la terreur, la privation de libertés de penser et d’agir, qui dégradent la nature humaine, la rabaissant par la contrainte au niveau de la leur qu’ils ne cessent de souiller par leurs crimes. Ils perdent ainsi toute étincelle d’humanité.

Le Franc-Maçon chrétien doit en réaction être un vigile de ses propres pensées, paroles et actions. Il a comme devoir de combattre toute pensée, toute parole et toute action qui détournerait l’homme de sa vraie belle nature. Il doit porter aux autres hommes les vertus dont il a juré de donner l’exemple, toujours vigilant à ne pas laisser ses frères, les hommes, sombrer dans cette confusion qui ferait d’eux des tombeaux de la mort.

POUR EN FINIR AVEC LA LAÏCITÉ DÉPRAVÉE

« Le monde moderne est envahi de vieilles vertus chrétiennes devenues folles. »

Chesterton, Orthodoxie, chapitre III

 

La laïcité authentique est une vertu évangélique.

Elle a comme source, et nulle autre, ce précepte divin : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu de qui est à Dieu » (Marc 12/17). Précepte révolutionnaire car, posant en principe la division radicale entre l’ordre du profane et l’ordre du sacré, l’ordre du temporel et l’ordre du spirituel, il s’inscrit en faux contre les conceptions et les mœurs de toutes les sociétés traditionnelles où César (l’Etat, la cité, le monarque, le peuple, bref le souverain) est coopérateur et co-acteur de Dieu. Ce précepte interdit en théorie la confusion du sacré ou du profane, du sacerdoce et de l’empire, confusion qui se traduit le plus souvent par la mainmise de l’un sur l’autre. Mainmise de l’Empire sur le sacerdoce, et on a le césaropapisme. Ou mainmise du sacerdoce sur l’Empire, et l’on a le papocésarisme. L’un et l’autre sont des transgressions du précepte divin.

[Le texte au complet]…

 

 

Christianisme et Franc-maçonnerie universelle

La nature chrétienne du Grand Prieuré des Gaules suscite régulièrement la question de la compatibilité du caractère exclusivement chrétien de notre obédience dans une Franc-Maçonnerie universelle : comment concilier christianisme et Franc-Maçonnerie ? Et en quoi une telle Maçonnerie peut-elle participer au but général de l’ordre maçonnique ?

 

Pour les frères de notre obédience, qui travaillent au sein de sa Grande Loge Réunie et Rectifiée, la réponse s’impose dans toute sa simplicité : le christianisme rend les hommes libres, fraternels et égaux entre eux. Le christianisme n’est pas une religion de soumission à Dieu, ni de crainte de Dieu, mais un acte de coopération divine. Amour de l’homme pour Dieu, comme amour de Dieu pour l’homme. Le christianisme laisse cependant, dans la puissance de cet amour, l’homme accepter ou refuser celui-ci. Il respecte ainsi la volonté de l’homme inscrite dans la grandeur de Dieu.

 

Pour un chrétien, la volonté de Dieu est de grandir l’homme par l’amour dont il provient afin que l’homme puisse atteindre la ressemblance divine. Tous les chrétiens travaillent à cette œuvre et donc à l’exaltation de l’être humain et par là même à celle de la condition humaine. Le christianisme vise ainsi à restaurer l’homme dans sa dignité première. Cet amour s’incarne alors dans une bienfaisance active envers tous les hommes, quelle que soit leur croyance ou opinion, bienfaisance qui doit être la finalité de l’œuvre du Maçon. En cela la Maçonnerie chrétienne est universelle et doit s’exercer universellement par l’intention, la volonté et l’action des frères. L’action du Franc-Maçon chrétien s’inscrit, à l’instar de l’incarnation du Christ, dans la réalité de notre société dont la culture porte l’héritage de cette incarnation à travers ses fruits visibles et invisibles. Les valeurs des vertus du christianisme transmises à notre nation et à son état structurent son histoire, son architecture et sa beauté. L’idéal du Franc-Maçon chrétien n’est absolument pas façonné par une vision cléricale mais plutôt par la transmission d’une tradition chevaleresque qui témoigne du Verbe et qui s’exprime par la charité envers les humbles et les faibles. Nous avons des devoirs envers tous ceux qui souffrent.

 

Le Grand Prieuré des Gaules manifestant un christianisme originel rejette toute haine et reconnaît  en tout homme la même image de Dieu, ce qui pour nous est l’égalité parfaite. Notre obédience n’a aucune couleur politique, se veut lumineuse et loin de tous les obscurantisme du monde. Le GPDG ne défend aucune idéologie et n’a pour doctrine que celle de ses fondements. Quand l’homme n’est plus humain, il n’est plus divin, aussi l’extrémisme, le fanatisme, l’injustice, l’intempérance, le meurtre sont incompatibles avec le véritable christianisme. Celui-ci aide les hommes à accueillir les différences comme autant de richesses et d’expressions de la gloire divine tant que celles-ci ne vont pas à l’encontre de l’amour, de la dignité, de la beauté et de la grandeur humaine. Il vise à rétablir l’homme dans tous ses pouvoirs et droits originels, tout en l’aidant à prendre conscience de ses devoirs envers Dieu, ses frères, son pays et tous les hommes. C’est pour cela qu’il est persécuté et dénigré dans le monde par ceux qui ne souhaitent que la confusion et qui refusent toute limite pensant que leur liberté ne peut s’accommoder d’aucun devoir et qui finalement refusent de croire en l’homme ! Le chrétien lui, aime l’homme comme son Dieu.

 

Le christianisme s’accommode parfaitement de la laïcité car par amour il accueille les différences et par humilité il sait rester intérieur sans avoir à afficher sa présence, sinon par les marques d’amour de ceux qui le confessent. Ces marques seront surtout sensibles du fait de l’action de chaque frère qui promet de porter auprès de tous les hommes les vertus chrétiennes dont il s’est engagé à donner l’exemple. Ces vertus se manifestent sans ostentation mais avec une douce persuasion.

 

En cela et pour cela la Franc-Maçonnerie chrétienne au Grand Prieuré des Gaules concourt grâce à son enseignement, à ses rites et à sa pratique  à la grandeur universelle de l’œuvre maçonnique.

 

… parce que nous sommes des hommes

Les frères du Grand Prieuré des Gaules, Ordre des Franc-Maçons Chrétiens de France, expriment leur dégoût et leur protestation devant les actes ignobles qui se déroulent dans notre pays

 

Parce que nous sommes des hommes nous combattons toute forme de barbarie. ‎

Parce que nous sommes attachés à notre pays nous en partageons les souffrances et le deuil.

Parce que nous sommes issus d’une Maçonnerie qui vit le jour avec le siècle des Lumières, nous rejetons l’obscurantisme, les idéologies et actes fétides qui l’accompagnent, ainsi que toute atteinte à la dignité humaine.

Parce que nous sommes croyants, nous refusons toute perversion de la pensée religieuse et son détournement à des fins que nous condamnons.

Parce que nous sommes chrétiens, nous pensons que la grandeur de l’homme est dans le juste usage de son libre-arbitre et que nul être n’a sur lui le droit d’atteinte à l’image divine qu’il porte en lui.

Enfin parce que nous vivons dans ce monde nous rejetons aussi ceux qui veulent s’en faire les princes et qui ne sont que les ignobles marionnettes de celui qui y sème la confusion et le chaos.

La Règle maçonnique approuvée au Convent de Wilhelmsbad

Rectifié

Chaque société a besoin, pour se maintenir et se développer, de se soumettre à des règles. Certaines règles, telles que les constitutions des états  ou les règlements intérieurs des associations définissent l’organisation interne ou encore les procédures de résolutions de litige par exemple. D’autres règles sont plutôt des « règles de vie » indiquant aux membres comment agir dans certaines circonstances ou face à certaines problématiques, des plus théoriques au plus pratiques.

Parmi les exemples les plus arquant de « règles », on pense d’abord aux règles monastiques apparues en Orient avec les règles de saint Pacôme (+ 346) ou celle de saint Basile (+ 379). Elles furent consolidées, en Occident, à Lérins, par saint Honorat (+ 430) et un peu plus tard par saint Benoît de Nursie (+547)Les règles des ordres monastiques toujours vivants en Occident en sont issues.

Qu’en est-il de la Franc-maçonnerie qui n’est ni ordre monastique ni ordre chevaleresque au sens strict du terme ? En tant que société organisée, la Franc-maçonnerie s’est très tôt dotée de règlements : ce furent les fameuses « Constitutions d’Anderson » écrites et traduites dans les années 1720 – 1730. Le Régime rectifié a cela de particulier qu’il chercha à mener une « rectification » de la Franc-maçonnerie en plein XVIIIe siècle. L’une des étapes fondamentales de cette rectification fut le convent national des Gaules tenue à Lyon en 1778 et une Règle y fut rédigée. Elle fut légèrement modifiée en 1782 à Wilhelmsbad lors du convent générale de l’Ordre.

Cette Règle maçonnique est en réalité spécifique à la maçonnerie rectifiée. Elle est encore de nos jours remise à l’apprenti le soir même de sa réception. Il est donc censé s’y astreindre s’il veut respecter son engagement et mener à bien son cheminement initiatique.

Le Recès du Convent de Wilhelmsbad (Cahiers verts, Hors série « Les convents », 2005, p. 125) l’évoque comme suit :

« Malgré que nos Loges se soient toujours empressées d’enseigner à leurs membres les préceptes de la morale la plus pure et de graver surtout dans le coeur des nouveaux reçus les leçons de la sagesse et de la vertu : nous avons cru devoir faire composer une règle générale pour tous les Maçons, qui leur traçât avec énergie ce qu’ils doivent à Dieu, à leur prochain, à eux mêmes, à leurs frères et à l’Ordre en général ; nous avons par conséquent adopté une règle, écrite dans les deux langues, pour être lue au Candidat lors de son initiation, et avons donné pareillement notre sanction à une paraphrase de cette même règle contenue en neuf articles, pour être soumise à sa méditation ultérieure et être lue quelquefois l’année dans nos Loges.Citation« 

On voit ainsi l’importance de ce texte parfois mis de côté, peut être en raison de la rigueur de ses exigences. Nous avons opté pour sa publication (cliquer ici) : on la trouve déjà ailleurs sur le web et depuis des décennies dans les livres disponibles partout, de plus elle n’est pas particulièrement divulgatrice de secrets maçonniques. Sa lecture permettra au maçon de mieux comprendre l’essence du Régime rectifié et au non maçon de mieux comprendre ce en quoi il s’engagerait s’il souhaitait rejoindre l’Ordre.

Cette Règle est une composante structurante du fond rituélique et doctrinale qui constitue le Régime écossais rectifié au sein du GPDG.

La nature de l’Ordre chevaleresque

Croix cbcs 2

Le Régime écossais rectifié est construit comme chacun sait en trois cercles concentriques :

  • Deux classes ostensibles :
    • La classe maçonnique dont on a évoqué la nature dans un précédent billet
    • L’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte [1]
  • Une classe seulement connue de ceux-là qui la composent : la Profession

Le bref développement qui va suivre concerne exclusivement l’Ordre des CBCS, deuxième classe du Régime écossais rectifié. Il s’agit pour nous d’essayer de cerner sa nature. Pour cela nous nous appuierons sur les deux textes les plus importants traitant de cet Ordre en évitant bien évidemment la divulgation de texte liés à l’essence de l’Ordre seulement connue de ses membres :

  • Le Rituel d’armement de CBCS [2] dont on ne veillera à ne dévoiler aucune partie structurante
  • Le Code de l’Ordre des CBCS [3] tel qu’adopté par le Convent des Gaules le 10 décembre 1778

Le Code définit l’Ordre dès la première phrase de son premier article :

L’Ordre des Chevaliers bienfaisants de la C. S. ramené par la réforme à son but primitif, qui n’est autre que le soulagement de l’humanité, au service de laquelle il est voué, s’occupe de tous les moyens propres à y atteindre, discute les idées utiles, & se sert de la réunion des forces individuelles pour les réaliser & les exécuter avec plus de facilité.

L’Ordre est donc voué au service de l’humanité dont le soulagement est reconnu comme son but primitif. Il met en œuvre les idées et les moyens et réunit les énergies nécessaires à ce soulagement.


Les critères d’admission dans l’Ordre peuvent aider dans la détermination de ses caractéristiques propres. L’article II du Code évoque la noblesse personnelle ou héréditaire à condition qu’elle n’ait pas été souillée par celui qui porte le titre nobiliaire de sa famille. Mais cette noblesse est avant tout celle issue de ce que le Code appelle les « actions vertueuses » et des « moeurs pures » appelées également « noblesse du coeur » qui n’est donc pas nécessairement liée à une noblesse héréditaire. Pour enquêter sur ces qualités qui ouvrent la voie aux candidats, le Code désigne le Prieur du clergé, l’un des dignitaires du Chapitre de Chevaliers. Il est « préposé aux devoirs spirituels, à la conservation des mœurs & aux instructions qu’on jugera à propos d’y donner »[4].


Le titre 2 du Code précise les fondements de l’Ordre :

L’amour de la religion, des mœurs & d’une bienfaisance épurée par les motifs raisonnés qui la dictent


Le Rituel offre une perspective métaphysique en apportant une dimension spirituelle, complément nécessaire à la valeur morale évoqué ci-dessus.


La prière d’ouverture du chapitre d’armement s’adresse à Dieu et donne un indice sur le rôle de l’Ordre puisqu’elle dit qu’il est :

voué à la défense et à la propagation de la foi chrétienne pour l’amour et la gloire de ton Saint Nom.


Et le Grand Prieur rappelle à son tour dès le début de la cérémonie d’armement que l’Ordre est :

uniquement voué à l’exercice des vertus religieuses, morales et patriotiques, à l’honneur et au soutien de la sainte religion chrétienne, à la défense des opprimés, et au soutien des malheureux


Nous n’irons pas plus loin dans l’usage de définition de l’Ordre émanant du Rituel de manière à ne pas trop en dire, l’Ordre exigeant une discrétion à laquelle nous nous soumettons. Nous rappellerons seulement ce qui a déjà été souligné dans notre précédent billet sur la nature de la classe maçonnique : En suivant scrupuleusement les règles que l’Ordre lui imposait déjà en tant que maçon et qu’il continue à lui imposer encore plus activement en tant que chevalier : « [il] accomplira [sa] sublime destinée, [il] recouvrera cette ressemblance divine, qui fut le partage de l’homme dans son état d’innocence, qui est le but du Christianisme, et dont l’initiation […] fait son objet principal. »


On peut donc conclure de ce qui précède que l’Ordre chevaleresque inscrit ses membres dans une loi morale et religieuse qui doit les conduire à agir pour le bien de l’humanité et le doux et persuasif soutien de la religion chrétienne en vue du rétablissement de la ressemblance perdue de l’image avec son Modèle.



[1] CBCS dans la suite de ce texte

[2] Rituel dans la suite de ce texte. Le Rituel en usage au GPDG s’appuie essentiellement sur le rituel imprimé à Wilhelmsbad (Fonds Koss, F XXVI 11310) complété là où cela a paru nécessaire par des éléments provenant de du Fonds WIllermoz (MS 5921, MS 5923)

[3] Code dans la suite de ce texte

[4] Code, Titre 8, Chapitre 1, Article III

La nature de l’Ordre maçonnique

CM

Le Régime écossais rectifié est construit comme chacun sait en trois cercles concentriques :

  • Deux classes ostensibles :
    • La classe maçonnique
    • L’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte
  • Une classe seulement connue de ceux-là mêmes qui la composent

 

Nous souhaitons identifier dans cette courte étude la nature de la classe maçonnique avant d’étudier dans un second texte la nature de l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte.

 

Il ne s’agit pas ici de faire une dissertation érudite qui n’aura pas sa place sur un site web : nous souhaitons simplement tenter une définition de ce qu’est la Franc-maçonnerie telle que la propose le Régime écossais rectifié. Pour réussir cet essai de définition, nous avions plusieurs textes à notre disposition. En effet, le Régime écossais rectifié a cet avantage d’avoir transmis à ses membres contemporains des écrits de l’époque de sa fondation permettant une bonne compréhension du dessein des fondateurs de ce système maçonnique resté intact depuis sa création en 178-1782. Mais d’une part nous ne voulons pas ici trop dévoiler les textes rituéliques (même si, malheureusement, ils se trouvent, facilement pour la plupart, en librairies ou sur le web) et d’autre part nous considérons qu’un texte publié sur le web nécessite un certain esprit de synthèse.

 

Nous nous appuierons donc uniquement sur trois textes :

  • La Lettre à un candidat à l’admission dans une loge rectifiée par Jean-Baptise Willermoz [1]
  • Le Mémoire sur la Bienfaisance d’Henri de Virieu [2]
  • la Règle maçonnique définitivement adoptée au Convent de Wilhelmsbad [3]

 

Dans la Lettre on peut lire :

La Maçonnerie est une école dans laquelle on éprouve graduellement l’aspirant pour en former un homme moral utile dans toutes les parties de la Société humaine où la divine providence l’a placé.

 

On apprend donc que la Franc-maçonnerie est une « école » où l’homme, progressivement, devient utile à l’humanité. La suite de la Lettre  nous indique que sa formation se fait par des symboles et allégories sur lesquels il exercera son intelligence. Cette formation renforce en notre candidat la pratique des « devoirs religieux, moraux et sociaux » lui permettant ainsi d’acquérir ce que Willermoz appelle la « vertu » qu’il présente comme étant « fondée sur les bases inébranlables de la religion chrétienne ». Et notre auteur de souligner que « les principes maçonniques […] sont intimement liés aux principes fondamentaux de la Religion » sans que la maçonnerie deviennent pour autant un lieu de « controverse en matière de religion et de politique ».

 

Ce paragraphe, probablement le plus important de la Lettre, se termine par cette double indication :

[La Franc-maçonnerie] peut se rendre utile par la bienfaisance à la partie souffrante de l’humanité [et] chaque individu qui la compose peut y trouver aussi pour lui-même un avantage réel et inappréciable pour tout le cours de sa vie, et bien au-delà […].

 

On voit ainsi que l’Ordre maçonnique a un objectif double centré sur la Bienfaisance :

  • Bienfaisance envers toute l’humanité sans distinction et sur tous les plans
  • Bienfaisance envers chaque membre de l’Ordre maçonnique

 

On notera l’usage du verbe « pouvoir » avant chacun des deux objectifs ainsi définis : cela signifie que le succès dans cette entreprise de bienfaisance n’est pas garanti et que chacun doit faire les efforts nécessaires pour que la potentialité de cette Bienfaisance se réalise.

 

Mais quelle est donc cette « Bienfaisance » dont on parle ici ? Quel est ce « bien » qu’il s’agit de « faire » ? Le dictionnaire de l’Académie française de 1762 [4], c’est-à-dire de l’époque où cette lettre a été écrite, donne la définition suivante du mot « Vertu » :

Une habitude de l’âme, qui la porte à faire le bien, & a fuir le mal

 

Ainsi « faire le bien » c’est être « vertueux », être capable de « Vertu ». Et c’est d’abord au niveau de l’âme que la bienfaisance se situe et cela correspond à ce que Willermoz évoquait ci-dessus. En effet lorsqu’il dit au candidat que la Franc-maçonnerie peut lui apporter des « avantages […] pour tout le cours de sa vie, et bien au-delà » c’est bien d’un avantage pour l’âme qu’il évoque puisque seule l’âme est considérée comme immortelle par les francs-maçons. La Bienfaisance dont nous parlons provient donc de l’âme et doit d’abord être au service de l’âme.

 

Henri de Virieu, un des compagnons de route de Jean-Baptiste Willermoz, écrivait au sujet de la Bienfaisance :

La vertu qu’on nomme bienfaisance est cette disposition de l’âme qui fait opérer sans relâche en faveur des autres le bien, de quelque nature qu’il puisse être. Cette vertu embrasse donc nécessairement un champ immense, car son essence étant d’opérer le bien en général, tout ce que l’esprit peut concevoir de bien dans l’univers est de son ressort et doit être soumis à son action. C’est de cette manière que l’homme doit envisager et pratiquer la vertu par laquelle il se rend le plus semblable à son principe infini dont il est l’image, à ce principe de bonté qui, voulant sans cesse le bonheur de toutes ses productions sans exception, agissant sans cesse pour le procurer, est ainsi éternellement et infiniment bienfaisant.

 

On voit donc que, dans l’esprit de ces hommes du XVIIIe siècle qui ont fondé la Franc-maçonnerie rectifiée, la Bienfaisance n’est pas seulement matérielle. Elle embrasse un « champ immense », en réalité tout ce qui peut être humainement concevable que cela soit matériel ou spirituel. De plus la vertu ainsi déployée permet à l’homme de ressembler à Dieu ce qui fait écho à la Genèse qui établit la base de l’anthropologie chrétienne en énonçant [5] :

« Puis Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance »

 

Et c’est ainsi qu’on constate que l’initiation maçonnique, telle que proposée par le Franc-maçonnerie rectifié, et le christianisme, dans son sens le plus élevé dépassant les distinctions confessionnelles, ont un même et unique objet. Certes l’une et l’autre ne mettent pas en œuvre les mêmes modalités pour atteindre cet objet, mais les moyens mis en œuvre ne changent en rien l’objectif à atteindre. En effet, le maçon rectifié doit s’efforcer à respecter une Règle [6] qui se termine ainsi :


Si les leçons que l’Ordre t’adresse, pour te faciliter le chemin de la vérité et du bonheur, se gravent profondément dans ton âme docile et ouverte aux impressions de la vertu ;

 

si les maximes salutaires, qui marqueront pour ainsi dire chaque pas que tu feras dans la carrière maçonnique, deviennent tes propres principes et la règle invariable de tes actions ;

 

ô mon Frère, quelle sera notre joie ! tu accompliras ta sublime destinée, tu recouvreras cette ressemblance divine, qui fut le partage de l’homme dans son état d’innocence, qui est le but du Christianisme, et dont l’initiation maçonnique fait son objet principal.

 

Tu redeviendras la créature chérie du Ciel : ses bénédictions fécondes s’arrêteront sur toi ; et méritant le titre glorieux de sage, toujours libre, heureux et constant, tu marcheras sur cette terre l’égal des rois, le bienfaiteur des hommes, et le modèle de tes Frères.



Notes

[1] Lettre dans la suite de ce texte. Elle est conforme à l’original de la B.M. de Lyon (MS 5918 P.3) publiée en préambule du Rituel d’Apprenti du Grand Prieuré des Gaules.

[2] Henri de Virieu, Mémoire sur la Bienfaisance, http://www.gpdg.org/memoire-sur-la-bienfaisance-13/. Au Convent de Wilhelmsbad, dès sa deuxième séance du 29 juillet 1782, Henri de Virieu présenta, à la demande du prince Ferdinand de Brunswick, un Mémoire sur les idées que l’Ordre doit attacher au terme de bienfaisance. Le Mémoire fut adopté par le Convent qui ordonna qu’il fût joint aux Actes, en même temps que le Projet de Chapitre pour le nouveau Code maçonnique qui en reprenait la substance (pièces 95 et 96 des Actes du Convent). Cf Les Cahiers verts – Hors série « Les convents » , Editions du Simorgh, 2005, p. 98. Présentation par J-F Var.

[3] Règle dans la suite de ce texte

[4] http://artflx.uchicago.edu/cgi-bin/dicos/pubdico1look.pl?strippedhw=vertu

[5] Genèse 1:26, Traduction Louis Segond

[6] Dans le Recès du Convent de Wilhelmsbad, l’une des deux réunions fondatrices du régime écossais rectifiée tenue en 1782,  il est indiqué que cette Règle devait être lue au candidat lors de sa réception dans l’Ordre. Nous nous permettons ici de reproduire le dernier paragraphe de la dite Règle qui, sans en divulguer le contenu précis à des non maçons lisant cette brève étude, permettra d’en faire connaître l’esprit.

« Lettre à un candidat » par Jean-Baptiste Willermoz

Willermoz

Nous publions ici l’essentiel de la lettre qu’écrivit Jean-Baptiste Willermoz à un candidat à l’entrée dans une loge rectifiée. Elle est conforme à l’originale qui se trouve à la Bibliothèque Municipale de Lyon (MS 5918 P.3).


Monsieur,


[…] L’origine et le but essentiel de cette institution sont très anciens et sont fort peu connus, même du plus grand nombre de ceux qui portent le titre de Maçon, parce que le grand nombre se contente de l’écorce, et fort peu cherchent le noyau. Les uns ne désirent d’acquérir ce titre que pour se procurer sous son voile quelques amusements mystérieux et des amis souvent alors aussi peu solides que le goût qui les unit ; d’autres le désirent pour exercer en commun une bienfaisance louable et honorable qui est le but ostensible et général de la Société ; d’autres enfin, qui n’ont pu penser qu’une institution dont l’origine primitive se perd dans la nuit des siècles puisse exister et avoir résisté à tous les chocs sans être soutenue par un but fondamental et essentiel pour les hommes de tout rang, âge et nation, ont pris un essor plus élevé, de sorte que pendant que les uns rampent dans le vestibule de l’Edifice, d’autres planent sur son toit.


Les écarts des uns dans la société civile ont avili aux yeux du public, souvent imprudent et précipité dans ses jugements, la Société la plus respectable, parce qu’il a fait à cet égard comme il fait quelquefois pour ce qui concerne la Religion qu’il confond souvent avec la conduite répréhensible de quelques ministres qu’elle emploie. Mais cette Société ayant en elle une force propre, n’a point été et ne peut être par là avilie dans son essence, qui sera toujours très respectable.


De cette diversité de goût […] a dû résulter […] des Régimes différents, dont les uns, à mesure qu’ils se sont plus rapprochés du but primitif, auront dû avoir des règles plus austères que ceux qui auront préféré d’en rester plus éloignés […].


Cet exposé suffira je pense pour vous porter à examiner sérieusement quel est le régime qui conviendrait le mieux à vos vues et à vos goûts, et je me ferai ensuite un devoir et un plaisir de vous indiquer les portes de celui que vous aurez préféré.


Celui auquel je suis attaché […] a la dénomination particulière de Régime Rectifié. Il n’est pas le plus commode, ni le moins exigeant de tous ; mais s’il exige plus que les autres de ses membres, il leur laisse aussi espérer davantage […]. Voici, Monsieur, pour aider à vos réflexions, une définition générale de la Maçonnerie dans le Régime Rectifié, qui est le seul dont je vous parlerai maintenant.


La Maçonnerie est une école dans laquelle on éprouve graduellement l’aspirant pour en former un homme moral utile dans toutes les parties de la Société humaine où la divine providence l’a placé […]. [Dans cette école] on le forme […] sous le voile de divers symboles, emblèmes et allégories propres à exercer son intelligence suivant sa capacité. […] L’étude [de ces symboles, emblèmes et allégories] est adoucie par quelques amusements de société, honnêtes et décents, qui deviennent intéressants par le sel du mystère qui les accompagne. On le forme ainsi s’il ne l’était déjà, ou on le fortifie dans l’amour d’une pratique constante des devoirs religieux, moraux et sociaux, afin qu’il acquiert l’habitude de cette vertu aimable et douce […] mais qui ne peut mériter le nom de vertu qu’autant qu’elle est fondée sur les bases inébranlables de la religion chrétienne. Ainsi, quoique la société des Maçons ne soit pas une société religieuse, car toute controverse en matière de religion et de politique est expressément défendue dans toutes ses assemblées, cependant les principes maçonniques qui la dirigent sont intimement liés aux principes fondamentaux de la Religion sans lesquels nulle société particulière ne peut être essentiellement utile. Ainsi, pendant que le corps entier peut se rendre utile par la bienfaisance à la partie souffrante de l’humanité, chaque individu qui la compose peut y trouver aussi pour lui-même un avantage réel et inappréciable pour tout le cours de sa vie, et bien au-delà, s’il sait priser le bien que l’institut peut lui faire.


Voilà, Monsieur, une légère esquisse de la Maçonnerie en général. Je me fais un plaisir de vous la présenter telle que je la connais, je souhaite qu’elle vous soit agréable. Nous ne proposons à personne de se faire recevoir parmi nous, et en cela nous différons beaucoup des autres, mais nous devons quelques conseils et éclaircissements à celui qui se présente de sa propre volonté. Nous devons lui faire entrevoir que la démarche qu’il se propose de faire est beaucoup plus importante que plusieurs ne le pensent, afin qu’il puisse réfléchir mûrement avant de demander sa réception […].


Si après cet exposé vous persistez, Monsieur, dans le dessein que vous m’avez annoncé, je dois vous faire remarquer qu il n’y a nulle nécessité pour un homme de se faire recevoir Maçon, mais qu’il est de la plus grande importance pour un homme marié de ne faire aucune démarche essentielle qui puisse altérer le moins du monde l’union dans sa maison. Bien des femmes ont un préjugé contre la Maçonnerie ; tout injuste qu’il est, un homme sage ne doit pas le heurter de front. Parmi les femmes qui chérissent leur époux, il y en a qui regardent comme un temps enlevé aux douceurs de leur union celui que le mari destine à une association étrangère ; elles craignent quelquefois que ce qui est un bien apparent ou ne présente qu’un amusement honnête ne devienne une cause de dissipation nuisible de manière ou d’autre au bien commun de la maison. J’ose vous assurer que ces craintes sont sans fondement, mais on doit les excuser chez celles qui sont les premières victimes de leurs préjugés, et on doit agir à leur égard avec toute la prudence que suggère l’amitié. L’homme honnête qui s’est choisi une compagne doit lui rendre autant qu’il peut la vie douce, et ne pas la semer sans une nécessité absolue d’aucune amertume ; le bonheur n’existe que là où on le procure à tout ce qui nous environne. Le vrai Maçon doit être fidèle sujet, bon mari, bon père, bon ami, enfin il doit être tout ce que lui inspire l’amour de la vertu et de ses devoirs : voilà ses caractères essentiels. S’il ne les a pas, ou s’il ne les acquiert pas, il court grand risque de déshonorer la Société en se déshonorant lui-même […].


Je vous prie, Monsieur, de ne pas donner de publicité à cette lettre qu’une estime particulière a dictée, de peur que si elle venait à la connaissance de quelque Maçon, elle ne blessât, contre mon intention, ceux qui pourraient se reconnaître à certains portraits.


Jean-Baptiste WILLERMOZ

Communication suite aux attentats de Toulouse et Montauban

Bien qu’il ne soit pas dans les habitudes du Grand Prieuré des Gaules de commenter la vie publique, celui-ci, face à l’horreur du drame, tient à exprimer sa compassion aux familles des personnes et des enfants tués dans les attentats à la vie commis à Montauban et à Toulouse.
Le Grand Prieuré des Gaules réaffirme son rejet total de toute forme d’exclusions et de systèmes qui ne placent pas l’amour de l’homme au centre du monde. Le sort d’aucun homme ne nous est étranger depuis l’aurore des temps. La xénophobie, le racisme, l’antisémitisme sont par nature totalement étrangers à l’humain et tout crime commis en son nom est un déicide. Le GPDG demande à tous ses membres d’associer dans leurs prières toutes les familles et communautés atteintes dans leurs corps, âmes et esprits.
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