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La
Divine Providence, qui gouverne toutes choses et fait concourir à
l'accomplissement de ses desseins même les entreprises des impies, a, l'année
passée, précisément de cette façon, rendu au Régime Écossais Rectifié sa liberté
et, par conséquent, son intégrité, son authenticité et sa dignité d'Ordre.
Cependant, le retour du
Régime à ses origines ne peut pas, ne doit pas être seulement de nature
institutionnelle et structurelle. Ce doit être un retour à son inspiration
première, à
son esprit primitif
et il est désormais de sa pleine et entière responsabilité qu'il en soit ainsi.
Nous, et nous seuls, serons responsables, et comptables devant Dieu, de ce que
nous, et nous seuls, ferons de
l' Ordre.
Quel est cet esprit primitif ? Le titre même choisi pour j'ordre par ses
fondateurs l'indique de la façon la plus nette. Ce titre, en vérité, est double
: Ordre Bienfaisant des Chevaliers Maçons de la Cité Sainte, et Ordre des
Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte.
L' Ordre est bienfaisant, ses Chevaliers sont bienfaisants.
C'est leur titre distinctif. et c'est aussi celui des Francs‑Maçons, membres de
la classe symbolique de l'Ordre. Dans le catéchisme ou instruction par demandes
et réponses pour le grade d'apprenti Franc‑Maçon on lit :
« Comment un Franc‑Maçon
doit‑il se distinguer des autres hommes ?
‑ Par une bienfaisance active et éclairée,
par une façon de penser noble et élevée, par des mœurs douces et une conduite
irréprochable. »
Et
à peine est‑il besoin de rappeler que la Règle Maçonnique consacre à la
bienfaisance les cinq paragraphes de son article V
I' Ordre est bienfaisant,
disais‑je. Il l'est par nature. C'est, est‑ il dit au Chevalier nouvellement
armé, un « Ordre de bienfaisance et de lumière ». Pour l'Ordre, ne pas pratiquer
la bienfaisance, c'est se dénaturer, s enfoncer dans la voie ténébreuse du
reniement de soi‑même.
Le Chevalier, lui, est
bienfaisant par état. Pour lui, ne pas pratiquer la bienfaisance, c'est déroger,
c'est perdre la noblesse d'âme qui qualifie son état.
Le Franc‑Maçon, enfin, est
bienfaisant par devoir d'apprentissage : il apprend la bienfaisance comme le
reste. Pour lui, ne pas le faire, c'est comme redevenir profane.
Mais qu'est‑ce donc que la
bienfaisance, pour être à ce point essentielle à l'Ordre et à ses membres ?
Au Convent de Wilhelmsbad, en
sa deuxième séance, celle du 29 juillet 1782, Henri de Virieu présenta, sur
l'ordre du prince Ferdinand de Brunswick, un Mémoire sur les idées que l'Ordre
doit attacher au terme de bienfaisance. On sait qu'Henri de Virieu, en dépit de
son jeune âge (28 ans à l'époque), était un des collaborateurs les plus actifs et
les plus dévoués de Willermoz et un de ses hommes de confiance.
Son
mémoire reçut le meilleur accueil du Convent, qui l'adopta, ordonna qu'il fût
joint aux Actes, en même temps que le Projet de Chapitre pour le nouveau Code maçonnique qui en reprenait la substance. Ces deux documents constituent les pièces 95
et 96 des Actes du Convent.
Projet de Chapitre pour le nouveau
Code maçonnique
Ecoutons donc Henri de Virieu :
« Il s'agit de fixer
invariablement le véritable sens que l'Ordre doit attacher au terme de
bienfaisance, qui est le cri universel et le point de ralliement de tous les
Francs‑Maçons. Tous en effet s'en servent également, tous en font la base de
leurs systèmes, tous veulent qu'elle dirige également et les formes et les actes
de notre institution. Mais faute de s'être entendu sur la véritable
signification de cette expression, quoique tous aient en apparence le même
objet, tous varient dans, les applications, et presque tous, se bornant à des
points de vue particuliers d'une chose qui ne devait être considérée que dans
son ensemble le plus vaste, se sont renfermés dans des sphères trop
rétrécies, d'où il est résulté une multitude de systèmes différents sur la
manière dont l'Ordre doit diriger ses travaux. Tous ces systèmes, occupés
uniquement à propager les branches particulières de la bienfaisance qu'ils
prennent pour son véritable tronc, sont susceptibles d'être conciliés facilement
lorsqu'on cessera de particulariser ce qui doit être général, lorsqu'on ne
bornera plus le sens d'un mot destiné à exprimer une vertu dont l'essence est
d'être sans bornes, comme l'amour de l' Être éternel pour toutes les créatures,
qui en est le principe. »
Retenons d'emblée ceci la
bienfaisance est illimitée, parce qu'elle procède de l'amour divin, qui est
lui‑; même illimité.
Poursuivons :
« Ce n'est point dans des
discussions académiques ni grammaticales que nous devons chercher la; solution
qui nous occupe. C'est au fond du cœur que doit exister l'image qu'il s'agit
d'exprimer. Lui seul doit juger si le tableau est conforme au modèle, et
si, après avoir entendu ce mémoire, le cœur, satisfait des idées qu'il renferme,
se sent entraîné, leur donne son approbation, il ne faut pas aller plus loin :
la question est décidée, et un Ordre aussi complètement voué à faire le bien ne
peut hésiter à adopter un sens qui lui ouvre la carrière la plus vaste pour
remplir de la manière la plus étendue qu'on puisse concevoir son objet sacré. »
Retenons encore ceci : la
vocation de l'Ordre est de faire le bien, et cette vocation est sacrée.
Poursuivons encore :
« La vertu qu'on nomme
bienfaisance est cette disposition de l'âme qui fait opérer sans relâche en
faveur des autres le bien, de quelque nature qu'il puisse être. Cette vertu
embrasse donc nécessairement un champ immense, car son essence étant d'opérer le
bien en général, tout ce que l'esprit peut concevoir de bien dans l'univers est
de son ressort et doit être soumis à son action. C'est de cette manière que
l'homme doit envisager et pratiquer la vertu par laquelle il se rend le plus
semblable à son principe infini dont il est l'image, ce principe de bonté qui,
voulant sans cesse le bonheur de toutes ses productions sans exception, agissant
sans cesse pour le procurer, est ainsi éternellement et infiniment bienfaisant.
Telle est donc l'idée que l'on doit se former
de la bienfaisance, qu'elle doit s'étendre sans exception à tout ce qui peut
être véritablement bon et utile aux autres, qu'elle ne doit négliger aucun des
moyens possibles de l'opérer. Celui qui se borne à donner des secours
pécuniaires à l'indigence fait à la vérité un acte de bienfaisance, mais ne peut
légitimement obtenir le titre de bienfaisant ; non plus que celui qui croit
avoir satisfait à tout en protégeant l'innocence, ou celui qui se réduit à
soulager ses Frères souffrants, ou même celui qui dans un ordre bien supérieur
ferait consister toute sa bienfaisance à éclairer et instruire ses semblables.
Car tous ces biens pris
séparément ne sont que des rameaux divers du même arbre, qu'on ne peut isoler
sans les priver de leur vie. Mais celui‑là seul mérite véritablement le titre de
bienfaisant, qui, pénétré de la sublimité de son essence, considérant la
grandeur de sa nature formée à l'image et à la ressemblance du principe éternel
de toute perfection, l'œil fixé sur cette source infinie de toute lumière, de
tout bien, pour l'imiter et accomplir ainsi les devoirs sacrés qui lui sont
imposés par sa nature, sent que, de même que la bonté éternelle embrasse tous
les êtres, tous les temps, tous les lieux, de même la bienfaisance, qui n'est
que la manifestation de la bonté, doit être sans bornes ; que créé à l'image et
à la ressemblance divine, il viole sa propre loi lorsqu'il oublie le devoir
d'imiter sans relâche son modèle et qu'il ne manifeste son existence à tous les
êtres que par ses bienfaits. »
Voilà. I' essentiel est dit,
cet essentiel qui est l'essence de notre Ordre parce qu'elle est l'essence de
notre être.
Nous
sommes, tout un chacun, créés à l'image et à la ressemblance divine. L' image
perdure en chacun de nous en dépit de la chute, mais nous avons à ré‑acquérir, à
reconquérir la ressemblance à l'image, la déiconformité. Tel est l'objet et le
but que l'Ordre s'assigne : nous en procurer, le Christ aidant, et en
coopération avec son Église, les moyens, par les secours que la Divine
Providence nous a elle‑même ménagés : l'initiation maçonnique chrétienne,
l'action chevaleresque chrétienne.
Dieu est amour. La bienfaisance est
la modalité pratique de la charité, cette vertu divine, la plus sublime de
toutes, et qui subsisterait seule si toutes les autres disparaissaient ‑ comme
nous l'enseigne l'apôtre Paul (au chapitre XIII de la première épître aux
Corinthiens). La charité est le canal de toutes les grâces, pour celui qui la
pratique comme pour ceux envers qui il la pratique. Oui, la charité, cette
disposition du cœur spirituel, et la bienfaisance, qui en est le bras armé, sont
le seul vrai moyen de nous faire les imitateurs de notre Divin Maître et
Seigneur, auteur de toutes grâces. Elle est un moyen de déification. Voilà
pourquoi la bienfaisance restaure notre nature essentielle, et que ne pas la
pratiquer est un crime contre nous‑mêmes.
«
Charité bien ordonnée commence par soi‑même ».
je dirai que l'Ordre, dans son action, doit être cette charité bien ordonnée qui
commence par soi‑même, se répand abondamment sur autrui, et retourne à Dieu qui
en est la source, en nous amenant ‑ ou nous ramenant ‑ dans son intimité dont
nous nous sommes nous‑mêmes chassés.
La bienfaisance ne doit donc
pas être désordonnée, « particularisée », comme dit Virieu, ni circonstancielle,
elle doit être générale, permanente et coordonnée. Elle doit être conduite en
ordre, dans l'Ordre et par l'Ordre. C'est ce qu'exprime Virieu avec une grande
fermeté :
« C'est donc s'abuser
profondément que d'accorder le titre général de bienfaisance à des actes
particuliers de cette vertu dont l'essence est d'embrasser sans exception tous
ceux qui peuvent tendre à faire le bien de l'humanité.
Notre Ordre respectable ayant pour objet la
manifestation de cette vertu, n'en doit pas plus borner les applications que le
sens : rien de ce qui peut être utile à l'humanité, sans en excepter ses propres
membres, qui sont les premiers appelés à recueillir les fruits précieux de
l'institution qui les unit, ne doit lui être étranger, et sa devise générale
devrait être : Boni nihil a me alienum puto ‑ « j'estime que rien de ce qui est bien ne m'est étranger ».
Cessant donc de morceler la bienfaisance, ainsi
qu'on l'a presque toujours fait, de la diviser en une infinité de branches
isolées, et par conséquent de l'affaiblir, de la dégrader, réunissons au
contraire toutes celles qu'il est possible de
concevoir pour en former la
bienfaisance générale de l'Ordre. Répandu ou destiné à se répandre sur toute la
surface de la terre, possédant dans son sein des membres de tous les rangs, de
tous les états, de tous les pays, réunissant ainsi ou susceptible de réunir au
plus haut degré tous les genres de connaissances, de talents et de moyens,
gardons‑nous d'atténuer les résultats qu'on doit attendre d'une si grande
combinaison de forces ; que la bienfaisance universelle de l'Ordre, uniforme
dans son principe, c'est‑à‑dire active, éclairée et fondée sur l'amour le plus
ardent de l'humanité et le respect le plus profond pour les lois du Grand
Architecte de l'Univers, soit dans ses applications aussi variée que les besoins
de l'humanité. Que toutes les parties de l'Ordre et tous ses membres s'accordent
simplement à donner sans cesse l'exemple pratique de la vertu, de l'attachement
et du respect pour la divinité et ses lois, du patriotisme, de la soumission au
Souverain et aux lois, en un mot : de toutes les vertus religieuses, morales et
civiles, parce que cette manière d'être utile à l'humanité, en même temps
qu'elle est la" plus efficace, est universelle et n'admet aucune exception ni
pour les temps, ni pour les lieux, ni pour les circonstances. Quant aux biens
particuliers que notre institution peut répandre sur lai famille humaine, qu'ils
dépendent des moyens, des facultés, des circonstances, des localités de' chaque
établissement et de chaque individu.
Que dans
un lieu nos établissements fondent des moyens de soulager les pauvres et les
malades, que dans un autre ils ouvrent des asiles à l'indigence et à la
vieillesse, qu'ici l'on élève des orphelins, que là on établisse des écoles où
chacun puisse apprendre ce qu'il doit à Dieu, à son Souverain, à sa patrie, à
ses frères, à lui‑même ; où l'on puisse cultiver et favoriser tous les genres de
connaissances~ utiles au bonheur de l'humanité et capables de porter les hommes
au bien et à la vertu ; que chaque: établissement, chaque individu soit certain
d'avoir rempli les vues de l'Ordre lorsque, suivant sa. situation et ses moyens,
il aura accompli dans sa sphère le genre de bien qui aura pu y être de la, plus
grande utilité. En un mot, je le répète, qu'aucun genre de bienfaisance ne nous
soit étranger , que ce soit là le lien commun qui réunisse toutes les parties de
l'Ordre, que quels que soient les. systèmes que l'on pourra adopter ailleurs,
ils aient tous ces principes pour base immuable, et pour, objet premier
fondamental inaltérable de faire à l'humanité le plus de bien possible, dans le
sens le, plus étendu que l'esprit peut concevoir. »
Beau programme, me dira‑t‑on, mais comment faire, démunis comme nous sommes ?
Eh bien, démunis, nous ne le
sommes que relativement à notre société qui, même si, hélas, elle compte un
nombre croissant de pauvres, dans son ensemble est riche.
Mais je rentre d'un voyage en
Afrique, et là on est témoin de ce qu'est la
misère totale. Or la différence de niveau de vie est telle que 10 de nos francs
produisent là‑bas un effet équivalent à 1.000 francs, que leur capacité est
centuplée, ce qui nous met à même d'agir avec une efficacité réelle.
Je
veux donc vous donner une consigne : tous ceux qui en ont la possibilité, qu'ils
recensent les établissements tenus ‑ ceci est important ‑ par des congrégations
religieuses, de quelque confession qu'elles soient : dispensaires, écoles,
maternités, orphelinats, etc., qu'ils communiquent ces adresses au Grand
Porte‑Bannière (qui est en charge, comme vous savez, des actions de
bienfaisance), ainsi qu'à moi-même, afin qu'ensuite, en Conseil National, nous
fassions une sélection de ceux que nous pourrions aider d'une façon permanente.
C'est un objectif que nous devons avoir rempli d'ici l'année prochaine.
J'ai ici le programme d'action
d'une Grande Loge étrangère qui vient en aide de cette façon permanente à quatre
institutions : un centre de soins pour enfants et adolescents souffrant de
maladies chroniques graves ; un foyer d'enfants victimes de maltraitance ; un
service hospitalier d'oncologie pédiatrique (c'est -à‑dire pour enfants
cancéreux) ; enfin un home d'enfants dont la santé et la moralité sont en danger
à la suite de carences parentales. je vous l'avoue, lorsque j'ai reçu ce
prospectus, J'ai admiré ‑ et j'ai eu honte ! Nous devons agir ; il est temps, il
est grand temps !
Autre
chose : je ne pense pas être désavoué par le Grand Maître et le Député Maître
Général en vous donnant consigne d'appliquer effectivement et à la lettre ce que
dit le rituel de banquet concernant la dîme, c'est‑à‑dire que la dixième partie
des frais de banquet doit être mise de côté pour les pauvres. je sais que des
Loges le font déjà, mais désormais toutes doivent le faire. et nous les
solliciterons pour aider à financer les actions dont j'ai parlé plus haut.
Bien entendu, il y a
aussi les quêtes lors des tenues et des chapitres recueillies dans ce qu'on
appelle, justement, le tronc de bienfaisance. Toutes additionnées, elles peuvent
constituer un moyen d'action efficace : les petits ruisseaux font les grandes
rivières.
Enfin ‑ et ceci est de l'ordre
du symbole, mais j'y tiens ‑ je demande aux chefs de l'Ordre d'accepter que,
dans le Livre d'Or de notre Ordre qui va être constitué à partir du Code des
Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte et du Code Maçonnique, soit inclus en
annexe, conformément à la décision du Convent de Wilhelmsbad, ce chapitre
supplémentaire sur la bienfaisance approuvé par lui ‑ décision que les malheurs
des temps ne permirent pas d'exécuter. je souhaite aussi que ce chapitre soit lu
une fois l'an dans les Loges .et fasse l'objet des réflexions des Frères ‑ et
les incite à agir.
Comme l'apôtre Paul aux
Corinthiens, j'ai envie de vous dire :
« De même que vous excellez en toutes choses, en
foi, en parole, en connaissance, en zèle à tous égards, et dans votre amour pour
nous, faites en sorte d'exceller aussi dans cette œuvre de bienfaisance. je ne
dis pas cela pour donner un ordre, mais pour éprouver, par l'exemple du zèle des
autres, la sincérité de votre charité ».
(2 Corinthiens 8/7‑8)
Quant à ma conclusion, je
l'emprunterai elle aussi à Henri de Virieu, Eques a Circulis
« C'est ainsi que l'Ordre doit envisager le sens du terme de bienfaisance. C'est ainsi qu'en
l'adoptant dans la plus grande étendue dont il soit susceptible, cet Ordre si
répandu, si éclairé doit se tracer une carrière de bienfaisance, aussi vaste que
le principe vivant dans lequel cette vertu prend sa source, principe qui n'est,
je le répète, que cette bonté, cet amour infini du Grand Architecte de l'Univers
pour toutes ses créatures, que tout homme, né à l'image et ressemblance divine,
est tenu d'imiter, et dont il trouve au fond de son cœur de si délicieuses
récompenses lorsqu'il est fidèle à cette loi imprimée si profondément dans tout
son être. »
Johannes Franciscus a Tribus
Liliis , G.C.C.S.

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