Rite Écossais d’Écosse : ordre de Malte

Le 12 septembre 1992, le Most Eminent and Supreme Grand Master du Grand Prieuré d’Angleterre et de Galles Harold Devereux Still, accompagné d’une importante délégation de dignitaires, procéda, à Versailles, à l’« installation » – c’est le terme consacré – en tant que Knights of Malta d’une quinzaine de dignitaires du Grand Prieuré des Gaules. Certains, à savoir le Grand Maître National et Grand Prieur Daniel F., le Grand Prieur adjoint Marc B. et le Grand Chancelier Jean-Claude T., l’avaient été la veille à Bruxelles, où une cérémonie identique avait eu lieu au bénéfice du Grand Maître National et Grand Prieur de Belgique Pierre N. et de plusieurs de ses dignitaires. Il est à noter que, comme pour le grade de Rose-Croix (voir plus loin), Pierre N. se révéla en l’occurrence un irremplaçable go between.

Le Grand Maître anglais des Chevaliers de Malte à Versailles

Le même 12 septembre 1992, le Grand Maître Devereux Still installa le Digne Chevalier Marc B. comme Grand Prieur de Malte – le premier dans l’histoire maçonnique française – et proclama le Grand Maître National Daniel F. « Grand Maître des Ordres Unis », à l’instar de l’Angleterre, à cette différence près que, dans ce dernier pays, les Ordres Unis sont ceux du Temple et de Malte, tandis qu’en France, c’étaient l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte et celui de Malte.

S’ensuivit la création du premier Prieuré de Malte français, le Prieuré d’Isle-de-France, avec pour Eminent Prieur l’un des signataires de ces lignes. L’Ordre religieux, militaire et maçonnique des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, Palestine, Rhodes et Malte, pour lui donner sa titulature complète, eut à ses débuts un franc succès. Y contribuèrent certainement son décorum, la beauté théâtrale de ses cérémonies lorsqu’elles sont bien exécutées, c’est-à-dire comme à la parade, non moins que son caractère chrétien démonstratif, presque ostentatoire, pourrait-on dire, si ce terme n’avait pas une connotation péjorative. Ce n’est pas pour rien que l’on exige des impétrants une déclaration de foi en la Sainte et Indivisible Trinité. Les cérémonies étant exclusivement axées sur la personne du Christ et la défense de la foi chrétienne, un homme qui, tout en adhérant aux valeurs morales du christianisme, n’en partagerait pas la foi, n’aurait pas sa place dans cet Ordre et si, par impossible, il y était admis, il s’y sentirait tellement mal à l’aise qu’il ne pourrait que le quitter. « Oui, l’Ordre est chrétien, il doit l’être… »

Il importe à ce sujet de citer un propos lourd de sens tenu par le Grand Maître Devereux Still au cours de la brillante allocution improvisée qu’il prononça lors du dîner de gala qui acheva la journée du 12 septembre. Il déclara que « ses quatre-vingt-dix et quelques printemps lui donnaient assez de recul pour apprécier les événements du siècle, qui lui avaient donné la certitude que notre civilisation occidentale avait atteint les bas-fonds et que le seul artisan efficace de son redressement serait la Maçonnerie chrétienne, et singulièrement les Ordres chevaleresques chrétiens ».

Propos prémonitoire s’il en fut ! Car c’est très exactement le devoir et la mission que s’est assignés – treize ans plus tard – le Grand Prieuré des Gaules rénové en « Ordres des Chevaliers Maçons chrétiens de France » !

A l’époque, quelque succès que rencontrât l’Ordre de Malte, ce succès n’allait pas sans ambiguïté. En effet, cet Ordre étant dénué de sa base qui, en Grande-Bretagne, est l’Ordre du Temple, il avait fallu lui en donner une autre, laquelle fut l’Ordre des CBCS, auquel il se trouvait organiquement lié, au point que la cérémonie de Versailles s’intégra au sein d’un Grand Chapitre de CBCS ouvert puis fermé rituellement par le Grand Maître National Daniel F. De la même façon, le Prieuré d’Isle-de-France fut souché sur la Préfecture d’Isle-de-France, et tous les autres Prieurés créés ensuite furent souchés eux-mêmes chacun sur une Préfecture.

Cette greffe d’un élément étranger sur ce corps parfaitement complet et homogène qu’est le Régime Ecossais Rectifié ne pouvait manquer d’engendrer des équivoques et des difficultés. En dépit des affirmations, constamment réitérées avec force par tous les Chefs du GPDG, que le CBCS est au sommet de l’Ordre et qu’il n’y a rien au-dessus, on ne put empêcher l’immense majorité des impétrants de considérer, plus ou moins inconsciemment, que puisqu’il fallait être préalablement CBCS pour devenir Chevalier de Malte, c’était bien la preuve que ce dernier constituait un septième grade. On eut beau dire et répéter le contraire, rien n’y fit.

La situation ne reprit son juste équilibre que lorsque l’Ordre de Malte retrouva en France la base naturelle qu’il possède ailleurs, à savoir l’Ordre du Temple.

Pour en savoir plus…

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