Rite Écossais d’Écosse : l’Arc Royal

Dans tous les Systèmes anglo-saxons, le Royal Arch constitue le passage obligé entre la Maçonnerie de métier (Craft) et les grades chevaleresques. Il était donc hors de question, indépendamment de l’intérêt et de la beauté de ce degré, de nous en priver.

Nous décidâmes donc de le rétablir, et dans toute sa pureté. En premier lieu, nous adoptâmes la dénomination d’Arc Royal. En toute exactitude, celle de « Voûte Royale » eût été plus appropriée, plus conforme au sens qui se dégage de la légende rituelle. Si néanmoins nous ne la retînmes pas, c’est par parti pris : afin d’établir une communauté de pratique avec nos frères de la Loge Nationale Française qui ont, les premiers en France, étudié à fond les tenants et aboutissants de ce degré dans leur revue Renaissance traditionnelle et qui ont popularisé cette appellation. Si notre Rite Ecossais d’Ecosse est naturalisé français, il faut qu’il parle français, et qu’il ne soit pas, comme ailleurs, une pâle de démarcation du seul rite anglais connu en France, à savoir le Domatique (alors qu’il y en a une foule d’autres). Et cela d’autant plus que les plus anciens rituels connus, qui datent des années 1760-61, sont tous français.

C’est pourtant en utilisant ce rite Domatique, mais à titre provisoire, que certains dignitaires du GPDG, qui l’avaient pratiqué à la GLNF, se sont constitués en un Chapitre Primitif, afin de recevoir aux fonctions adéquates les futurs cadres dirigeants du Grand Chapitre de l’Arc Royal.

Le quatrième grade de la Maçonnerie d’Écosse

Se sont posées à cet égard deux importante questions : celle de la place des Chapitres de l’Arc Royal dans l’organisation générale du GPDG et plus spécialement du Rite Ecossais d’Ecosse ; et celle du rituel à adopter définitivement.

En ce qui concerne le premier point, il est hors de doute que l’Arc Royal fait partie intégrante de la Maçonnerie, sous la dénomination historiquement attestée de « Maçonnerie de l’Arche Royale ». C’est l’occasion ou jamais de citer le deuxième article de l’Acte d’Union de 1813 (entre les Anciens et Modernes) : « La pure ancienne Maçonnerie consiste en trois degrés, et pas davantage, c’est-à-dire ceux d’Apprenti entré, de Compagnon du métier et de Maître Maçon, y compris la Sainte Arche Royale de Jérusalem ». Et, dans la Grande Loge des Anciens, les choses étaient plus claires encore, puisque l’Arche Royale constituait un quatrième degré conféré en Loge (ce pourquoi on l’appelait « la Grande Loge aux quatre degrés », par opposition à celle des Modernes).

Il eût donc fallu en toute logique incorporer l’Arc Royal dans la Classe maçonnique, c’est-à-dire dans l’Ordre des Maçons chrétiens de France.

Si nous ne l’avons pas fait, c’est par pure raison d’opportunité. C’était déjà à grand-peine que nous étions parvenus à faire accepter des Puissances maçonniques avec lesquels nous sommes en reconnaissance, l’inclusion dans cette Classe du grade de Maître Ecossais de Saint-André qui, ailleurs qu’au GPDG, en est disjoint et est rattaché à l’Ordre Intérieur ; non sens qui avait force de loi lors de notre coopération avec la GLNF mais qui brise l’architecture du Régime Ecossais Rectifié. Autant ne pas ajouter une difficulté supplémentaire ! Les temps ne sont pas encore mûrs… Aussi avons-nous tourné la difficulté en donnant à l’Arc Royal une place équivoque – après tout, c’est dans son histoire ! – celle de « Degré adjacent », en attendant le jour où il pourra, comme chez les Anciens, redevenir le quatrième degré des Loges…

Autre question, cruciale celle-là, celle du rituel. Là encore, c’est sans hésitation que nous décidâmes de rétablir la cérémonie du « Passage des voiles ». Cette cérémonie, officiellement prohibée en Angleterre durant de longues décennies, n’y subsiste plus que dans la Province de Bristol, qui a excipé de son particularisme – avec l’existence, phénomène unique en ce pays, de son rite en sept degrés dit Rite de Baldwyn , pour se soustraire à cet ostracisme. En revanche, elle n’a cessé de subsister partout ailleurs au Royaume-Uni : Écosse et Irlande, comme aux États-Unis.

« Le passage des voiles »

Pourquoi cette prohibition ? Bernard Jones, dans son irremplaçable Freemasons’ Book of the Royal Arch, en donne clairement l’explication : « La cérémonie connue sous le nom de  » Passage des voiles  » (…) avait probablement une origine chrétienne et fut couramment en usage uniquement durant la période où le Royal Arch lui-même était largement un degré chrétien. Avec la déchristianisation du degré qui suivit, d’abord l’ » Union « des Grands Chapitres en 1817, et ensuite la révision drastique de 1835, la cérémonie des voiles disparut rapidement de la Maçonnerie anglaise (…). Son inspiration doit avoir été celle d’une Maçonnerie symbolique (Craft) décidément chrétienne telle que pratiquée dans une ou plusieurs Loges primitives (…). Originellement, les voiles symbolisent le voile mystérieux qui se fendit en deux lorsque le Sauveur crucifié passa à travers lui. Dans une ancienne instruction maçonnique du Lancashire datant probablement d’environ 1800, le voile du Temple  » signifiait le Fils de Dieu, Jésus-Christ, suspendu sur l’autel de la Croix, le vrai voile entre Dieu et nous, mettant dans l’ombre par ses plaies et son précieux Sang la multitude de nos offenses, afin que nous puissions être rendus acceptables au Père  » » (p. 195).

Or, remarque fondamentale, cette phrase figure mot pour mot dans le Manuscrit Dumfries n°4 – c’est le point sept des « Questions concernant le Temple » – manuscrit présenté et traduit par J.-F. Var dans le numéro 7 des Travaux de Villard de Honnecourt (1983) et sur lequel nous allons revenir.

La signification de cette cérémonie, comme le fait qu’elle n’avait cessé d’être en usage en Ecosse, nous faisaient par conséquent une obligation de la rétablir. C’était d’autant plus aisé que, par le passé, un Chapitre de l’Arche Royale de la GLNF, le Chapitre Saint-Jean à l’Ordre, avait été expressément créé afin de pratiquer cette cérémonie et le degré qu’il confère, que ses fondateurs avaient été recevoir à Bristol. Ce chapitre avait fonctionné de cette façon pendant sept ans et plus, jusqu’à ce que ladite cérémonie fût tout soudain interdite d’un trait de plume. Parmi les dignitaires du GPDG constituant le Chapitre Primitif de l’Arc Royal, il s’en trouvait qui avaient occupé les plus hautes fonctions au Chapitre Saint-Jean à l’Ordre, ils pouvaient donc légitimement transmettre ce degré.

Restait – et reste encore – la question du rituel à adopter pour les cérémonies « normales », pourrait-on dire, du futur Chapitre Iona de l’Arc Royal.

Il est bien établi que les rituels du Royal Arch ont été déchristianisé drastiquement aux dates indiquées par Jones, en particulier par le Chapitre de Promulgation qui fonctionna en 1835 :« Les éléments chrétiens inclus dans la plupart des rituels antérieurs, écrit-il, furent éliminés (…). Le rouleau portant les premiers versets de saint Jean :  » Au commencement était le Verbe…  » devint un rouleau sur lequel figuraient des extraits des premiers et troisième versets de la Genèse :  » Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre , etc.  » » .

C’est aussi à la même époque, ou même plus tard, que pour combler les vides laissés par ces extirpations, furent introduites les Conférences (Lectures) dites « historique », « symbolique » et « mystique » prononcées par les trois Principaux, avec en particulier le développement, marqué par un ésotérisme typiquement « fin de siècle » et tout à fait hors de propos, sur les « corps platoniciens » ; conférences qu’ignorent tant les rites irlandais et américains que le rite de Bristol.

« La connaissance mystique du Temple »

Il nous fallait donc revenir au cœur – cœur chrétien – de la maçonnerie de l’Arc Royal. Les rituels beaucoup trop sommaire et assez pauvres des années 1760 ne nous étaient pour cela d’aucune utilité. Il nous fallait donc nous référer à d’autres. Or les rituels du Royal Arch ont été, en Angleterre, enrichis d’éléments chrétiens à mesure que ces éléments étaient expurgés de la Maçonnerie de métier, selon un phénomène que J.-F. Var a étudié ailleurs, à la suite du Révérend Neville Barker Cryer. Ces rituels par bonheur existent, et ils ont été présentés par J. R. Clarke dans un article fondamental d’Ars Quatuor Coronatorum (volume 93, 1980) intitulé Some Early Royal Arch Rituals. Les rituels analysés sont principalement le Sheffield Ritual, daté d’environ 1780-85, le Tunnah Ms., d’environ 1795 et un ensemble regroupé sous l’appellation Depford Ms., de la même époque. Cette étude fut ensuite complétée par une autre due à John Hamill (AQC volume 95, 1982) dans laquelle celui-ci recense trente-six manuscrits, s’étendant d’environ 1780 à environ 1830, la majorité datant de 1796-1811 (donc d’avant l’Union). John Hamill se livre à ce commentaire qui vaut la peine d’être reproduit :
« Il résulte sans doute possible des manuscrit passés en revue que le Royal Arch était un degré au christianisme affirmé. On y trouve des références chrétiennes tant explicites qu’implicites qui, à mon sens, ne pouvaient pas être facilement acceptées par les tenants d’une autre foi. La  » connaissance mystique du Temple  » dans le manuscrit Sheffield, la  » spiritualisation du Temple  » dans le manuscrit Royal Arch et la troisième section de la conférence du manuscrit Tunnah sont toutes intensément chrétiennes et donnent pour l’agencement du temple de Salomon une interprétation symbolique totalement inacceptable par un non chrétien » (page 41).

Or cette « connaissance mystique du Temple » reproduit mot pour mot les « Questions concernant le Temple » mentionnées plus haut, questions figurant dans le manuscrit Dumfries, ainsi dénommé parce qu’il appartenait à la loge Dumfries Kilwinning, en Écosse, et qui date d’environ 1710. Toujours l’Écosse ! Et une Écosse primitive – relativement aux datations de la Maçonnerie moderne.

Qui plus est, si l’on se reporte à ce qui était donné à découvrir aux candidats une fois accompli le passage des voiles et que décrit Jones (op. cit., pp.166-167), on voit combien l’articulation est d’une logique absolue qui s’est imposée à nous.

Reste un travail : que convient-il de garder ou au contraire d’éliminer des trois « Conférences » des Principaux ? John Hamill fournit des indications utiles sur le caractère ancien, antérieur à l’éradication de 1835, ou au contraire récent et surajouté des divers passages desdites conférences. Elles nous aideront dans notre tri.

Comme on l’aura compris, le rituel définitif des Chapitres de l’Arc Royal du GPDG est encore en gestation. Le travail est bien avancé, mais il faut le poursuivre sans hâte ni paresse. À cette fin, le Chapitre Primitif fonctionnera comme une académie ou un laboratoire, tout en continuant de recevoir, selon les nécessités, des Compagnons de l’Arc Royal. Il disparaîtra le jour où sera consacré le Chapitre Iona, organiquement liée à la Loge Iona.

Pour en savoir plus…

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