Rite Français : histoire récente

L’histoire retracée ici ne sera pas celle des grades et ordres du Rite Français en France depuis 1786 mais celle des mêmes grades et ordres au sein du Grand Prieuré des Gaules depuis 1995. Cette histoire, comme pour les Ordres du Temple et de Malte, va de haut en bas, c’est-à-dire qu’elle débute par le grade de Souverain Prince Rose- Croix. Le professeur Jan Snoek, qui y prit une part active, l’a retracée succinctement dans le numéro 43 des Travaux de la Loge nationale de recherches Villard de Honnecourt (2000) ; nous compléterons son récit par notre propre témoignage.

Alentour 1990, l’ancien Grand Maître Marc B., alors Grand Prieur adjoint, retira de ses conversations avec le Grand Maître National et Grand Prieur du Grand Prieuré de Belgique Pierre N. la conviction qu’il serait possible d’obtenir des Pays-Bas la restauration en France du grade de Rose-Croix dans toute sa pureté, et décida de s’y consacrer.

Le « Rose+Croix » maintenu aux Pays-Bas!

Pourquoi les Pays-Bas ? Parce qu’existait – et existe toujours – en ce pays une juridiction régissant les hauts grades du Rite Français sous la dénomination de « Grand Chapitre des Hauts Grades de l’Ordre des Francs-Maçons dans le Royaume des Pays-Bas » ( Hoofkapittel des Hoge Graden van de Orde van Vrijmetselaren in het Koninkrijk der Nederland), en abrégé « Ordre des Hauts Grades ». La création de cette juridiction remonte à 1803, époque où les Pays-Bas étaient soumis à la domination de la France, aussi bien politiquement (la « République batave ») que maçonniquement. Le Grand Orient de France y avait créé de nombreuses loges qui, toutes, conservent encore aujourd’hui leur dénomination française.

Jusqu’à l’époque qui nous occupe, cet Ordre des Hauts Grades était lié au Suprême Conseil du Rite Ecossais Ancien et Accepté par un accord aux termes duquel les grades régis par ces deux Puissances constituaient ensemble une échelle, l’Ordre des Hauts Grades régissant le bas de cette échelle jusqu’au Rose-Croix inclus, quatrième ordre du Rite moderne et dix-huitième degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté, et le Suprême Conseil la suite. Mais précisément alors, les deux juridictions voulurent reprendre chacune son autonomie et se séparèrent, ce qui donna une plus grande latitude d’action à l’Ordre des Hauts Grades, lequel accueillit avec intérêt la perspective de se tourner vers la France.

Intervint alors, outre Pierre N., un important maçon hollandais du nom de Dick V. P., qui avait été armé Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte au Grand Prieuré des Gaules, figurait parmi les fondateurs du Grand Prieuré de Belgique et occupait des fonctions élevées dans l’Ordre des Hauts Grades. Une pratique assidue d’échanges de visites existait en outre entre le chapitre de Rose-Croix du Rite moderne « De Delta » à Leyde (Leiden) aux Pays-Bas et le chapitre de Rose-Croix du Rite Ecossais Ancien et Accepté « Le Delta » à Bruxelles (les hauts grades du Rite Français n’ayant pas droit de cité en Belgique).

Le Rite Français de retour en France!

C’est par ce biais-là que tout se noua. Des pourparlers eurent lieu de 1991 à 1993 entre dirigeants du Grand Prieuré des Gaules, d’une part, et de l’Ordre des Hauts Grades, d’autre part. Ils débouchèrent sur la réception comme Souverains Princes Rose-Croix, le 16 avril 1993, du Grand Maître National Daniel F. et de son Grand Chancelier Jean-Claude T. Suivirent par vagues successives les réceptions de neuf autres dignitaires du Grand Prieuré des Gaules. Puis fut consacré le 18 février 1995 à Leyde le chapitre Ex Oriente Lux, avec la remise d’une « Déclaration » le constituant « en un chapitre régulier (…) qui travaillera sous la jurisdiction (sic) du Grand Prieur, Grand Maître National du Grand Prieuré des Gaules du Régime Ecossais Rectifié de France », avec capacité de travailler « les Hauts Grades du Rite Français, à savoir celui de Maître Elu, d’Apprenti, Compagnon et Grand Maître Ecossais ou Chevalier de Saint-André, de Chevalier de l’Epée et d’Orient, et de Prince Souverain Rose-Croix ».

Plusieurs points sont à souligner dans cette chronique. En premier lieu, l’efficace et utile entregent de Pierre N., sans qui il est probable que rien de tout cela n’eût pu advenir ; son action bénéfique ne se borna d’ailleurs pas là, comme on le verra plus tard. Il faut mettre au même rang Dick V. P., ce maçon de tout premier ordre, ce véritable ami, qui se fit notre porte-parole au sein du Comité directeur (Opperbestuur) de l’Ordre des Hauts Grades ; sa disparition prématurée, peu d’années après, fut douloureusement ressentie par tous. La simple justice exige aussi de faire une mention spéciale dans ce palmarès à Jan S., qui participa aux pourparlers, puis, comme Très Sage du Chapitre De Delta, eut à recevoir tous les participants français de cette aventure : homme de science (ses études sur l’ésotérisme en général et la maçonnerie en particulier font autorité), homme de foi, homme d’amitié simple et droite, sa rencontre fut providentielle à maints égards. Mention doit enfin être faite de tous les frères du chapitre De Delta qui, à chaque fois que certains d’entre nous étaient reçus, faisaient l’effort de dérouler le rituel en français (il avait été traduit par un frère belge, Pierre de L.) et cela par cœur, y compris ceux qui ne comprenaient pas notre langue et qui avait mémorisé le rituel phonétiquement ! Quelle leçon pour la légendaire paresse des maçons français… Hommage fraternel leur soit rendu !

Une souveraineté rétablie

Une fois le chapitre Ex Oriente Lux créé, les autorités de l’Ordre des Hauts Grades, entre autres son Grand Maître J.A. V. et son Grand Secrétaire F. V. G., déclarèrent formellement que nous étions indépendants et souverains et que nous avions pleine autorité pour régir comme nous l’entendions tous les hauts grades du Rite Français.

Le second chapitre, Harmonia, fut consacré deux ans plus tard à Paris, le 29 novembre 1997, ce qui rendit possible la constitution le même jour du Grand Chapitre des Hauts Grades du Rite Français.

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