GPDG

 (C) GPDG 2017

Articles et Éditos

Historiques des éditos et publications

Novembre 2018

"Nos rites offrent à l’homme qui le désire une représentation très large de son histoire, ils proposent de lui dévoiler son origine, sa destinée, et les différentes étapes de ce large panorama. Ils lui offrent d’inscrire ce tableau dans une finalité enthousiasmante : lui permettre de contester ce qui est exclusivement proposé aujourd’hui et qui est gouverné par la nécessité — celle de gagner sa vie et de consommer. Non pas pour un temps, celui de refaire ses forces pour le travail du lendemain, mais dans la perspective de creuser inlassablement en soi ses capacités d’attention au Père, qui est aux Cieux et qui donne la Vie, de chercher rigoureusement à comprendre son propre destin, et d’explorer courageusement celui de la famille humaine.

Ce que nous proposons est une sorte d’objection contre ce que nous trouvons aujourd’hui dans le règne de la quantité, qui produit une absence de dignité humaine, dignité qui devrait être pourtant le propre de l’homme, au regard de la noblesse de son origine et de sa destinée, et qui produit également la pauvreté d’une économie sans sujets, celle qui nous oblige seulement à travailler et à consommer. Aujourd’hui, nos sociétés ne nous proposent qu’une définition du travail, celui qui ne requiert qu’une énergie physique et qu’un besoin de repos pour le poursuivre et en consommer les fruits.

Mais un autre travail nous est préconisé, qui pourrait avoir valeur de remèdes, qu’aucun des instruments d’efficacité, de rentabilité, de productivité que nous connaissons, ne puisse assurer : pratiquer la Vertu. Oui, pratiquer la Vertu, la pratiquer pour dispenser le dévouement et la dévotion à la Source même de tout, Dieu, pour prendre soin de soi, et pour prodiguer la bienfaisance aux hommes, nos frères. Dieu, soi-même et les autres hommes, voilà le souci du maçon, souci qui est une forme de résistance aux assauts de la futilité, aux choses vaines, aux choses de rien qui n’apportent ni profit, ni délivrance. Pour mener à bien ce travail, il faut non seulement beaucoup de discernement, mais également convenir que depuis la Chute, la nature de l’homme est dégradée, que, coupé de son Créateur, l’homme est en état de privation, et que dans la maçonnerie il peut trouver les moyens de retrouver cet état initial, c’est-à-dire, d’accomplir sa sublime destinée.

Offrir à l’homme des usages pour vivre son incroyable destin, lui restituer la royauté dont il a été destitué, voilà ce que nous proposons. Nous voulons que l’homme redevienne ce roi, couronné de gloire et d'honneur, dont parla David. "

Octobre 2017

 

"Au milieu du concert des grandes obédiences maçonniques, et de leur partition socio-humaniste et politico-philosophique, s’élève la petite voix d’une Maçonnerie spirituelle de tradition qui voit dans l’homme autre chose qu’un citoyen consommateur dont il faut assurer le confort matériel et psychique et défendre les droits individuels de l’emprise de toute idée de devoir qui contreviendrait à sa liberté.

Cette Maçonnerie d’un autre genre, considérée comme marginale, fait pourtant paradoxalement remonter sa pensée et ses idéaux aux origines mêmes de l’institution Maçonnique qu’elle refuse de dévoyer. Ainsi œuvre-t-elle pour la dignité de la famille humaine reconnaissant dans l’homme une dimension supérieure à celle généralement considérée par la multitude des commentateurs.

Aussi cette Maçonnerie s’adresse-t-elle à l’esprit, cette dimension de l’être qui le relie à Dieu, et considère-t-elle que le premier besoin de l’homme est de renouer le lien avec son Créateur et que l’évolution du monde dans lequel il vit doit être analysée avec un autre regard.

Ce regard est celui de l’initié qui, sachant d’où il vient et quelle est sa destinée, porte un œil différent sur les évènements ponctuant la grande histoire de l’humanité. Il place celle-ci dans un contexte méta-historique supérieur qui, au-delà de l’évolution des sociétés et des mœurs, ainsi que des soubresauts de l’actualité, n’est que la manifestation du dessin pour l’homme et la création de l’Être supérieur qui lui a donné la vie.

Cette Maçonnerie traditionnelle considère que de nos jours, ce qui doit être prioritairement nourri dans l’homme, est son esprit et que son premier acte de bienfaisance est de venir combler cette vacuité désireuse qui s’empare des âmes des hommes qui ont sombré dans le matérialisme le plus profond et auxquels la société moderne n’offre plus d’autre idéal que celui de la consommation.

Elle propose ainsi une réflexion méditée sur la vraie nature de l’être humain et sur les véritables besoins de l’humanité. Elle offre un cadre de pensée différent, un modèle d’analyse de la vie particulier et pourtant traditionnel, basé sur les emblèmes et symboles maçonniques et s’appuyant sur un travail personnel sur soi. Puis plus tard un idéal chevaleresque qui loin d’être désuet frappe par son actualité et sa nécessité dans un monde où les forces opposées s’affrontent avec une rare violence et où la manifestation du Royaume des Cieux sur la terre est de plus en plus éphémère et impalpable.

L’homme initié dans cette voie nourrit son esprit et son âme de tout ce qu’il voit et trouve autour de lui et ne laisse aucune prise aux déviances et extrémismes dont il ne peut plus être la cible. Dans notre monde où le danger consiste dans la perversion des intellects et l’infection radicale de la pensée, cette œuvre est salutaire et permet de conserver l’homme dans sa dignité naturelle et de préserver sa liberté qui est celle de penser, vouloir et agir suivant un libre arbitre non dévoyé et fidèle à sa nature.

Cette initiation, qui est la véritable Maçonnerie, est aussi celle que le Grand Prieuré des Gaules a toujours pratiquée et proposée à tous les hommes désireux de ne plus se contenter de se considérer comme des individus noyés dans une société perdant son âme au profit de son plaisir et de la jouissance des biens matériels. "

 

 

 

1er septembre 2016

 

Intervention du Sérénissime Grand Maître National lors des obsèques de notre Bien-Aimé Frère William, rappelé au ciel le 24 août 2016, à l'attention de son épouse.

 

William est un homme rare, un homme d'exception.

 

Jean baptiste Willermoz en fondant notre Ordre, a constitué un corps composé des principales confessions chrétiennes. William en a toujours été le propagateur et le défenseur zélé.

En ce sens il est un de ceux qui a le mieux compris et incarné l'esprit de notre fondateur; faire de William l'homme d'un rite au bénéfice de sa nationalité et de son parcours, serait une injure à tout son engagement.

Grand Chancelier, il pose les pierres de la reconstruction dès l'an 2000, rebâti notre maison, redonne vie à nos espoirs  et ne cesse de rappeler  doucement la vérité du GPDG, trois rites et plusieurs confessions chrétiennes qui doivent impérativement être respectés, dans leurs origines, spécificités et histoires.

Il en devient la sentinelle.

William, est de tous les combats, de toutes les défaites et de toutes les victoires..... de toutes les joies aussi.

Lors de nos nombreuses conversations, il ne cherchait jamais à imposer ses idées mais par une douce persuasion, à les faire entendre et prendre en compte. Je dois confesser que son intelligence et son humour ravageur ont souvent apaisés mes ardeurs en me conduisant sur des voies plus paisibles.

Oui j'ai souvent écouté William et je ne le regrette pas. Durant notre compagnonnage, il s'est montré un travailleur acharné, fidèle à l'Ordre, à ses lois, intransigeant sur nos devoirs, généreux avec les frères, toujours intercesseur d'une charité éclairée envers eux.

Fin diplomate et négociateur averti, il sut nous épargner à maintes reprises des situations délicates et juridiquement compliqués. Avec lui nous nous sommes constitués et tout ce qui fut fait de grand et de beau, le fut avec lui.

Galopant avec Daniel, Marc et moi, il a rendu nos chevauchées plus légères, donnant des ailes à nos désirs. Son discernement, son expérience, sa connaissance de nos affaires et de celles du monde,  nous ont toujours permis de mieux comprendre notre chemin, dont il fut parfois un guide talentueux.

Aujourd'hui, si nous tenons debout, nous le devons à cet homme. Oui William est un homme sage et oui il est irremplaçable.

Madame, par ce mot, nous voulons vous dire à vous mais aussi à tous, à quel point nous aimons William.

Le voile de son absence assombrit déjà nos jours.

Bill, I miss you already and I will miss you forever.

S.G.M.N.

 

 

30 juillet 2016 - Que pouvons-nous faire devant l’ampleur du chaos des ténèbres ?

 

"Notre monde s’énigmatise, il paraît insensé. L’égorgement d’un prêtre, dont la vie avait été consacrée à Dieu, laisse apparaître ce qu’on ne pouvait pas concevoir.

Il y a en ce monde des auteurs d’actes troubles comme le chaos qui depuis plusieurs mois voudraient rétablir ce que nous trouvions au tout début de l'histoire de l'humanité avec Caïn et Abel : une violence extrême, fratricide, une relation cruelle à l’autre dans sa différence. Ces actes grondants se développent dans l’inconnaissance : il faut se souvenir qu’un peu plus tard Dieu arrêta le bras d’Abraham qui allait égorger son fils Isaac. Le Dieu d’Abraham refusa l’assassinat, et singulièrement l’égorgement, comme s’il voulait, dès cette époque, dire quelque chose à notre réalité.

 

L’homme, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, ne peut pas céder à la nuit qui commence à l’environner. La banalisation du mal, de cet horizon où domine cette terrible inhumanité, ne doit pas provoquer chez l’Homme, roi du monde, chef-d’œuvre de la création, le sentiment d’un appauvrissement des justes actions qu’il pourrait mener là où il se trouve. Prions pour qu’il persiste à prendre la Justice de Dieu pour fin.

 

Nous avons reçu notre salaire, que ce salaire vive en nous."

 

 

 16/07/2015 – Ne soyons pas indifférents à la persécution des chrétiens d’Orient

 

Travaillant à la réédification de l’homme dans toutes ses qualités et vertus et reconnaissant en lui l’œuvre de son créateur divin ; croyant à la fraternité de tous ces fils d’un même Dieu ; les Francs-Maçons chrétiens ne peuvent rester insensibles aux malheurs de l’humanité et en particulier au sort des hommes qui professent la même croyance.

Le Franc-Maçon chrétien, agissant dans le monde et dans ses institutions, respecte la laïcité dans la mesure où il reconnaît les mêmes droits à l’entièreté de l’humanité, quelles que soient les croyances et convictions tant que celles-ci ne compromettent pas les devoirs naturels des hommes envers les autres hommes et n’aliènent la liberté d’autrui. Mais il refuse aussi de s’abriter derrière cette laïcité pour éviter de condamner les agissements de telle partie de l’humanité contre telle autre.

Ainsi, les Francs-Maçons du Grand Prieuré des Gaules - Ordre des Francs-Maçons Chrétiens de France - pleurent le triste sort de leurs frères chrétiens d’Orient auxquels ils se doivent d’apporter leur soutien sous toutes les formes possibles et suivant leurs propres facultés. Chrétiens d’Orient persécutés pour leur foi et victimes de bourreaux qui ont délaissé la loi d’amour qui lie l’homme à l’homme et ainsi à Dieu dans une éternelle communion.

Les Francs-Maçons du Grand Prieuré des Gaules, dénoncent aussi, au nom de cette même laïcité, les exactions des faux prophètes qui n’ont cesse de semer la confusion dans le monde afin d’empêcher l’homme d’œuvrer à son perfectionnement en le privant de toutes ses libertés temporelles et spirituelles. Ce sont ceux-là même qui expriment aujourd’hui leur voix par la force, la menace, la terreur, la privation de libertés de penser et d’agir, qui dégradent la nature humaine, la rabaissant par la contrainte au niveau de la leur qu’ils ne cessent de souiller par leurs crimes. Ils perdent ainsi toute étincelle d’humanité.

Le Franc-Maçon chrétien doit en réaction être un vigile de ses propres pensées, paroles et actions. Il a comme devoir de combattre toute pensée, toute parole et toute action qui détournerait l’homme de sa vraie belle nature. Il doit porter aux autres hommes les vertus dont il a juré de donner l’exemple, toujours vigilant à ne pas laisser ses frères, les hommes, sombrer dans cette confusion qui ferait d’eux des tombeaux de la mort.

 

26/05/2015 – Pour en Finir avec la Laïcité dépravée

 

« Le monde moderne est envahi de vieilles vertus chrétiennes devenues folles. »

Chesterton, Orthodoxie, chapitre III

 

La laïcité authentique est une vertu évangélique.

Elle a comme source, et nulle autre, ce précepte divin : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu de qui est à Dieu » (Marc 12/17). Précepte révolutionnaire car, posant en principe la division radicale entre l’ordre du profane et l’ordre du sacré, l’ordre du temporel et l’ordre du spirituel, il s’inscrit en faux contre les conceptions et les mœurs de toutes les sociétés traditionnelles où César (l’Etat, la cité, le monarque, le peuple, bref le souverain) est coopérateur et co-acteur de Dieu. Ce précepte interdit en théorie la confusion du sacré ou du profane, du sacerdoce et de l’empire, confusion qui se traduit le plus souvent par la mainmise de l’un sur l’autre. Mainmise de l’Empire sur le sacerdoce, et on a le césaropapisme. Ou mainmise du sacerdoce sur l’Empire, et l’on a le papocésarisme. L’un et l’autre sont des transgressions du précepte divin.

La laïcité n’est point une notion abstraite, c’est un comportement vertueux qui exige la mise en oeuvre simultanée de deux vertus : le discernement, vertu bien méconnue de nos jours, et le courage dans la persévérance ; toutes deux indispensables pour résister à l’entraînement quasi fatal de la masse socio-politique que tout incline vers la confusion des deux ordres.

Un peu d’histoire

Dès le début de l’empire chrétien, c’est-à-dire dès que Constantin le Grand (272-306-337) endossa intégralement l’apparat, l’appareil politique et les moeurs de ses prédécesseurs païens, indépendamment du changement de religion officielle c’est le césaropapisme le plus absolu qui régna. Les sept conciles réputés oecuméniques, depuis Nicée I (325) jusqu’à Nicée II (787) furent convoqués par l’empereur et la plupart du temps présidés par lui ou du moins par ses délégués. Il s’immisçait directement dans le gouvernement de l’Eglise pour ce qui est de la définition et la défense de la foi ainsi que de la discipline ecclésiastique.

Il en fut exactement de même dans l’Occident latin, où Pépin le Bref (715-751-768) puis son fils Charlemagne (742-768-800-814), avant même le rétablissement de l’Empire romain d’Occident (Noël 800) réunirent des conciles universels (pour l’Occident) qu’eux-mêmes convoquèrent et présidèrent. Le concile de Francfort en 794 fut expressément conçu comme un anti-concile de Nicée II. Charlemagne, comme les empereurs byzantins, s’occupa directement de la définition et de la défense de la foi et de la réglementation des moeurs ecclésiastiques.

Donc, dans les deux moitiés du monde de la chrétienté, césaropapisme total. Il en fut toujours ainsi en Orient jusqu’à la prise de Constantinople par Mehmet II en 1453 : jamais l’Eglise n’y fut indépendante du basileus.

En Occident, qui est ce qui nous intéresse, le IXe et surtout le Xe siècle présentent la période la plus ténébreuse et la plus épouvantable de toute son histoire. Plus d’ordre social ni politique, l’anarchie complète, le chaos, plus aucune culture profane ni religieuse (hormis quelques rares monastères) :

elle a bien disparu, la belle renaissance carolingienne de la fin du VIIIe siècle !… ; d’incessantes guérillas entre clans, des raids sauvages… A cette époque, l’empereur d’Allemagne fait les papes et les défait sans autre souci que sa convenance, allant jusqu’à installer des adolescents sur le trône de Pierre.

De telles extrémités ne pouvaient qu’engendrer une réaction. D’où ce qu’on a appelé « la Querelle du sacerdoce et de l’empire » qui occupa la plus grande partie des XIe, XIIe et XIIIe siècles, avec une succession de guerres mettant en lice des armées entières qui ravageaient l’Italie pour le compte des uns et des autres. Deux théories extrêmes s’affrontèrent par soldats interposés : la théocratie formalisée en particulier par Grégoire VII (1015/20-1073–1085), le plus intransigeant, le plus autoritaire, le plus inflexible des papes de ce temps, puis promulguée au concile de Latran II (1139). Selon cette conception le pape détient un pouvoir absolu qu’il tient de Dieu et qui le fait maître en particulier des monarques et des royaumes, dont il peut disposer à sa guise. C’est le comble du papocésarisme. S’y oppose évidement la théorie impériale qui veut que le monarque soit maître absolu chez lui, et notamment maître de son Eglise (donc des nominations d’évêques et d’abbés). Cette querelle inexpiable s’acheva par défaut avec la mort en 1254 du dernier empereur Hohenstaufen, Frédéric II.

La France était restée sagement à l’écart de cette querelle meurtrière. Mais il importe de noter que tous les rois capétiens mirent en œuvre - même saint Louis ! – un césaropapisme modéré, le roi étant considéré comme maître au temporel de l’Eglise de son royaume, le pape n’en étant que le supérieur spirituel. Bien entendu était repoussée avec indignation (et avec moult arguments) l’idée d’une subordination quelconque à l’égard du pape : le roi de droit divin tenait lui aussi son pouvoir de Dieu, non du pape. D’où quelques tensions, déjà du temps de saint Louis (1214-1226-1270), qui refusa énergiquement d’intervenir dans la querelle entre le pape et l’empereur. Et surtout du temps de son petit-fils Philippe le Bel (1268-1285-1314) : la réaffirmation par le pape Boniface VIII (1235-1294-1303) des thèses théocratiques provoqua une crise très grave (attentat d’Anagni, 1303) qui se conclut par la défaite pour longtemps du pouvoir romain.

Les concordats.

Ce sont des accords bilatéraux passés entre un Etat (généralement monarchique) et le Saint-Siège, dénomination diplomatique du pouvoir papal. En France, il y en eut deux successivement.

Le Concordat du 18 août 1516, dit de Bologne, passé entre François Ier et Léon X.

Indépendamment des stipulations financières, toujours cruciales en ces matières, il faut retenir que :

- le roi nomme à 150 évêchés et à 500 abbayes ;

- le pape leur confère l’investiture canonique ;

- les nouveaux promus jurent fidélité au roi.

L’Eglise est donc aux mains du monarque. Mais elle se gère selon ses propres règles et coutumes intangibles, bientôt dénommées « les libertés de l’Eglise gallicane » et définies par Bossuet au moyen des « Quatre Articles » de 1684. Le pouvoir du monarque sur l’Eglise n’est donc pas absolu, il est limité.

Ce concordat a été abrogé par la Constitution civile du clergé du 12 juillet 1791, qui assujettit totalement l’Eglise à l’Etat. Les membres du clergé (évêques, curés ; il n’y a plus de moines, les ordres monastiques ayant été abolis) deviennent des fonctionnaires de l’Etat comme les autres,

élus comme les autres par le peuple – avec toutes les réserves qui s’attachent à ce terme de peuple. Ils doivent prêter serment à la Constitution civile : ceux qui le feront seront les « jureurs », les autres les « réfractaires ». On a là une forme extrême du césaropapisme, César étant le nouveau souverain, le peuple.

Le Concordat du 15 juillet 1801, passé entre le Premier Consul Napoléon Bonaparte et Pie VII.

Outre la réorganisation générale de l’Eglise de France devenue bien nécessaire après vingt ans de Révolution, ce concordat (étendu en 1802 aux cultes protestants et en 1808 au culte israélite) reprend pour l’essentiel les dispositions de celui de 1518 :

- les clercs (évêques et curés) sont nommés par le gouvernement ;

- le pape leur confère l’investiture canonique ;

- ils prêtent serment de fidélité au chef de l’Etat,

- le gouvernement leur alloue une rémunération.

On a donc renoué avec la ligne du césaropapisme mitigé, étant noté que les libertés de l’Église gallicane ayant disparu dans la tourmente, elle est beaucoup moins libre que par le passé aussi bien vis-à-vis du pouvoir temporel (le gouvernement) que du pouvoir spirituel (le pape).

Telle est la situation à laquelle a mis fin la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat (qui n’a pas été appliquée à l’Alsace-Moselle, ces territoires ayant été annexés par l’Empire allemand en vertu du traité de Francfort du 18 mai 1871).

La loi de 1905

Les thuriféraires du régime concordataire semblent oublier que l’Eglise n’y avait quasiment aucune liberté par rapport au gouvernement, les dignitaires ecclésiastiques étant des fonctionnaires nommés et rétribués par l’Etat (les évêques ayant rang de préfet, etc.). C’est si vrai que certains laïcs convaincus se déclarèrent hostiles à la remise en cause d’un concordat bien commode, qui mettait l’Eglise sous la coupe du gouvernement.

Les partisans de la séparation proclamaient qu’il fallait libérer la société de la mainmise du clergé. Ils pensaient porter un coup décisif à l’Eglise, et les défenseurs de celle-ci pensaient de même. Erreur d’analyse complète ! Cette séparation opéra une double libération : de l’Etat vis-à-vis de l’Eglise, mais aussi et encore plus de l’Eglise vis-à-vis de l’Etat, on vient de le dire.

Quant à la société, la mainmise de l’Eglise (en l’occurrence l’Eglise catholique romaine) avait été réelle, mais elle n’existait déjà plus. Cette mainmise s’était en effet opérée par le biais de l’enseignement : l’enseignement primaire était depuis longtemps, passée la parenthèse de la Révolution, exclusivement entre les mains du clergé ; l’enseignement féminin aussi. Quant à l’Université, rétablie par Napoléon, on peut rappeler qu’elle eut pour grand-maître sous la Restauration l’abbé Frayssinous, plus tard ministre des Cultes et de l’Instruction publique. Par la suite, la présence de facultés de théologie catholique (et aussi de théologie protestante) au sein même de l’Université et d’aumôniers à tous les échelons atteste bien la persistance de cet état d’esprit jusqu’à l’année 1885 qui vit « la substitution de la Sorbonne républicaine et laïque à la Sorbonne cléricale et monarchique ».

C’est l’action de Jules Ferry qui aura marqué le tournant décisif, avec les différentes mesures qu’il fit adopter de 1879 à 1882, notamment la loi du 28 mars 1882 instituant l’enseignement obligatoire, laïque et gratuit.

Le coup était déjà fort mais le coup fatal fut porté par la combinaison des lois du 1er juillet 1901 et du 7 juillet 1904. La première institua, par exception au régime des associations, une obligation de déclaration pour toutes les congrégations religieuses, suivie éventuellement d’une autorisation par la Chambre des Députés ; cette autorisation fut refusée dans 90 % des cas. La seconde interdit formellement aux congrégations enseignantes de continuer à enseigner. Au total, plus de 5000 établissements d’enseignement privé furent fermés et entre 30 000 et 60 000 religieux prirent le chemin de l’exil.

Ainsi, le terrain n’avait plus à être déblayé pour la loi de 1905, il l’était. L’Eglise n’avait plus d’influence possible sur la société, hormis (comme on l’a dit) le confessionnal… La loi ne faisait que sanctionner un état de fait.

La laïcité selon la loi de 1905

Nous étudierons seulement l’état présent de la loi (laquelle a été modifiée à seize reprises sous la Ve République).

On affirme que cette loi a banni le religieux du domaine public et l’a confiné dans la sphère privée. C’est littéralement faux.

En premier lieu, elle vise dans son titre IV des « associations pour l’exercice des cultes », associations dont les articles 18 à 24 déterminent les modalités légales de fonctionnement (sous l’empire de la loi de 1901) et leurs relations avec les services de l’Etat. Et, s’agissant de l’utilisation d’édifices du culte « appartenant à l’ Etat, aux départements ou aux communes », ces relations ne se limitent pas à des relations d’ordre privé, d’autant qu’elles ont des conséquences fiscales (exemption de l’impôt foncier).

Certes, dans un premier temps le pape en a interdit la constitution. Mais en 1924, les circonstances ayant changé du tout au tout, son successeur a approuvé la constitution d’associations diocésaines qui étaient quasiment leurs sœurs jumelles. Telle est la situation actuelle.

Ajoutons que l’article 2 qui stipule que « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » ajoute à l’alinéa suivant la précision suivante, qui a son importance :

« Pourront toutefois être inscrites aux-dits budgets [de l’État, des départements et des communes] les dépenses relatives à des services d'aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons. » Ce ne sont pas, que l’on sache, des pratiques privées !

C’est également une contre-vérité de prétendre que toute manifestation extérieure du culte est prohibée. Citons l’article 27 :

« Les cérémonies, processions et autres manifestations extérieures d'un culte, sont réglées en conformité de l'article L2212-2 du code général des collectivités territoriales.

« Les sonneries des cloches seront réglées par arrêté municipal, et, en cas de désaccord entre le maire et le président ou directeur de l'association cultuelle, par arrêté préfectoral.

« Le décret en Conseil d’État prévu par l'article 43 de la présente loi déterminera les conditions et les cas dans lesquels les sonneries civiles pourront avoir lieu. »

« Les cérémonies, processions et autres manifestations extérieures d'un culte », de même que « les sonneries des cloches » sont donc réglementées, elles ne sont pas prohibées.

De même est très explicite l’article 28 :

« Il est interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions. »

Autrement dit, les exceptions sont remarquables. Le passé – antérieur à 1905 – est sauvegardé, le culturel aussi (musées et expositions), mais encore le cultuel stricto sensu (édifices du culte, monuments funéraires). Tout cela coram populo, au su et au vu de tout un chacun.

Ce qui est prohibé, ou plus exactement réfréné, c’est l’exercice ostentatoire du culte – quel qu’il soit.

En résumé, les activités cultuelles de l’Eglise catholique romaine (pour les Églises protestantes et pour la communauté israélite, il n’y a jamais eu de difficulté) ne sont en rien entravées. On pourrait même dire : au contraire. Car elles ne sont plus liées au gouvernement et à son action, voire à ses pressions.

Bref, on se fait, que ce soient les laïcards déchaînés ou les antilaïques acharnés, une conception mythique de la laïcité. Il faut s’en délivrer et revenir à une appréciation réaliste de la laïcité légale.

L’utilité récemment apparue de la loi de 1905

Cette loi, on l’a vu, avait été conçue comme une arme de guerre contre le cléricalisme catholique. Elle avait eu, on l’a vu également, un effet bénéfique, en soustrayant l’Église catholique romaine à cette tentation du cléricalisme. Mais elle se révèle de nos jours une arme légale imparable (si l’on veut vraiment s’en servir) contre un nouveau cléricalisme, celui de l’islamisme ; arme qui n’existe nulle part ailleurs en Europe.

L’interdiction de subventionner aucun culte stipulée à l’article 2 pourrait, devrait être opposée aux collectivités locales complaisantes.

D’autre part, le titre V relatif à la « Police des cultes » contient toute une série de dispositions utiles qu’on se contentera d’énumérer :

Article 26

Il est interdit de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l'exercice

d'un culte.

Article 31

Sont punis de la peine d'amende prévue pour les contraventions de la 5ème classe et d'un emprisonnement de six jours à deux mois ou de l'une de ces deux peines seulement ceux qui, soit par voies de fait, violences ou menaces contre un individu, soit en lui faisant craindre de perdre son emploi ou d'exposer à un dommage sa personne, sa famille ou sa fortune, l'auront déterminé à exercer ou à s'abstenir d'exercer un culte, à faire partie ou à cesser de faire partie d'une association cultuelle, à contribuer ou à s'abstenir de contribuer aux frais d'un culte.

Et enfin :

Article 35

Si un discours prononcé ou un écrit affiché ou distribué publiquement dans les lieux où s'exerce le culte, contient une provocation directe à résister à l'exécution des lois ou aux actes légaux de l'autorité publique, ou s'il tend à soulever ou à armer une partie des citoyens contre les autres, le ministre du culte qui s'en sera rendu coupable sera puni d'un emprisonnement de trois mois à deux ans, sans préjudice des peines de la complicité, dans le cas où la provocation aurait été suivie d'une sédition, révolte ou guerre civile.

Sans commentaire !

En conclusion, la laïcité telle qu’établie en France par la loi de 1905, non seulement est conforme à l’ordre divin, mais encore contribue à conforter l’ordre public.

ANNEXE I

LETTRE AUX INSTITUTEURS,

De Jules Ferry

Comme quoi les successeurs de Jules Ferry contreviennent à ses intentions et les trahissent !

Paris, le 17 novembre 1883

Monsieur l’Instituteur,

L’année scolaire qui vient de s’ouvrir sera la seconde année d’application de la loi du 28 mars 1882. Je ne veux pas la laisser commencer sans vous adresser personnellement quelques recommandations qui sans doute ne vous paraîtront pas superflues après la première année d’expérience que vous venez de faire du régime nouveau. Des diverses obligations qu’il vous impose, celle assurément qui vous tient le plus à cœur, celle qui vous apporte le plus lourd surcroît de travail et de sou-ci, c’est la mission qui vous est confiée de donner à vos élèves l’éducation morale et l’instruction civique : vous me saurez gré de répondre à vos préoccupations en essayant de bien fixer le caractère et l’objet de ce nouvel enseignement ; et, pour y mieux réussir, vous me permettrez de me mettre un instant à votre place, afin de vous montrer, par des exemples empruntés au détail même de vos fonctions, comment vous pourrez remplir à cet égard tout votre devoir et rien que votre devoir.

La loi du 28 mars se caractérise par deux dispositions qui se complètent sans se contredire : d’une part, elle met en dehors du programme obligatoire l’enseignement de tout dogme particulier, d’autre part elle y place au premier rang l’enseignement moral et civique. L’instruction religieuse appartient aux familles et à l’église, l’instruction morale à l’école.

Le législateur n’a donc pas entendu faire une œuvre purement négative. Sans doute il a eu pour premier objet de séparer l’école de l’église, d’assurer la liberté de conscience et des maîtres et des élèves, de distinguer enfin deux domaines trop longtemps confondus, celui des croyances qui sont personnelles, libres et variables, et celui des connaissances qui sont communes et indispensables à tous. Mais il y a autre chose dans la loi du 28 mars : elle affirme la volonté de fonder chez nous une éducation nationale et de la fonder sur des notions du devoir et du droit que le législateur n’hésite pas à inscrire au nombre des premières vérités que nul ne peut ignorer.

Pour cette partie capitale de l’éducation, c’est sur vous, Monsieur, que les pouvoirs publics ont compté. En vous dispensant de l’enseignement religieux, on n’a pas songé à vous décharger de l’enseignement moral : c’eût été vous enlever ce qui fait la dignité de votre profession. Au contraire, il a paru tout naturel que l’instituteur, en même temps qu’il apprend aux enfants à lire et à écrire, leur enseigne aussi ces règles élémentaires de la vie morale qui ne sont pas moins universellement acceptées que celles du langage et du calcul.

En vous conférant de telles fonctions, le Parlement s’est-il trompé ? A-t-il trop présumé de vos forces, de votre bon vouloir, de votre compétence ? Assurément il eût encouru ce reproche s’il avait imaginé de charger tout à coup quatre-vingt mille instituteurs et institutrices d’une sorte de cours ex professo sur les principes, les origines et les fins dernières de la morale. Mais qui jamais a conçu rien de semblable ? Au lendemain même du vote de la loi, le Conseil supérieur de l’instruction publique a pris soin de vous expliquer ce qu’on attendait de vous, et il l’a fait en des termes qui défient toute équivoque. Vous trouverez ci-inclus un exemplaire des programmes qu’il a approuvés et qui sont pour vous le plus précieux commentaire de la loi : je ne saurais trop vous recommander de les relire et de vous en inspirer. Vous y puiserez la réponse aux deux critiques opposées qui vous parviennent. Les uns vous disent : Votre tâche d’éducateur moral est impossible à remplir. Les autres : Elle est banale et insignifiante. C’est placer le but ou trop haut ou trop bas. Laissez-moi vous expliquer que la tâche n’est ni au-dessus de vos forces ni au-dessous de votre estime, qu’elle est très limitée et pour-tant d’une très grande importance, — extrêmement simple, mais extrêmement difficile.

J’ai dit que votre rôle en matière d’éducation morale est très limité. Vous n’avez à enseigner à proprement parler rien de nouveau, rien qui ne vous soit familier comme à tous les honnêtes gens. Et quand on vous parle de mission et d’apostolat, vous n’allez pas vous y méprendre : vous n’êtes point l’apôtre d’un nouvel évangile ; le législateur n’a voulu faire de vous ni un philosophe, ni un théologien improvisé. Il ne vous demande rien qu’on ne puisse demander à tout homme de cœur et de sens. Il est impossible que vous voyiez chaque jour tous ces enfants qui se pressent au-tour de vous, écoutant vos leçons, observant votre conduite, s’inspirant de vos exemples, à l’âge où l’esprit s’éveille, où le cœur s’ouvre, où la mémoire s’enrichit, sans que l’idée vous vienne aussitôt de profiter de cette docilité, de cette confiance, pour leur transmettre, avec les connaissances scolaires proprement dites, les principes mêmes de la morale, j’entends simplement de cette bonne et an-tique morale que nous avons reçue de nos pères et que nous nous honorons tous de suivre dans les relations de la vie sans nous mettre en peine d’en discuter les bases philosophiques.

Vous êtes l’auxiliaire et, à certains égards, le suppléant du père de famille ; parlez donc à son enfant comme vous voudriez que l’on parlât au vôtre ; avec force et autorité, toutes les fois qu’il s’agit d’une vérité incontestée, d’un précepte de la morale commune ; avec la plus grande réserve, dès que vous risquez d’effleurer un sentiment religieux dont vous n’êtes pas juge.

Si parfois vous étiez embarrassé pour savoir jusqu’où il vous est permis d’aller dans votre enseignement moral, voici une règle pratique à laquelle vous pourrez vous tenir : avant de proposer à vos élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous s’il se trouve, à votre connaissance, un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire. Demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu’il vous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire ; sinon, parlez hardiment, car ce que vous allez communiquer à l’enfant, ce n’est pas votre propre sagesse, c’est la sagesse du genre humain, c’est une de ces idées d’ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l’humanité. Si étroit que vous semble, peut-être, un cercle d’action ainsi tracé, faites-vous un devoir d’honneur de n’en jamais sortir, restez en deçà de cette limite plutôt que de vous exposer à la franchir : vous ne toucherez jamais avec trop de scrupule à cette chose délicate et sacrée, qui est la conscience de l’enfant. Mais une fois que vous vous êtes ainsi loyalement enfermé dans l’humble et sûre région de la morale usuelle, que vous demande-t-on ? Des discours ? Des dissertations savantes ? De brillants exposés, un docte enseignement ? Non, la famille et la société vous demandent de les aider à bien élever leurs enfants, à en faire des honnêtes gens. C’est dire qu’elles attendent de vous non des paroles, mais des actes,

non pas un enseignement de plus à inscrire au programme, mais un service tout pratique que vous pourrez rendre au pays plutôt encore comme homme que comme professeur.

Il ne s’agit plus là d’une série de vérités à démontrer mais, ce qui est tout autrement laborieux, d’une longue suite d’influences morales à exercer sur de jeunes êtres, à force de patience, de ferme-té, de douceur, d’élévation dans le caractère et de puissance persuasive. On a compté sur vous pour leur apprendre à bien vivre par la manière même dont vous vivez avec eux et devant eux. On a osé prétendre pour vous à ce que d’ici quelques générations les habitudes et les idées des populations au milieu desquelles vous aurez exercé attestent les bons effets de vos leçons de morale. Ce sera dans l’histoire un honneur particulier pour notre corps enseignant d’avoir mérité d’inspirer aux Chambres françaises cette opinion, qu’il y a dans chaque instituteur, dans chaque institutrice, un auxiliaire naturel du progrès moral et social, une personne dont l’influence ne peut manquer en quelque sorte d’élever autour d’elle le niveau des mœurs. Ce rôle est assez beau pour que vous n’éprouviez nul besoin de l’agrandir. D’autres se chargeront plus tard d’achever l’oeuvre que vous ébauchez dans l’enfant et d’ajouter à l’enseignement primaire de la morale un complément de culture philosophique ou religieuse. Pour vous, bornez-vous à l’office que la société vous assigne et qui a aussi sa noblesse : poser dans l’âme des enfants les premiers et solides fondements de la simple moralité. Dans une telle oeuvre, vous le savez, Monsieur, ce n’est pas avec des difficultés de théorie et de haute spéculation que vous avez à vous mesurer ; c’est avec des défauts, des vices, des préjugés grossiers. Ces défauts, il ne s’agit pas de les condamner — tout le monde ne les con-damne-t-il pas ? — mais de les faire disparaître par une succession de petites victoires obscurément remportées. Il ne suffit donc pas que vos élèves aient compris et retenu vos leçons, il faut surtout que leur caractère s’en ressente : ce n’est pas dans l’école, c’est surtout hors de l’école qu’on pour-ra juger ce qu’a valu votre enseignement.

Au reste, voulez-vous en juger vous-même dès à présent et voir si votre enseignement est bien engagé dans cette voie, la seule bonne : examinez s’il a déjà conduit vos élèves à quelques réformes pratiques. Vous leur avez parlé, par exemple, du respect dû à la loi : si cette leçon ne les empêche pas, au sortir de la classe, de commettre une fraude, un acte, fût-il léger, de contrebande ou de braconnage, vous n’avez rien fait encore ; la leçon de morale n’a pas porté.

Ou bien vous leur avez expliqué ce que c’est que la justice et que la vérité : en sont-ils assez profondément pénétrés pour aimer mieux avouer une faute que de la dissimuler par un mensonge, pour se refuser à une indélicatesse ou à un passe-droit en leur faveur ?

Vous avez flétri l’égoïsme et fait l’éloge du dévouement : ont-ils, le moment d’après, abandonné un camarade en péril pour ne songer qu’à eux-mêmes ? Votre leçon est à recommencer.

Et que ces rechutes ne vous découragent pas. Ce n’est pas l’ œuvre d’un jour de former ou de réformer une âme libre. Il y faut beaucoup de leçons sans doute, des lectures, des maximes écrites, copiées, lues et relues ; mais il y faut surtout des exercices pratiques, des efforts, des actes, des habitudes. Les enfants ont en morale un apprentissage à faire, absolument comme pour la lecture ou le calcul. L’enfant qui sait reconnaître et assembler des lettres ne sait pas encore lire ; celui qui sait les tracer l’une après l’autre ne sait pas écrire. Que manque-t-il à l’un et à l’autre ? La pratique, l’habitude, la facilité, la rapidité et la sûreté de l’exécution. De même, l’enfant qui répète les premiers préceptes de la morale ne sait pas encore se conduire : il faut qu’on l’exerce à les appliquer

couramment, ordinairement, presque d’instinct ; alors seulement la morale aura passé de son esprit dans son coeur, et elle passera de là dans sa vie ; il ne pourra plus la désapprendre.

De ce caractère tout pratique de l’éducation morale à l’école primaire, il me semble facile de ti-rer les règles qui doivent vous guider dans le choix de vos moyens d’enseignement.

Une seule méthode vous permettra d’obtenir les résultats que nous souhaitons. C’est celle que le Conseil supérieur vous a recommandée : peu de formules, peu d’abstractions, beaucoup d’exemples et surtout d’exemples pris sur le vif de la réalité. Ces leçons veulent un autre ton, une autre allure que tout le reste de la classe, je ne sais quoi de plus personnel, de plus intime, de plus grave. Ce n’est pas le livre qui parle, ce n’est même plus le fonctionnaire, c’est pour ainsi dire le père de famille dans toute la sincérité de sa conviction et de son sentiment.

Est-ce à dire qu’on puisse vous demander de vous répandre en une sorte d’improvisation perpétuelle sans aliment et sans appui du dehors ? Personne n’y a songé, et, bien loin de vous manquer, les secours extérieurs qui vous sont offerts ne peuvent vous embarrasser que par leur richesse et leur diversité. Des philosophes et des publicistes, dont quelques-uns comptent parmi les plus autorisés de notre temps et de notre pays, ont tenu à honneur de se faire vos collaborateurs, ils ont mis à votre disposition ce que leur doctrine a de plus pur et de plus élevé. Depuis quelques mois, nous voyons grossir presque de semaine en semaine le nombre des manuels d’instruction morale et civique. Rien ne prouve mieux le prix que l’opinion publique attache à l’établissement d’une forte culture morale par l’école primaire. L’enseignement laïque de la morale n’est donc estimé ni impossible, ni inutile, puisque la mesure décrétée par le législateur a éveillé aussitôt un si puissant écho dans le pays.

C’est ici cependant qu’il importe de distinguer de plus près entre l’essentiel et l’accessoire, entre l’enseignement moral qui est obligatoire, et les moyens d’enseignement qui ne le sont pas. Si quelques personnes, peu au courant de la pédagogie moderne, ont pu croire que nos livres scolaires d’instruction morale et civique allaient être une sorte de catéchisme nouveau, c’est là une erreur que ni vous, ni vos collègues, n’avez pu commettre. Vous savez trop bien que, sous le régime de libre examen et de libre concurrence qui est le droit commun en matière de librairie classique, au-cun livre ne vous arrive imposé par l’autorité universitaire. Comme tous les ouvrages que vous employez, et plus encore que tous les autres, le livre de morale est entre vos mains un auxiliaire et rien de plus, un instrument dont vous vous servez sans vous y asservir.

Les familles se méprendraient sur le caractère de votre enseignement moral si elles pouvaient croire qu’il réside surtout dans l’usage exclusif d’un livre même excellent. C’est à vous de mettre la vérité morale à la portée de toutes les intelligences, même de celles qui n’auraient pour suivre vos leçons le secours d’aucun manuel ; et ce sera le cas tout d’abord dans le cours élémentaire. Avec de tout jeunes enfants qui commencent seulement à lire, un manuel spécial de morale et d’instruction civique serait manifestement inutile. À ce premier degré, le Conseil supérieur vous recommande, de préférence à l’étude prématurée d’un traité quelconque, ces causeries familières dans la forme, substantielles au fond, ces explications à la suite des lectures et des leçons diverses, ces mille prétextes que vous offrent la classe et la vie de tous les jours pour exercer le sens moral de l’enfant.

Dans le cours moyen, le manuel n’est autre chose qu’un livre de lectures qui s’ajoute à ceux que vous possédez déjà. Là encore, le Conseil, loin de vous prescrire un enchaînement rigoureux de doctrines, a tenu à vous laisser libre de varier vos procédés d’enseignement : le livre n’intervient que

pour vous fournir un choix tout fait de bons exemples, de sages maximes et de récits qui mettent la morale en action.

Enfin, dans le cours supérieur, le livre devient surtout un utile moyen de réviser, de fixer et de coordonner ; c’est comme le recueil méthodique des principales idées qui doivent se graver dans l’esprit du jeune homme.

Mais, vous le voyez, à ces trois degrés, ce qui importe, ce n’est pas l’action du livre, c’est la vôtre. Il ne faudrait pas que le livre vînt en quelque sorte s’interposer entre vos élèves et vous, refroidir votre parole, en émousser l’impression sur l’âme de vos élèves, vous réduire au rôle de simple répétiteur de la morale. Le livre est fait pour vous, non vous pour le livre. Il est votre conseiller et votre guide, mais c’est vous qui devez rester le guide et le conseiller par excellence de vos élèves.

Pour vous donner tous les moyens de nourrir votre enseignement personnel de la substance des meilleurs ouvrages, sans que le hasard des circonstances vous enchaîne exclusivement à tel ou tel manuel, je vous envoie la liste complète des traités d’instruction morale et civique qui ont été, cette année, adoptés par les instituteurs dans les diverses académies ; la bibliothèque pédagogique du chef-lieu de canton les recevra du ministère, si elle ne les possède déjà, et les mettra à votre dis-position. Cet examen fait, vous restez libre ou de prendre un de ces ouvrages pour en faire un des livres de lecture habituelle de la classe ; ou bien d’en employer concurremment plusieurs, tous pris, bien entendu, dans la liste générale ci-incluse ; ou bien encore, vous pouvez vous réserver de choisir vous-même, dans différents auteurs, des extraits destinés à être lus, dictés, appris. Il est juste que vous ayez à cet égard autant de liberté que vous avez de responsabilité. Mais quelque solution que vous préfériez, je ne saurais trop vous le redire, faites toujours bien comprendre que vous mettez votre amour-propre, ou plutôt votre honneur, non pas à faire adopter tel ou tel livre, mais à faire pénétrer profondément dans les jeunes générations l’enseignement pratique des bonnes règles et des bons sentiments.

Il dépend de vous, Monsieur, j’en ai la certitude, de hâter par votre manière d’agir le moment où cet enseignement sera partout non seulement accepté, mais apprécié, honoré, aimé, comme il mérite de l’être. Les populations mêmes dont on a cherché à exciter les inquiétudes ne résisteront pas long-temps à l’expérience qui se fera sous leurs yeux. Quand elles vous auront vu à l’œuvre, quand elles reconnaîtront que vous n’avez d’autre arrière-pensée que de leur rendre leurs enfants plus instruits et meilleurs, quand elles remarqueront que vos leçons de morale commencent à produire de l’effet, que leurs enfants rapportent de votre classe de meilleures habitudes, des manières plus douces et plus respectueuses, plus de droiture, plus d’obéissance, plus de goût pour le travail, plus de soumission au devoir, enfin tous les signes d’une incessante amélioration morale, alors la cause de l’école laïque sera gagnée, le bon sens du père et le coeur de la mère ne s’y tromperont pas, et ils n’auront pas besoin qu’on leur apprenne ce qu’ils vous doivent d’estime, de confiance et de gratitude.

J’ai essayé de vous donner, Monsieur, une idée aussi précise que possible d’une partie de votre tâche qui est, à certains égards, nouvelle, qui de toutes est la plus délicate ; permettez-moi d’ajouter que c’est aussi celle qui vous laissera les plus intimes et les plus durables satisfactions. Je serais heureux si j’avais contribué par cette lettre à vous montrer toute l’importance qu’y attache le gouvernement de la République et si je vous avais décidé à redoubler d’efforts pour préparer à notre pays une génération de bons citoyens.

Recevez, Monsieur l’instituteur, l’expression de ma considération distinguée.

Le Président du Conseil,

Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts,

Jules Ferry

DISCOURS DU PRESIDENT SARKOZY A L’OCCASION DE SA RECEPTION

COMME CHANOINE D’HONNEUR DE SAINT-JEAN DE LATRAN1

1 Rappelons que Saint-Jean de Latran est la cathédrale du pape en tant qu’évêque de Rome.

Discours de Nicolas Sarkozy, un des plus beaux de son mandat, dans lequel il définit sa conception de la laïcité positive, par opposition à une laïcité de combat, et rappelle aussi les racines chrétiennes de la France que la laïcité ne saurait ni nier ni combattre.

Verbatim du discours prononcé le 20 décembre 2007 par Nicolas Sarkozy

Messieurs les cardinaux, Mesdames et Messieurs, et si vous le permettez, chers amis,

Permettez-moi d'adresser mes premières paroles au cardinal Ruini, pour le remercier très chaleureusement de la cérémonie qu'il vient de présider. J'ai été sensible aux prières qu'il a bien voulu offrir pour la France et le bonheur de son peuple. Je veux le remercier également pour l'accueil qu'il m'a réservé dans cette cathédrale de Rome, au sein de son chapitre. Je vous se-rais également reconnaissant, Eminence, de bien vouloir transmettre à sa Sainteté Benoît XVI mes sincères remerciements pour l'ouverture de son palais pontifical qui nous permet de nous retrouver ce soir. L'audience que le Saint Père m'a accordée ce matin a été pour moi un moment d'émotion et de grand intérêt. Je renouvelle au Saint Père l'attachement que je porte à son projet de déplacement en France au deuxième semestre de l'année 2008. En tant que Président de tous les Français, je suis comptable des espoirs que cette perspective suscite chez mes concitoyens catholiques et dans de nombreux diocèses. Quelles que soient les étapes de son séjour, Benoît XVI sera le bienvenu en France.

En me rendant ce soir à Saint-Jean de Latran, en acceptant le titre de chanoine d'honneur de cette basilique, qui fut conféré pour la première fois à Henri IV et qui s'est transmis depuis lors à presque tous les chefs d’État français, j'assume pleinement le passé de la France et ce lien si particulier qui a si longtemps uni notre nation à l'Eglise. C'est par le baptême de Clovis que la France est devenue Fille aînée de l Eglise. Les faits sont là. En faisant de Clovis le premier souverain chrétien, cet événement a eu des conséquences importantes sur le destin de la France et sur la christianisation de l'Europe. A de multiples reprises ensuite, tout au long de son histoire, les souverains français ont eu l'occasion de manifester la profondeur de l'attachement qui les liait à l'Eglise et aux successeurs de Pierre. Ce fut le cas – de la conquête, par Pépin le Bref, des premiers Etats pontificaux ou de la création auprès du Pape de notre plus ancienne représentation diplomatique.

Au-delà de ces faits historiques, c'est surtout parce que la foi chrétienne a pénétré en pro-fondeur la société française, sa culture, ses paysages, sa façon de vivre, son architecture, sa littérature, que la France entretient avec le siège apostolique une relation si particulière. Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes. Et la France a apporté au rayonne-ment du christianisme une contribution exceptionnelle. Contribution spirituelle, contribution morale par le foisonnement de saints et de saintes de portée universelle : saint Bernard de Clair-vaux, saint Louis, saint Vincent de Paul, sainte Bernadette de Lourdes, sainte Thérèse de Li-sieux, saint Jean-Marie Vianney, Frédéric Ozanam, Charles de Foucauld… Contribution litté-

raire, contribution artistique : de Couperin à Péguy, de Claudel à Bernanos, Vierne, Poulenc, Duruflé, Mauriac ou encore Messiaen. Contribution intellectuelle, si chère à Benoît XVI, Blaise Pascal, Bossuet, Maritain, Emmanuel Mounier, Henri de Lubac, Yves Congar, René Girard… Qu'il me soit permis de mentionner également l'apport déterminant de la France à l'archéologie biblique et ecclésiale, ici à Rome, mais aussi en Terre sainte, ainsi qu'à l'exégèse biblique, avec en particulier l'Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem.

Je veux évoquer parmi vous ce soir la figure du cardinal Jean-Marie Lustiger qui nous a quittés cet été. Je veux dire que son rayonnement et son influence ont eux aussi très largement dé-passé les frontières de la France. J'ai tenu à participer à ses obsèques car aucun Français, je l'affirme, n'est resté indifférent au témoignage de sa vie, à la force de ses écrits, et permettez-moi de le dire, au mystère de sa conversion. Pour moi et pour tous les catholiques, sa disparition a représenté une grande peine. Debout à côté de son cercueil, j'ai vu défiler ses frères dans l'épiscopat et les nombreux prêtres de son diocèse, et j'ai été touché par l'émotion qui se lisait sur le visage de chacun.

Cette profondeur de l'inscription du christianisme dans notre histoire et dans notre culture, se manifeste ici à Rome par la présence jamais interrompue de Français au sein de la Curie et aux responsabilités les plus éminentes. Je veux saluer ce soir le cardinal Etchegaray, le cardinal Poupard, le cardinal Tauran, Monseigneur Mamberti, dont l'action, je n'hésite pas à le dire, honore la France. Les racines chrétiennes de la France sont aussi visibles dans ces symboles que sont les Pieux établissements, la messe annuelle de la Sainte-Lucie et celle de la chapelle Sainte-Pétronille. Et puis il y a bien sûr cette tradition qui fait du Président de la République française le chanoine d'honneur de Saint-Jean de Latran. Saint-Jean de Latran, ce n'est pas rien, tout de même. C'est la cathédrale du Pape, c'est la " tête et la mère de toutes les églises de Rome et du monde ", c'est une église chère au cœur des Romains. Que la France soit liée à l'Eglise catholique par ce titre symbolique, c'est la trace de cette histoire commune où le christianisme a beaucoup compté pour la France et la France beaucoup compté pour le christianisme Et c'est donc tout naturellement, comme le Général de Gaulle, comme Valéry Giscard d'Estaing, comme Jacques Chirac, que je suis venu m'inscrire avec bonheur dans cette tradition.

Tout autant que le baptême de Clovis, la laïcité est également un fait incontournable dans notre pays. Je sais les souffrances que sa mise en œuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905. Je sais que l'interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie, reconnaissons-le, cher Max Gallo, une reconstruction rétrospective du passé. C'est sur-tout par leur sacrifice dans les tranchées de la Grande Guerre, par le partage de leurs souffrances, que les prêtres et les religieux de France ont désarmé l'anticléricalisme ; et c'est leur intelligence commune qui a permis à la France et au Saint-Siège de dépasser leurs querelles et de rétablir leurs relations. Pour autant, il n'est plus contesté par personne que le régime français de la laïcité est aujourd'hui une liberté : la liberté de croire ou de ne pas croire, la liber-té de pratiquer une religion et la liberté d'en changer, de religion, la liberté de ne pas être heurté dans sa conscience par des pratiques ostentatoires, la liberté pour les parents de faire donner à leurs enfants une éducation conforme à leurs convictions, la liberté de ne pas être discriminé par l'administration en fonction de sa croyance.

La France a beaucoup changé. Les citoyens français ont des convictions plus diverses qu'autrefois. Dès lors la laïcité s'affirme comme une nécessité et oserais-je le dire, une chance. Elle est devenue une condition de la paix civile. Et c'est pourquoi le peuple français a été aussi ardent pour défendre la liberté scolaire que pour souhaiter l'interdiction des signes ostentatoires à l'école.

Cela étant, la laïcité ne saurait être la négation du passé. La laïcité n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n'aurait pas dû. Comme Benoît XVI, je considère qu'une nation qui ignore l'héritage éthique, spirituel, religieux de son histoire commet un crime contre sa culture, contre ce mélange d'histoire, de patrimoine, d'art et de traditions populaires, qui imprègne si profondément notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c'est perdre la signification, c'est affaiblir le ciment de l'identité nationale, c'est dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mémoire. C'est pourquoi nous devons tenir ensemble les deux bouts de la chaîne : assumer les racines chrétiennes de la France, et même les valoriser, tout en défendant la laïcité, enfin parvenue à maturité. Voilà le sens de la démarche que j'ai voulu accomplir ce soir à Saint-Jean de Latran.

Le temps est désormais venu que, dans un même esprit, les religions, en particulier la religion catholique qui est notre religion majoritaire, et toutes les forces vives de la nation regardent en-semble les enjeux de l'avenir et non plus seulement les blessures du passé. Je partage l'avis du Pape quand il considère, dans sa dernière encyclique, que l'espérance est l'une des questions les plus importantes de notre temps. Depuis le siècle des Lumières, l'Europe a expérimenté tant d'idéologies. Elle a mis successivement ses espoirs dans l'émancipation des individus, dans la démocratie, dans le progrès technique, dans l'amélioration des conditions économiques et sociales, dans la morale laïque. Elle s'est fourvoyée gravement dans le communisme et dans le nazisme. Aucune de ces différentes perspectives – que je ne mets évidemment pas sur le même plan - n'a été en mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver un sens à l'existence.

Bien sûr, fonder une famille, contribuer à la recherche scientifique, enseigner, se battre pour des idées, en particulier si ce sont celles de la dignité humaine, diriger un pays, cela peut donner du sens à une vie. Ce sont ces petites et ces grandes espérances " qui, au jour le jour, nous maintiennent en chemin " pour reprendre les termes même de l'encyclique du Saint Père. Mais elles ne répondent pas pour autant aux questions fondamentales de l'être humain sur le sens de la vie et sur le mystère de la mort. Elles ne savent pas expliquer ce qui se passe avant la vie et ce qui se passe après la mort. Ces questions sont de toutes les civilisations et de toutes les époques et ces questions essentielles n'ont rien perdu de leur pertinence, et je dirais, mais bien au contraire. Les facilités matérielles de plus en plus grandes qui sont celles des pays développés, la frénésie de consommation, l'accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l'aspiration profonde des hommes et des femmes à une dimension qui les dé-passe, car moins que jamais elles ne la comblent.

" Quand les espérances se réalisent, poursuit Benoît XVI, il apparaît clairement qu'en réalité, ce n'est pas la totalité. Il paraît évident que l'homme a besoin d'une espérance qui va au-delà. Il paraît évident que seul peut lui suffire quelque chose d'infini, quelque chose qui sera toujours ce qu'il ne peut jamais atteindre. Si nous ne pouvons espérer plus que ce qui est accessible, ni

plus que ce qu'on peut espérer des autorités politiques et économiques, notre vie se réduit à être privée d'espérance ". Ou encore, comme l'écrivit Héraclite, " Si l'on n'espère pas l'inespérable, et bien, on ne le reconnaîtra pas ". Ma conviction profonde, dont j'ai fait part notamment dans ce livre d'entretiens que j'ai publié sur la République, les religions et l'espérance, c'est que la frontière entre la foi et la non croyance n'est pas et ne sera jamais entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, parce qu'elle traverse en vérité chacun de nous. Même celui qui affirme ne pas croire ne peut soutenir en même temps qu'il ne s'interroge pas sur l'essentiel. Le fait spirituel,  c'est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance. Le fait religieux, c'est la réponse des religieux à cette aspiration fondamentale qui existe depuis que l'homme a conscience de sa destinée.

Or, longtemps la République laïque a sous-estimé l'importance de l'aspiration spirituelle. Même après le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège, elle s'est montrée plus méfiante que bienveillante à l'égard des cultes. Chaque fois qu'elle a fait un pas vers les religions, qu'il s'agisse de la reconnaissance des associations diocésaines, de la question scolaire, des congrégations, elle a donné le sentiment qu'elle agissait, allez, parce qu'elle ne pouvait pas faire autrement. Ce n'est qu'en 2002 qu'elle a accepté le principe d'un dialogue institutionnel régulier avec l'Eglise catholique. Qu'il me soit également permis de rap-peler les critiques virulentes et injustes dont j'ai été l'objet au moment de la création du Conseil français du culte musulman. Aujourd'hui encore, la République maintient les congrégations sous une forme de tutelle, en refusant de reconnaître un caractère cultuel à l'action caritative, en répugnant à reconnaître la valeur des diplômes délivrés dans les établissements d'enseignement supérieur catholique, en n'accordant aucune valeur aux diplômes de théologie, considérant qu'elle ne doit pas s'intéresser à la formation des ministres du culte.

Je pense que cette situation est dommageable pour notre pays. Bien sûr, ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d'intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c'est un homme qui espère. Et l'intérêt de la République, c'est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent. La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n'ont pas rendu les Français plus heureux. C'est une évidence. Et puis je veux dire également que, s'il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu'il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. D'abord parce que la morale laïque risque toujours de s'épuiser quand elle n'est pas adossée à une espérance qui comble l'aspiration à l'infini. Ensuite et surtout parce qu'une morale dépourvue de liens avec la transcendance est davantage exposée aux contingences historiques et finalement à la facilité. Comme l'écrivait Joseph Ratzinger dans son ouvrage sur l’Europe, " le principe qui a cours maintenant est que la capacité de l'homme soit la mesure de son action. Ce que l'on sait faire, on peut également le faire ". A terme, le danger est que le critère de l'éthique ne soit plus d'essayer de faire ce que l'on doit faire, mais de faire ce que l'on peut faire. Mais c'est une très grande question.

Dans la République laïque, l'homme politique que je suis n'a pas à décider en fonction de considérations religieuses. Mais il importe que sa réflexion et sa conscience soient éclairées notamment par des avis qui font référence à des normes et à des convictions libres des contingences immédiates. Toutes les intelligences, toutes les spiritualités qui existent dans notre pays doivent y prendre part. Nous serons plus sages si nous conjuguons la richesse de nos différentes traditions.

C'est pourquoi j'appelle de mes vœux l'avènement d'une laïcité positive, c'est-à-dire d'une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. Il ne s'agit pas de modifier les grands équilibres de la loi de 1905. Les Français ne le souhaitent pas et les religions ne le demandent pas. Il s'agit en revanche de rechercher le dialogue avec les grandes religions de France et d'avoir pour principe de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels plutôt que de chercher à le leur compliquer. Messieurs les cardinaux, Mesdames et Messieurs, au terme de mon propos, et à quelques jours de cette fête de Noël qui est toujours un moment où l'on se recentre sur ce qui est le plus cher dans sa vie, je souhaiterais me tourner vers ceux d'entre vous qui sont engagés dans les congrégations, auprès de la Curie, dans le sacerdoce, l'épiscopat ou qui suivent actuellement leur formation de séminariste. Je voudrais vous dire très simplement les sentiments que m'inspirent vos choix de vie.

Je mesure les sacrifices que représente une vie toute entière consacrée au service de Dieu et des autres. Je sais que votre quotidien est ou sera parfois traversé par le découragement, la solitude, le doute. Je sais aussi que la qualité de votre formation, le soutien de vos communautés, la fidélité aux sacrements, la lecture de la Bible et la prière, vous permettent de surmonter ces épreuves. Sachez que nous avons au moins une chose en commun : c'est la vocation. On n'est pas prêtre à moitié, on l'est dans toutes les dimensions de sa vie. Croyez bien qu'on n'est pas non plus Président de la République à moitié. Je comprends que vous vous soyez sentis appelés par une force irrépressible qui venait de l'intérieur, parce que moi-même je ne me suis jamais assis pour me demander si j'allais faire ce que j'ai fait, je l'ai fait. Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même je sais ceux que j'ai faits pour réaliser la mienne. Ce que je veux vous dire ce soir, en tant que Président de la Ré-publique, c'est l'importance que j'attache à ce que vous faites et permettez moi de le dire à ce que vous êtes. Votre contribution à l'action caritative, à la défense des droits de l'homme et de la dignité humaine, au dialogue inter-religieux, à la formation des intelligences et des cœurs, à la réflexion éthique et philosophique, est majeure. Elle est enracinée dans la profondeur de la société française, dans une diversité souvent insoupçonnée, tout comme elle se déploie à travers le monde. Je veux saluer notamment nos congrégations, les Pères du Saint-Esprit, les Pères Blancs et les Sœurs Blanches, les fils et filles de la charité, les franciscains missionnaires, les jésuites, les dominicains, la Communauté de Sant'Egidio qui a une branche en France, toutes ces communautés, qui, dans le monde entier, soutiennent, soignent, forment, accompagnent, consolent leur prochain dans la détresse morale et matérielle.

En donnant en France et dans le monde le témoignage d'une vie donnée aux autres et comblée par l'expérience de Dieu, vous créez de l'espérance et vous faites grandir des sentiments nobles. C'est une chance pour notre pays, et le Président que je suis le considère avec beau-coup d'attention. Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s'il est important qu'il s'en approche, parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance. Je veux évoquer la mémoire des moines de Tibhérine et de Monseigneur Pierre Claverie, dont le sacrifice porte-ra un jour des fruits de paix, j'en suis convaincu. L'Europe a trop tourné le dos à la Méditerranée alors même qu'une partie de ses racines y plongent et que les pays riverains de cette mer au croisement d'un grand nombre d'enjeux du monde contemporain. J'ai voulu que la France

prenne l'initiative d'une Union de la Méditerranée. Sa situation géographique tout comme son passé et sa culture l'y conduisent naturellement. Dans cette partie du monde où les religions et les traditions culturelles exacerbent souvent les passions, où le choc des civilisations peut rester à l'état de fantasme ou basculer dans la réalité la plus tragique, nous devons conjuguer nos efforts pour atteindre une coexistence paisible, respectueuse de chacun sans renier nos convictions profondes, dans une zone de paix et de prospérité. Cette perspective rencontre, me semble-t-il, l'intérêt du Saint-Siège.

Mais ce que j'ai le plus à cœur de vous dire, c'est que dans ce monde paradoxal, obsédé par le confort matériel tout en étant de plus en plus en quête de sens et d'identité, la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d'affirmer ce qu'ils sont et ce en quoi ils croient. La campagne électorale de 2007 a montré que les Français avaient envie de politique pour peu qu'on leur propose des idées, des projets, des ambitions. Ma conviction c'est qu'ils sont aussi en attente de spiritualité, de valeurs et d'espérance. Henri de Lubac, ce grand ami de Benoît XVI, écrivait " La vie attire, comme la joie ". C'est pourquoi la France a besoin de catholiques heureux qui témoignent de leur espérance.

Depuis toujours, la France rayonne à travers le monde par la générosité et par l'intelligence. C'est pourquoi elle a besoin de catholiques pleinement chrétiens, et de chrétiens pleine-ment actifs. La France a besoin de croire à nouveau qu'elle n'a pas à subir l'avenir, parce qu'elle a à le construire. C'est pourquoi elle a besoin du témoignage de ceux qui, portés par une espérance qui les dépasse, se remettent en route chaque matin pour construire un monde plus juste et plus généreux.

J'ai offert ce matin au Saint Père deux éditions originales de Bernanos. Je veux conclure avec lui : " L'avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l'avenir, on le fait. L'optimisme est une fausse espérance à l'usage des lâches. L'espérance est une vertu, une détermination héroïque de l'âme. La plus haute forme de l'espérance, c'est le désespoir surmonté ". Comme je comprends l'attachement du Pape à ce grand écrivain qu'est Bernanos !

Partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue inter-religieux, dans les universités, je vous soutiendrai. La France a besoin de votre générosité, de votre courage, de votre espérance.

Je vous remercie.

Le Monde, 21 décembre 2007

 

 

22/02/2015 – Christianisme et Franc-Maçonnerie universelle

 

"La nature chrétienne du Grand Prieuré des Gaules suscite régulièrement la question de la compatibilité du caractère exclusivement chrétien de notre obédience dans une Franc-Maçonnerie universelle : comment concilier christianisme et Franc-Maçonnerie ? Et en quoi une telle Maçonnerie peut-elle participer au but général de l’ordre maçonnique ?

 

Pour les frères de notre obédience, qui travaillent au sein de sa Grande Loge Réunie et Rectifiée, la réponse s’impose dans toute sa simplicité : le christianisme rend les hommes libres, fraternels et égaux entre eux. Le christianisme n'est pas une religion de soumission à Dieu, ni de crainte de Dieu, mais un acte de coopération divine. Amour de l'homme pour Dieu, comme amour de Dieu pour l'homme. Le christianisme laisse cependant, dans la puissance de cet amour, l'homme accepter ou refuser celui-ci. Il respecte ainsi la volonté de l'homme inscrite dans la grandeur de Dieu.

 

Pour un chrétien, la volonté de Dieu est de grandir l’homme par l’amour dont il provient afin que l’homme puisse atteindre la ressemblance divine. Tous les chrétiens travaillent à cette œuvre et donc à l'exaltation de l'être humain et par là même à celle de la condition humaine. Le christianisme vise ainsi à restaurer l'homme dans sa dignité première. Cet amour s’incarne alors dans une bienfaisance active envers tous les hommes, quelle que soit leur croyance ou opinion, bienfaisance qui doit être la finalité de l’œuvre du Maçon. En cela la Maçonnerie chrétienne est universelle et doit s’exercer universellement par l’intention, la volonté et l’action des frères. L’action du Franc-Maçon chrétien s'inscrit, à l’instar de l’incarnation du Christ, dans la réalité de notre société dont la culture porte l’héritage de cette incarnation à travers ses fruits visibles et invisibles. Les valeurs des vertus du christianisme transmises à notre nation et à son état structurent son histoire, son architecture et sa beauté. L’idéal du Franc-Maçon chrétien n’est absolument pas façonné par une vision cléricale mais plutôt par la transmission d’une tradition chevaleresque qui témoigne du Verbe et qui s’exprime par la charité envers les humbles et les faibles. Nous avons des devoirs envers tous ceux qui souffrent.

 

Le Grand Prieuré des Gaules manifestant un christianisme originel rejette toute haine et reconnaît  en tout homme la même image de Dieu, ce qui pour nous est l’égalité parfaite. Notre obédience n’a aucune couleur politique, se veut lumineuse et loin de tous les obscurantisme du monde. Le GPDG ne défend aucune idéologie et n’a pour doctrine que celle de ses fondements. Quand l’homme n’est plus humain, il n’est plus divin, aussi l’extrémisme, le fanatisme, l’injustice, l’intempérance, le meurtre sont incompatibles avec le véritable christianisme. Celui-ci aide les hommes à accueillir les différences comme autant de richesses et d’expressions de la gloire divine tant que celles-ci ne vont pas à l'encontre de l'amour, de la dignité, de la beauté et de la grandeur humaine. Il vise à rétablir l’homme dans tous ses pouvoirs et droits originels, tout en l’aidant à prendre conscience de ses devoirs envers Dieu, ses frères, son pays et tous les hommes. C'est pour cela qu'il est persécuté et dénigré dans le monde par ceux qui ne souhaitent que la confusion et qui refusent toute limite pensant que leur liberté ne peut s'accommoder d'aucun devoir et qui finalement refusent de croire en l’homme ! Le chrétien lui, aime l’homme comme son Dieu.

 

Le christianisme s'accommode parfaitement de la laïcité car par amour il accueille les différences et par humilité il sait rester intérieur sans avoir à afficher sa présence, sinon par les marques d'amour de ceux qui le confessent. Ces marques seront surtout sensibles du fait de l’action de chaque frère qui promet de porter auprès de tous les hommes les vertus chrétiennes dont il s’est engagé à donner l’exemple. Ces vertus se manifestent sans ostentation mais avec une douce persuasion.

 

En cela et pour cela la Franc-Maçonnerie chrétienne au Grand Prieuré des Gaules concourt grâce à son enseignement, à ses rites et à sa pratique  à la grandeur universelle de l’œuvre maçonnique."

 

 

8 janvier 2015 - Parce que nous sommes des Hommes

 

"Les frères du Grand Prieuré des Gaules, Ordre des Franc-Maçons Chrétiens de France, expriment leur dégoût et leur protestation devant les actes ignobles qui se déroulent dans notre pays

Parce que nous sommes des hommes nous combattons toute forme de barbarie. ‎

Parce que nous sommes attachés à notre pays nous en partageons les souffrances et le deuil.

Parce que nous sommes issus d'une Maçonnerie qui vit le jour avec le siècle des Lumières, nous rejetons l'obscurantisme, les idéologies et actes fétides qui l'accompagnent, ainsi que toute atteinte à la dignité humaine.

Parce que nous sommes croyants, nous refusons toute perversion de la pensée religieuse et son détournement à des fins que nous condamnons.

Parce que nous sommes chrétiens, nous pensons que la grandeur de l'homme est dans le juste usage de son libre-arbitre et que nul être n'a sur lui le droit d'atteinte à l'image divine qu'il porte en lui.

Enfin parce que nous vivons dans ce monde nous rejetons aussi ceux qui veulent s'en faire les princes et qui ne sont que les ignobles marionnettes de celui qui y sème la confusion et le chaos."

 

08/01/2015 – les cahiers verts numéro 9

Les Cahiers verts sont la revue annuelle d’études symboliques et historiques du Grand Prieuré des Gaules et de sa Grande Loge Réunie et Rectifiée. Ce numéro 9 de la nouvelle série (la première série a démarré en 1970, la deuxième en 2005) regroupe plusieurs planches et études :

  • La vie de l’Ordre
  • Questions fréquemment posées
  • Miscellanea christianae latomiae
  • Bienfaisance
  • Justification de la science de l’homme chez Willermoz
  • Transmission
  • Willermoz avait-il lu Evagre le Pontique ?
  • Du travail dans l’Ordre intérieur
  • Études
  • La correspondance secrète et ésotérique du baron de Corberon
  • Le corps et le cœur du maçon rectifié
  • Le Régime Écossais Rectifié est-il dogmatique ?
  • Willermoziana :
  • Éphémérides du Convent de Wilhelmsbad Établies à partir des
  • « Minutes des Protocoles François tenus à l’Assemblée du Convent Général de Wilhelmsbad en 1782»
  • Recension : Handbook of Freemasonry

 

 

23/10/2013 – Le GPDG répond aux questions du blog « Sous la voûte étoilée »

 

Le Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules a répondu, le 21 octobre, aux questions du blogeur Gérard Contremmoulin, membre du Grand Orient de France et rédacteur du blog "Sous la voûte étoilée".

Le Grand Prieuré des Gaules répond aux 7 questions de SLVE.  Publié par sous la Voûte Etoilée

 

 Questions spécifiques :

 

1- Quelles sont les principales spécificités du GPDG ?

Le Grand Prieuré Des Gaules est une obédience maçonnique chrétienne et chevaleresque en communion avec toutes les institutions maçonniques cherchant la Lumière. L'authenticité des rites pratiqués permet à chaque homme en quête de Dieu d'aller à sa rencontre selon son propre rythme. Le GPDG permet de vivre la plénitude d'un processus initiatique dans la plénitude de la foi.

 

2- Le GPDG, obédience chrétienne et chevaleresque, était présente à la cérémonie de clôture du convent 2013 du GODF. À travers ce signe fort, qu'avez-vous souhaité exprimer ?

Le GPDG, créé en 1935, pratique principalement le Régime Écossais Rectifié dont les instances dirigeantes signaient dès 1776 un traité d'alliance, renouvelé en 1811, avec le GODF. Plus près de nous, en juin 2000, lors de notre séparation d'avec la GLNF, le GODF nous accueillait fraternellement en son sein et dans ses locaux. Cette ouverture de cœur et d'esprit nous semble être la marque de la maçonnerie française et de la richesse de son patrimoine,témoignant d'une diversité à laquelle nous sommes très attachés. Le GPDG s'intéressant davantage à ce qui rassemble qu'à ce qui divise.

 

3- Le Grand Prieuré des Gaules est également une obédience masculine et pluri-rites. Comment définiriez-vous les principales raisons de vouloir rejoindre, aujourd’hui, la GPDG ?

Nous proposons de faire palpiter au centre de l'union la vérité et la beauté de l'initiation chrétienne. Cette réalisation spirituelle et fraternelle invite dans un cadre symbolique, sans confusion aucune avec les pratiques religieuses qui ne sont ni un préalable ni une obligation. La propédeutique maçonnique laisse chacun libre de mettre en œuvre les outils qui révèlent la science de l'homme.

 

 Questions communes :

 

I - La franc-maçonnerie est réputée universelle. Comment réunir ce qui est épars dans la conjoncture actuelle et notamment par rapport à la déclaration de Bâle de juin 2012 ?

 

Le Grand Prieuré des Gaules ne se reconnaît pas dans les alignements en deux blocs parus ces derniers mois. Il ne peut se reconnaître dans la définition d'une maçonnerie adogmatique sans trahir son héritage initiatique qui lui vient du XVIIIe siècle et qu'il essaie de maintenir en l'état. Il ne peut pas non plus s'inscrire dans une logique de reconnaissance anglaise telle que la décrit implicitement la déclaration de Bâle.

Le Grand Prieuré des Gaules s'inscrit entièrement dans la Maçonnerie française, dans sa richesse et sa diversité de fonds et de formes. Il souhaite ardemment la restauration dans le paysage maçonnique français de la paix des âmes qui est le "bien le plus précieux" comme l'explique longuement le fondateur du Rite écossais rectifié, Jean-Baptiste Willermoz.

 

II - En février 2002, 9 obédiences signaient une déclaration fondant « La Maçonnerie Française ». Devant les enjeux qui se posent aujourd’hui à la franc-maçonnerie, montée des extrémismes, réapparition de l’antimaçonnisme, racisme et xénophobie, SLVE a lancé plusieurs appels pour une réunion des obédiences. Penses-tu envisageable de faire reprendre force et vigueur à cette initiative ? Si oui, dans quelles conditions ?

 

Le Grand Prieuré des Gaules considère que la "Maçonnerie française" tel qu'elle a existé au début des années 2000 est la forme la plus adaptée à la diversité du paysage maçonnique français. Elle est nécessaire, car elle permet d'avoir un socle commun permettant de distinguer les obédiences historiques des organisations plus récentes et pas toujours sérieuses dans leurs recrutements et modes de fonctionnement.

Il est cependant tout aussi nécessaire que cette structuration informelle garde suffisamment de flexibilité pour que la richesse et la variété initiatiques des organisations maçonniques françaises s'y expriment librement dans le respect des us et coutumes maçonniques sans exclusives vis-à-vis des obédiences historiques françaises quelles qu’elles soient.

 

III - La gestion de leur patrimoine immobilier exerce une pression de plus en plus importante sur les budgets des obédiences comme sur leurs loges propriétaires. L’obligation européenne de mise aux normes, notamment de sécurité, et même si elle est aujourd’hui différée, ne va faire qu’accroître encore cette pression. Comment le GPDG envisage-t-il cette situation ?

 

Le Grand Prieuré des Gaules en province travaille dans les locaux maçonniques existants mutualisés avec d'autres obédiences. Les problèmes quotidiens sont gérés en entière harmonie avec nos frères, sœurs et néanmoins voisins de palier dans lesdits locaux.

Nous avons rencontré le problème que vous évoquez pour nos locaux parisiens que nous avons dû fermer il y a 18 mois. Nos loges parisiennes travaillent actuellement dans des locaux que nous louons auprès d'une autre obédience maçonnique.

 

IV - Le Front National aime se présenter comme une organisation démocratique et républicaine. Penses-tu que la coappartenance avec une obédience maçonnique soit possible ?

 

Il n'est pas dans les habitudes du Grand Prieuré des Gaules de commenter la vie publique ou de s'exprimer sur des sujets politiques.

Le Grand Prieuré des Gaules réaffirme cependant son rejet total de tout système qui ne placent pas l’amour de l’homme au centre du monde. La xénophobie, le racisme, l’antisémitisme sont par nature totalement étrangers à l’humain que nous considérons comme une image du Grand Architecte de l'Univers.

 

Le Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules

 

10/10/2013 – St Michel 2013 – La famille rectifiée plus que jamais réunie

 

Comme à son habitude, chaque dernier samedi de septembre, le Grand Prieuré des Gaules se réunit en assemblée générale dans l'Ordre intérieur le matin et dans la classe maçonnique l'après-midi. A nouveau cette année la famille rectifiée tout entière a participé à nos travaux. Parmi les visiteurs il y eut aussi des obédiences amies pratiquant d'autres rites.

Les obédiences amies représentées étaient :

• La Grande Loge de France (la réunion se déroulait dans les locaux de la Rue Puteaux comme quasiment à chaque Saint Michel depuis l'an 2000)

• Le Grand Orient de France

• La Grande Loge Féminine de France

• Le Grand Orient de Suisse

• La Grande Loge Française de Memphis Misraïm

• La Loge Nationale Française

• La Grande Loge Italienne

Les obédiences rectifiées représentées étaient :

• Le Grand Prieuré Indépendant de France

• La Province d'Auvergne

• Les Grands Prieurés Unis des Trois Provinces

• Le Grand Prieuré de Lotharingie

• La Province d’Occitanie et sa Grande Loge Écossaise Réformée et Rectifiée d’Occitanie

• Le Grand Prieuré Féminin de France

• Le Grand Prieuré d'Hispanie avec qui le GPDG a signé un protocole d'amitié

• Le Grand Prieuré Rectifié Indépendant de Suisse

 

Le Grand Maître national a redit sa volonté de réunir la famille rectifiée. Les représentants des obédiences rectifiées amies ont également insisté sur ce point dans leurs interventions de l'après-midi. Le Grand Maître national a profité de la présence des Frères du GPDG et des représentants des obédiences amies pour rappeler sa compréhension du but de l'Ordre :

Si nous sortons du sein d’Abraham, et pas des mystères d’Egypte, ce n’est pas à retrouver les entrailles d’antan que nous sommes appelés, mais à sacraliser le monde de demain, pour que chacun devienne Temple du Saint Esprit. En cela, l’Ordre est religieux, non pas clérical ni confessionnel, mais relie l’homme à son principe. Il nous lie par la réception dans l’initiation de nos Frères et cette fraternité-là, nous relie au Grand Architecte de l’Univers, qui pour nous, n’est pas un principe édulcoré, ou un égrégore spirituel, mais bien Dieu incarné. Cette réception dans l’initiation nous sépare, non pas d’un monde profane, mais de la profanation de notre nature originelle.

Le Grand Orateur de la Grande Loge Réunie et Rectifiée régissant la classe maçonnique du Grand Prieuré des Gaules s'est exprimé sur la notion d'Ordre. Il a rappelé que :

L’ordre juste est à même d’instaurer le règne de la paix qui n’est là que pour permettre au beau et au bien de s’exprimer et de se développer. Pour atteindre ce but, l’homme de ce monde enténébré par la chute doit s’appuyer sur des structures organisées en Ordres afin d’agir dans la création et sur la création en toute justice et réordonner ce qu’il a désordonné en lui et autour de lui. Et en premier lieu il devra corriger le désordre qui s’est installé dans l’usage de son libre arbitre et de sa volonté qui font sa beauté et sa grandeur.

 

 

02/07/2013 – La règle maçonnique approuvée au convent de Wilhemsbad

 

"Chaque société a besoin, pour se maintenir et se développer, de se soumettre à des règles. Certaines règles, telles que les constitutions des états  ou les règlements intérieurs des associations définissent l'organisation interne ou encore les procédures de résolutions de litige par exemple. D'autres règles sont plutôt des "règles de vie" indiquant aux membres comment agir dans certaines circonstances ou face à certaines problématiques, des plus théoriques au plus pratiques.

Parmi les exemples les plus arquant de "règles", on pense d'abord aux règles monastiques apparues en Orient avec les règles de saint Pacôme (+ 346) ou celle de saint Basile (+ 379). Elles furent consolidées, en Occident, à Lérins, par saint Honorat (+ 430) et un peu plus tard par saint Benoît de Nursie (+547)Les règles des ordres monastiques toujours vivants en Occident en sont issues.

Qu'en est-il de la Franc-maçonnerie qui n'est ni ordre monastique ni ordre chevaleresque au sens strict du terme ? En tant que société organisée, la Franc-maçonnerie s'est très tôt dotée de règlements : ce furent les fameuses "Constitution d'Anderson" écrites et traduites dans les années 1720 - 1730. Le Régime rectifié a cela de particulier qu'il chercha à mener une "rectification" de la Franc-maçonnerie en plein XVIIIe siècle. L'une des étapes fondamentales de cette rectification fut le convent national des Gaules tenue à Lyon en 1778 et une  Règle y fut rédigée. Elle fut légèrement modifiée en 1782 à Wilhelmsbad lors du convent générale de l'Ordre.

Cette Règle Maçonnique est  en réalité spécifique à la maçonnerie rectifiée. Elle est encore de nos jours remise à l'apprenti le soir même de sa réception. Il est donc censé s'y astreindre s'il veut respecter son engagement et mener à bien son cheminement initiatique.

Le Recès du Convent de Wilhelmsbad (Cahiers verts, Hors série "Les convents", 2005, p. 125) l'évoque comme suit :

"Malgré que nos Loges se soient toujours empressées d’enseigner à leurs membres les préceptes de la morale la plus pure et de graver surtout dans le coeur des nouveaux reçus les leçons de la sagesse et de la vertu : nous avons cru devoir faire composer une règle générale pour tous les Maçons, qui leur traçât avec énergie ce qu’ils doivent à Dieu, à leur prochain, à eux mêmes, à leurs frères et à l’Ordre en général ; nous avons par conséquent adopté une règle, écrite dans les deux langues, pour être lue au Candidat lors de son initiation, et avons donné pareillement notre sanction à une paraphrase de cette même règle contenue en neuf articles, pour être soumise à sa méditation ultérieure et être lue quelquefois l’année dans nos Loges."

On voit ainsi l'importance de ce texte parfois mis de côté, peut être en raison de la rigueur de ses exigences. Nous avons opté pour sa publication : on la trouve déjà ailleurs sur le web et depuis des décennies dans les livres disponibles partout, de plus elle n'est pas particulièrement divulgatrice de secrets maçonniques. Sa lecture permettra au maçon de mieux comprendre l'essence du Régime rectifié et au non maçon de m ieux comprendre ce en quoi il s'engagerait s'il souhaitait rejoindre l'Ordre.

Cette Règle est une composante structurante du fond rituélique et doctrinale qui constitue le Régime écossais rectifié au sein du GPDG :

LA RÈGLE MAÇONNIQUE

La Règle maçonnique approuvée lors du Convent de Wilhelmsbad (1782)

 

O toi qui viens d’être initié aux leçons de la sagesse ! fils de la vertu et de l’amitié ! prête à nos accents une oreille attentive et que ton âme s’ouvre aux préceptes mâles de la vérité ! nous t’enseignerons le chemin qui mène à la vie heureuse ; nous t’apprendrons à plaire à ton Auteur et à développer, avec énergie et succès, tous les moyens que la Providence te confia pour te rendre utile aux hommes et goûter les charmes de la bienfaisance.

 

ARTICLE I. DEVOIRS ENVERS DIEU ET LA RELIGION

I Ton premier hommage appartient à la Divinité. Adore l’Être plein de majesté qui créa l’univers par un acte de sa volonté, qui le conserve par un effet de son action continue, qui remplit ton cœur, mais que ton esprit borné ne peut concevoir, ni définir. Plains le triste délire de celui qui ferme ses yeux à la lumière et se promène dans les ténèbres épaisses du hasard : que ton cœur attendri et reconnaissant des bienfaits paternels de ton Dieu, rejette avec mépris ces vains sophismes, qui prouvent la dégradation de l’esprit humain lorsqu’il s’éloigne de sa source. Élève souvent ton âme au-dessus des êtres matériels qui t’environnent, et jette un regard plein de désir dans les régions supérieures qui sont ton héritage et ta vraie patrie. Fais à ce Dieu le sacrifice de ta volonté et de tes désirs, rends-toi digne de ses influences vivifiantes, remplis les lois qu’il voulut que tu accomplisses comme homme dans ta carrière terrestre. Plaire à ton Dieu, voilà ton bonheur ; être réuni à jamais à Lui, voilà toute ton ambition, la boussole de tes actions.

II Mais comment oserais-tu soutenir ses regards, être fragile qui transgresses à chaque instant ses lois et offenses sa sainteté, si sa bonté paternelle ne t’eût ménagé un Réparateur infini ? Abandonné aux égarements de ta raison, où trouverais-tu la certitude d’un avenir consolant ? Livré à la Justice de ton Dieu, où serait ton refuge ? Rends donc grâce à ton Rédempteur ; prosterne-toi devant le Verbe incarné, et bénis la Providence qui te fit naître parmi les chrétiens. Professe en tous lieux la divine Religion du Christ, et ne rougis jamais de lui appartenir. L’Évangile est la base de nos obligations ; si tu n’y croyais pas, tu cesserais d’être Maçon. Annonce dans toutes tes actions une piété éclairée et active, sans hypocrisie, sans fanatisme ; le Christianisme ne se borne pas à des vérités de spéculation ; pratique tous les devoirs moraux qu’il enseigne, et tu seras heureux ; tes contemporains te béniront et tu paraîtras sans trouble devant le trône de l’Éternel.

III Surtout pénètre-toi de ce principe de charité et d’amour, base de cette sainte Religion ; plains l’erreur sans la haïr et sans la persécuter ; laisse à Dieu seul le soin de juger, et contente-toi d’aimer et de tolérer. Maçons ! Enfants d’un même Dieu ! réunis par une croyance commune en notre divin Sauveur ! que ce lien d’amour nous unisse étroitement et fasse disparaître tout préjugé contraire à notre concorde fraternelle.

 

ARTICLE II. IMMORTALITÉ DE L’ÂME

 

I Homme ! Roi du monde ! Chef-d’œuvre de la création lorsque Dieu l’anima de son souffle ! médite ta sublime destination. Tout ce qui végète autour de toi, et n’a qu’une vie animale, périt avec le temps, et est soumis à son empire : ton âme immortelle seule, émanée du sein de la Divinité, survit aux choses matérielles et ne périra point. Voilà ton vrai titre de noblesse ; sens vivement ton bonheur, mais sans orgueil : il perdit ta race et te replongerait dans l’abîme. Etre dégradé ! malgré ta grandeur primitive et relative, qu’es-tu devant l’Éternel ? Adore-le dans la poussière et sépare avec soin ce principe céleste et indestructible des alliages étrangers ; cultive ton âme immortelle et perfectible, et rends-la susceptible d’être réunie à la source pure du bien, lorsqu’elle sera dégagée des vapeurs grossières de la matière. C’est ainsi que tu seras libre au milieu des fers, heureux au sein même du malheur, inébranlable au plus fort des orages et que tu mourras sans frayeur.

II Maçon ! si jamais tu pouvais douter de la nature immortelle de ton âme, et de ta haute destination, l’initiation serait sans fruit pour toi ; tu cesserais d’être le fils adoptif de la sagesse, et tu serais confondu dans la foule des êtres matériels et profanes, qui tâtonnent dans les ténèbres.

 

ARTICLE III. DEVOIRS ENVERS LE SOUVERAIN ET LA PATRIE

 

I L’Être suprême confia d’une manière plus positive ses pouvoirs sur la terre au Souverain ; respecte et chéris son autorité légitime sur le coin de la terre que tu habites ; ton premier hommage appartient à Dieu ; le second à ta Patrie. L’homme errant dans les bois, sans culture et fuyant ses semblables, serait peu propre à remplir les vues de la Providence et à saisir toute la masse du bonheur qui lui est réservé. Son être s’agrandit au milieu de ses semblables ; son esprit se fortifie par le choc des opinions ; mais une fois réuni en société, il aurait à combattre sans cesse l’intérêt personnel et les passions désordonnées, et l’innocence bientôt succomberait sous la force ou sous la ruse. Il fallut donc des lois pour le guider et des chefs pour les maintenir.

II Homme sensible ! tu révères tes parents ; honore de même les pères de l'État et prie pour leur conservation ; ils sont les représentants de la Divinité sur cette terre. S’ils s’égarent, ils en répondront au Juge des Rois ; mais ton propre sentiment peut te tromper, et jamais te dispenser d’obéir. Si tu manquais à ce devoir sacré, si ton cœur ne tressaillait plus au doux nom de Patrie et de ton Souverain, le Maçon te repousserait de son sein comme réfractaire à l’ordre public, comme indigne de participer aux avantages d’une association qui mérite la confiance et l’estime des gouvernements, puisqu’un de ses principaux mobiles est le patriotisme et que, jalouse de former les meilleurs citoyens, elle exige que ses enfants remplissent, avec le plus de distinction et par les motifs les plus épurés, tous les devoirs de leur état civil. Le guerrier le plus courageux, le juge le plus intègre, le maître le plus doux, le serviteur le plus fidèle, le père le plus tendre, l’époux le plus constant, le fils le plus soumis, doit être le Maçon, puisque les obligations ordinaires et communes du citoyen ont été sanctifiées et renforcées par les vœux libres et volontaires du Maçon, et qu’en les négligeant il joindrait à la faiblesse l’hypocrisie et le parjure.

 

ARTICLE IV. DEVOIRS ENVERS L’HUMANITÉ EN GÉNÉRAL

 

I Mais si le cercle patriotique qui t’ouvre une carrière si féconde et si satisfaisante, ne remplit pas encore toute ton activité, si ton cœur sensible veut franchir les bornes des empires et embraser avec ce feu électrique de l’humanité, tous les hommes, toutes les nations ; si, remontant à la source commune, tu te plais à chérir tendrement tous ceux qui ont les mêmes organes, le même besoin d’aimer, le même désir d’être utile et une âme immortelle comme toi, viens alors dans nos temples offrir tes hommages à la sainte humanité ; l’univers est la patrie du Maçon, et rien de ce qui regarde l’homme ne lui est étranger. Vois avec respect cet édifice majestueux, destiné à resserrer les liens trop relâchés de la morale ; chéris une association générale d’âmes vertueuses, capables de s’exalter, répandue dans tous les pays où la raison et les lumières ont pénétré, réunie sous la bannière sainte de l’humanité, régie par des lois simples et uniformes. Sens enfin le but sublime de notre Saint Ordre : consacre ton activité et toute ta vie à la bienfaisance ; ennoblis, épure et fortifie cette généreuse résolution, en travaillant sans relâche et ta perfection et te réunissant plus intimement à la Divinité.

 

ARTICLE V. BIENFAISANCE

 

I Créé à l’image de Dieu, qui a daigné se communiquer aux hommes et répandre sur eux le bonheur, rapproche-toi de ce modèle infini, par une volonté constante de verser sans cesse sur les autres hommes toute la masse de bonheur qui est en ton pouvoir. Tout ce que l’esprit peut concevoir de bien est le patrimoine du Maçon.

II Vois la misère impuissante de l’enfance, elle réclame ton appui ; considère l’inexpérience funeste de la jeunesse, elle sollicite tes conseils ; mets ta félicité à la préserver des erreurs et des séductions qui la menacent ; excite en elle les étincelles du feu sacré du génie et aide à les développer pour le bonheur du monde.

III Tout être qui souffre ou gémit a des droits sacrés sur toi, garde-toi de les méconnaître : n’attends point que le cri perçant de la misère te sollicite : préviens et rassure l’infortuné timide ; n’empoisonne pas, par l’ostentation de tes dons, les sources d’eau vive où le malheureux doit se désaltérer ; ne cherche pas la récompense de ta bienfaisance dans les vains applaudissements de la multitude ; le Maçon la trouve dans le suffrage tranquille de sa conscience et dans le sourire fortifiant de la Divinité, sous les yeux de laquelle il est sans cesse placé.

IV Si la Providence libérale t’a accordé quelque superflu, garde-toi d’en faire un usage frivole et criminel ; elle voulut que, par un mouvement libre et spontané de ton âme généreuse, tu rendisses moins sensible la distribution inégale des biens, qui entrait dans ses plans ; jouis de cette belle prérogative. Que jamais l’avarice, la plus sordide des passions, n’avilisse ton caractère, et que ton cœur se soulève aux calculs froids et arides qu’elle suggère. Si jamais il venait à se dessécher à son souffle triste et intéressé, fuis nos ateliers de charité, ils seraient sans attrait pour toi, et nous ne pourrions plus reconnaître en toi l’ancienne image de la Divinité.

V Que ta bienfaisance soit éclairée par la religion, la sagesse et la prudence ; ton cœur voudrait embrasser les besoins de l’humanité entière, mais ton esprit doit choisir les plus pressants et les plus importants. Instruis, conseille, protège, donne, soulage tour à tour ; ne crois jamais avoir assez fait, et ne te repose de tes œuvres que pour montrer une nouvelle énergie. En te livrant ainsi aux élans de cette passion sublime, une source intarissable de jouissances s’apprête pour toi : tu auras sur cette terre l’avant-goût de la félicité céleste, ton âme s’agrandira, et tous les instants de ta vie seront remplis. Lorsqu’enfin tu sens les bornes de ta nature finie, et que ne pouvant suffire seul au bien que tu voudrais faire, ton âme s’attriste, viens dans nos temples ; vois le faisceau sacré de bienfaits qui nous unit, et concourant efficacement, selon toutes tes facultés, aux plans et aux établissements utiles que l’association maçonnique te présente et qu’elle réalise, félicite-toi d’être citoyen de ce meilleur monde ; goûte les doux fruits de nos forces combinées et concentrées sur un même objet ; alors tes ressources se multiplieront, tu aideras à faire mille heureux au lieu d’un et tes voeux seront couronnés.

 

ARTICLE VI. AUTRES DEVOIRS MORAUX ENVERS LES HOMMES

 

I Aime ton prochain autant que toi-même, et ne lui fais jamais ce que tu ne voudrais pas qu’on te fit. Sers-toi du don sublime de la parole, signe extérieur de ta domination sur la nature, pour aller au-devant des besoins d’autrui, et pour exciter dans tous les cœurs le feu sacré de la vertu. Sois affable et officieux, édifie par ton exemple, partage la félicité d’autrui sans jalousie. Ne permets jamais à l’envie de s’élever un instant dans ton sein, elle troublerait la source pure de ton bonheur, et ton âme serait en proie à la plus triste des furies.

II Pardonne à ton ennemi ; ne t’en venge que par tes bienfaits ; ce sacrifice généreux, dont nous devons le sublime précepte à la religion, te procurera les plaisirs les plus purs et les plus délicieux ; tu redeviendras la vive image de la Divinité, qui pardonne avec une bonté céleste les offenses de l’homme, et le comble de grâces malgré son ingratitude. Rappelle-toi donc toujours que c’est là le triomphe le plus beau que la raison puisse obtenir sur l’instinct, et que le Maçon oublie les injures, mais jamais les bienfaits.

 

ARTICLE VII. PERFECTION MORALE DE SOI-MÊME

 

I En te dévouant ainsi au bien d’autrui, n’oublie point ta propre perfection et ne néglige pas de satisfaire les besoins de ton âme immortelle. Descends souvent dans ton cœur, pour en sonder les replis les plus cachés. La connaissance de soi-même est le grand pivot des préceptes maçonniques. Ton âme est la pierre brute qu’il faut dégrossir : offre à la Divinité l’hommage de tes affections réglées, de tes passions vaincues.

II Que des mœurs chastes et sévères soient tes compagnes inséparables, et te rendent respectable aux yeux des profanes ; que ton âme soit pure, droite, vraie et humble. L’orgueil est l’ennemi le plus dangereux de l’homme, il l’entretient dans une confiance illusoire de ses forces. Ne considère point le terme où tu es venu, il ralentirait ta course ; fixe celui où tu dois arriver ; la courte durée de ton passage te laisse à peine l’espoir d’y atteindre. Ôte à ton amour-propre l’aliment dangereux de la comparaison avec ceux qui sont derrière toi ; sens plutôt l’aiguillon d’une émulation vertueuse, en voyant des modèles plus accomplis devant toi.

III Que jamais ta bouche n’altère les pensées secrètes de ton coeur, qu’elle en soit toujours l’organe vrai et fidèle : un Maçon qui se dépouillerait de la candeur, pour prendre le masque de l’hypocrisie et de l’artifice, serait indigne d’habiter avec nous, et, semant la méfiance et la discorde dans nos paisibles temples, il en deviendrait bientôt l’horreur et le fléau.

IV Que l’idée sublime de la toute-présence de Dieu te fortifie, te soutienne ; renouvelle chaque matin le vœu de devenir meilleur : veille et prie. Et lorsque sur le soir ton cœur satisfait te rappelle une bonne action, ou quelque victoire remportée sur toi-même, alors seulement repose tranquillement dans le sein de la Providence et reprends de nouvelles forces.

V Étudie enfin le sens des hiéroglyphes et des emblèmes que l’ordre te présente. La nature même, voile la plupart de ses secrets ; elle veut être observée, comparée et surprise souvent dans ses effets. De toutes les sciences dont le vaste champ présente les résultats les plus heureux à l’industrie de l’homme et à l’avantage de la société, celle qui t’enseignera les rapports entre Dieu, l’univers et toi, comblera les désirs de ton âme céleste, et t’apprendra à mieux remplir tes devoirs.

 

 ARTICLE VIII. DEVOIRS ENVERS LES FRÈRES

 

I Dans la foule immense des êtres dont cet univers est peuplé, tu as choisi par un vœu libre les Maçons pour tes Frères. N’oublie donc jamais que tout Maçon, de quelque communion chrétienne, pays ou condition qu’il soit, en te présentant sa main droite, symbole de la franchise fraternelle, a des droits sacrés sur ton assistance et sur ton amitié. Fidèle au vœu de la nature, qui fut l’égalité, le Maçon rétablit dans ses temples les droits originaires de la famille humaine ; il ne sacrifie jamais aux préjugés populaires, et le niveau sacré assimile ici tous les états. Respecte dans la société civile les distances établies ou tolérées par la Providence ; souvent l’orgueil les imagina ; il y en aurait à les fronder, et à vouloir les méconnaître. Mais garde-toi, surtout d’établir parmi nous des distinctions factices que nous désavouons ; laisse tes dignités et tes décorations profanes à la porte, et n’entre qu’avec l’escorte de tes vertus. Quel que soit ton rang dans le monde, cède le pas dans nos Loges au plus vertueux, au plus éclairé.

II Ne rougis jamais en public d’un homme obscur mais honnête, que dans nos asiles, tu embrassas comme Frère quelques instants auparavant ; l’Ordre rougirait de toi à son tour et te renverrait, avec ton orgueil, pour l’étaler sur les théâtres profanes du monde. Si ton Frère est en danger, vole à son secours, et ne crains pas d’exposer pour lui ta vie. S’il est dans le besoin, verse sur lui tes trésors, et réjouis-toi d’en pouvoir faire un emploi aussi satisfaisant ; tu as juré d’exercer la bienfaisance envers les hommes en général, tu la dois de préférence à ton Frère qui gémit. S’il est dans l’erreur et qu’il s’égare, viens à lui avec les lumières du sentiment, de la raison, de la persuasion. Ramène à la vertu des êtres qui chancellent, et relève ceux qui sont tombés.

III Si ton cœur ulcéré par des offenses vraies ou imaginaires, nourrissait quelque inimitié secrète contre un de tes Frères, dissipe à l’instant le nuage qui s’élève ; appelle à ton secours quelque arbitre désintéressé, réclame sa médiation fraternelle ; mais ne passe jamais le seuil du temple avant d’avoir déposé tout sentiment de haine ou de vengeance. Tu invoquerais en vain le nom de l’Éternel, pour qu’il daignât habiter dans nos temples, s’ils ne sont purifiés par les vertus des Frères et sanctifiés par leur concorde.

 

 ARTICLE IX. DEVOIRS ENVERS L’ORDRE

 

I Lorsqu’enfin tu fus admis à la participation des avantages qui résultent de l’association maçonnique, tu lui abandonnas en échange, tacitement, une partie de ta liberté naturelle ; accomplis donc strictement les obligations morales qu’elle t’impose ; conforme-toi à ses sages règlements et respecte ceux que la confiance publique a désignés pour être les gardiens des lois et les interprètes du vœu général. Ta volonté dans l’Ordre est soumise à celle de la loi et des supérieurs : tu serais un mauvais frère si tu méconnaissais jamais cette subordination nécessaire dans toute société, et la nôtre serait forcée de t’exclure de son sein.

II Il est surtout une loi dont tu as promis, à la face des cieux, la scrupuleuse observance : c’est celle du secret le plus inviolable sur nos rituels, cérémonies, signes et la forme de notre association. Garde-toi de croire que cet engagement est moins sacré que les serments que tu juras dans la société civile. Tu fus libre en le prononçant, mais tu ne l’es plus de rompre le secret qui te lie. L’Éternel, que tu invoquas comme témoin, l’a ratifié : crains les peines attachées au parjure : tu n’échapperais jamais au supplice de ton cœur, et tu perdrais l’estime et la confiance d’une société nombreuse, qui aurait droit de te déclarer sans foi et sans honneur. Si les leçons que l’Ordre t’adresse, pour te faciliter le chemin de la vérité et du bonheur, se gravent profondément dans ton âme docile et ouverte aux impressions de la vertu ; si les maximes salutaires, qui marqueront pour ainsi dire chaque pas que tu feras dans la carrière maçonnique, deviennent tes propres principes et la règle invariable de tes actions ; ô mon Frère, quelle sera notre joie ! tu accompliras ta sublime destinée, tu recouvreras cette ressemblance divine, qui fut le partage de l’homme dans son état d’innocence, qui est le but du Christianisme, et dont l’initiation maçonnique fait son objet principal. Tu redeviendras la créature chérie du Ciel : ses bénédictions fécondes s’arrêteront sur toi ; et méritant le titre glorieux de sage, toujours libre, heureux et constant, tu marcheras sur cette terre l’égal des rois, le bienfaiteur des hommes, et le modèle de tes Frères. "

 

 

12/06/2013 – La nature de l’Ordre Maçonnique

 

Le Régime écossais rectifié est construit comme chacun sait en trois cercles concentriques :

• Deux classes ostensibles :

o La classe maçonnique

o L’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte

• Une classe seulement connue de ceux-là mêmes qui la composent

 

Nous souhaitons identifier dans cette courte étude la nature de la classe maçonnique : il ne s’agit pas ici de faire une dissertation érudite qui n’aura pas sa place sur un site web : nous souhaitons simplement tenter une définition de ce qu’est la Franc-maçonnerie telle que la propose le Régime écossais rectifié. Pour réussir cet essai de définition, nous avions plusieurs textes à notre disposition. En effet, le Régime écossais rectifié a cet avantage d’avoir transmis à ses membres contemporains des écrits de l’époque de sa fondation permettant une bonne compréhension du dessein des fondateurs de ce système maçonnique resté intact depuis sa création en 1778-1782. Mais d’une part nous ne voulons pas ici trop dévoiler les textes rituéliques (même si, malheureusement, ils se trouvent, facilement pour la plupart, en librairies ou sur le web) et d’autre part nous considérons qu’un texte publié sur le web nécessite un certain esprit de synthèse.

Nous nous appuierons donc uniquement sur trois textes :

• La Lettre à un candidat à l’admission dans une loge rectifiée par Jean-Baptise Willermoz [1]

• Le Mémoire sur la Bienfaisance d’Henri de Virieu [2]

• la Règle maçonnique définitivement adoptée au Convent de Wilhelmsbad [3]

Dans la Lettre on peut lire :

"La Maçonnerie est une école dans laquelle on éprouve graduellement l’aspirant pour en former un homme moral utile dans toutes les parties de la Société humaine où la divine providence l’a placé.

On apprend donc que la Franc-maçonnerie est une « école » où l’homme, progressivement, devient utile à l’humanité. La suite de la Lettre  nous indique que sa formation se fait par des symboles et allégories sur lesquels il exercera son intelligence. Cette formation renforce en notre candidat la pratique des « devoirs religieux, moraux et sociaux » lui permettant ainsi d’acquérir ce que Willermoz appelle la « vertu » qu’il présente comme étant « fondée sur les bases inébranlables de la religion chrétienne ». Et notre auteur de souligner que « les principes maçonniques [...] sont intimement liés aux principes fondamentaux de la Religion » sans que la maçonnerie deviennent pour autant un lieu de « controverse en matière de religion et de politique ».

Ce paragraphe, probablement le plus important de la Lettre, se termine par cette double indication :

[La Franc-maçonnerie] peut se rendre utile par la bienfaisance à la partie souffrante de l’humanité [et] chaque individu qui la compose peut y trouver aussi pour lui-même un avantage réel et inappréciable pour tout le cours de sa vie, et bien au-delà [...].

On voit ainsi que l’Ordre maçonnique a un objectif double centré sur la Bienfaisance :

• Bienfaisance envers toute l’humanité sans distinction et sur tous les plans

• Bienfaisance envers chaque membre de l’Ordre maçonnique

On notera l’usage du verbe « pouvoir » avant chacun des deux objectifs ainsi définis : cela signifie que le succès dans cette entreprise de bienfaisance n’est pas garanti et que chacun doit faire les efforts nécessaires pour que la potentialité de cette Bienfaisance se réalise.

Mais quelle est donc cette « Bienfaisance » dont on parle ici ? Quel est ce « bien » qu’il s’agit de « faire » ? Le dictionnaire de l’Académie française de 1762 [4], c’est-à-dire de l’époque où cette lettre a été écrite, donne la définition suivante du mot « Vertu » :

Une habitude de l'âme, qui la porte à faire le bien, & a fuir le mal

Ainsi « faire le bien » c’est être « vertueux », être capable de « Vertu ». Et c’est d’abord au niveau de l’âme que la bienfaisance se situe et cela correspond à ce que Willermoz évoquait ci-dessus. En effet lorsqu’il dit au candidat que la Franc-maçonnerie peut lui apporter des « avantages [...] pour tout le cours de sa vie, et bien au-delà » c’est bien d’un avantage pour l’âme qu’il évoque puisque seule l’âme est considérée comme immortelle par les francs-maçons. La Bienfaisance dont nous parlons provient donc de l’âme et doit d’abord être au service de l’âme.

Henri de Virieu, un des compagnons de route de Jean-Baptiste Willermoz, écrivait au sujet de la Bienfaisance :

La vertu qu'on nomme bienfaisance est cette disposition de l'âme qui fait opérer sans relâche en faveur des autres le bien, de quelque nature qu'il puisse être. Cette vertu embrasse donc nécessairement un champ immense, car son essence étant d'opérer le bien en général, tout ce que l'esprit peut concevoir de bien dans l'univers est de son ressort et doit être soumis à son action. C'est de cette manière que l'homme doit envisager et pratiquer la vertu par laquelle il se rend le plus semblable à son principe infini dont il est l'image, à ce principe de bonté qui, voulant sans cesse le bonheur de toutes ses productions sans exception, agissant sans cesse pour le procurer, est ainsi éternellement et infiniment bienfaisant.

On voit donc que, dans l’esprit de ces hommes du XVIIIe siècle qui ont fondé la Franc-maçonnerie rectifiée, la Bienfaisance n’est pas seulement matérielle. Elle embrasse un « champ immense », en réalité tout ce qui peut être humainement concevable que cela soit matériel ou spirituel. De plus la vertu ainsi déployée permet à l’homme de ressembler à Dieu ce qui fait écho à la Genèse qui établit la base de l’anthropologie chrétienne en énonçant [5] :

« Puis Dieu dit : Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance »

 

Et c’est ainsi qu’on constate que l’initiation maçonnique, telle que proposée par le Franc-maçonnerie rectifié, et le christianisme, dans son sens le plus élevé dépassant les distinctions confessionnelles, ont un même et unique objet. Certes l’une et l’autre ne mettent pas en œuvre les mêmes modalités pour atteindre cet objet, mais les moyens mis en œuvre ne changent en rien l’objectif à atteindre. En effet, le maçon rectifié doit s’efforcer à respecter une Règle [6] qui se termine ainsi :

Si les leçons que l’Ordre t’adresse, pour te faciliter le chemin de la vérité et du bonheur, se gravent profondément dans ton âme docile et ouverte aux impressions de la vertu ;

si les maximes salutaires, qui marqueront pour ainsi dire chaque pas que tu feras dans la carrière maçonnique, deviennent tes propres principes et la règle invariable de tes actions ;

ô mon Frère, quelle sera notre joie ! tu accompliras ta sublime destinée, tu recouvreras cette ressemblance divine, qui fut le partage de l’homme dans son état d’innocence, qui est le but du Christianisme, et dont l’initiation maçonnique fait son objet principal.

Tu redeviendras la créature chérie du Ciel : ses bénédictions fécondes s’arrêteront sur toi ; et méritant le titre glorieux de sage, toujours libre, heureux et constant, tu marcheras sur cette terre l’égal des rois, le bienfaiteur des hommes, et le modèle de tes Frères.

Notes

[1] Lettre dans la suite de ce texte. Elle est conforme à l’original de la B.M. de Lyon (MS 5918 P.3) publiée en préambule du Rituel d’Apprenti du Grand Prieuré des Gaules.

[2] Henri de Virieu, Mémoire sur la Bienfaisance, (voir plus bas) . Au Convent de Wilhelmsbad, dès sa deuxième séance du 29 juillet 1782, Henri de Virieu présenta, à la demande du prince Ferdinand de Brunswick, un Mémoire sur les idées que l'Ordre doit attacher au terme de bienfaisance. Le Mémoire fut adopté par le Convent qui ordonna qu'il fût joint aux Actes, en même temps que le Projet de Chapitre pour le nouveau Code maçonnique qui en reprenait la substance (pièces 95 et 96 des Actes du Convent). Cf Les Cahiers verts - Hors série « Les convents » , Editions du Simorgh, 2005, p. 98. Présentation par J-F Var.

[3] Règle dans la suite de ce texte

[4] http://artflx.uchicago.edu/cgi-bin/dicos/pubdico1look.pl?strippedhw=vertu

[5] Genèse 1:26, Traduction Louis Segond

[6] Dans le Recès du Convent de Wilhelmsbad, l’une des deux réunions fondatrices du régime écossais rectifiée tenue en 1782,  il est indiqué que cette Règle devait être lue au candidat lors de sa réception dans l’Ordre. Nous nous permettons ici de reproduire le dernier paragraphe de la dite Règle qui, sans en divulguer le contenu précis à des non maçons lisant cette brève étude, permettra d’en faire connaître l’esprit.

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MÉMOIRE SUR LA BIENFAISANCE

Le Mémoire sur la Bienfaisance d’Henri de Virieu

 

Il s’agit de fixer invariablement le véritable sens que l’Ordre doit attacher au terme de bienfaisance, qui est le cri universel et le point de ralliement de tous les Francs-Maçons. Tous en effet s’en servent également, tous en font la base de leurs systèmes, tous veulent qu’elle dirige également et les formes et les actes de notre institution. Mais faute de s’être entendus sur la véritable signification de cette expression, quoique tous aient en apparence le même objet, tous varient dans les applications, et presque tous. se bornant à des points de vue particuliers d’une chose qui ne devait être considérée que dans son ensemble le plus vaste, se sont renfermés dans des sphères trop rétrécies, d’où il est résulté une multitude de systèmes différents sur la manière dont l’Ordre doit diriger ses travaux. Tous ces systèmes, occupés uniquement à propager les branches particulières, de la bienfaisance qu’ils prennent pour son véritable tronc, sont susceptibles d’être conciliés facilement lorsqu’on cessera de particulariser ce qui doit être général, lorsqu’on ne bornera plus le sens d’un mot destiné à exprimer une vertu dont l’essence est d’être sans bornes comme l’amour de l’Être éternel pour toutes les créatures qui en est le principe.

Ce n’est point dans des discussions académiques ni grammaticales que nous devons chercher la solution qui nous occupe. C’est au fond du coeur que doit exister l’image qu’il s’agit d’exprimer. Lui seul doit juger si le tableau est conforme au modèle; et si, après avoir entendu ce mémoire, le coeur, satisfait des idées qu’il renferme, se sent entraîné, leur donne son approbation. il ne faut pas aller plus loin : la question est décidée, et un Ordre aussi complètement voué à faire le bien ne peut hésiter à adopter un sens qui ouvre la carrière la plus vaste pour remplir de la manière la plus étendue qu’on puisse concevoir son objet sacré. D’ailleurs, supposé que le sens que l’Ordre adoptera diffère en quelque chose du sens vulgaire, peut-on lui refuser le droit de déterminer par lui-même l’étendue des idées qu’il veut attacher au nom d’une chose qui fait la base et le mobile de tous ses travaux?

La vertu qu’on nomme bienfaisance est cette disposition de l’âme qui fait opérer sans relâche en faveur des autres le bien, de quelque nature qu’il puisse être. Cette vertu embrasse donc nécessairement un champ immense, car son essence étant d’opérer le bien en général, tout ce que l’esprit peut concevoir de bien dans l’univers est de son ressort et doit être soumis à son action. C’est de cette manière que l’homme doit envisager etpratiquer la vertu par laquelle il se rend le plus semblable à son principe infini dont il est l’image, à ce principe de bonté qui, voulant sans cesse le bonheur de toutes ses productions sans exception, agissant sans cesse pour le procurer, est ainsi éternellement e infiniment bienfaisant.

Telle est donc l’idée que l’on doit se former de la bienfaisance, qu’elle doit s’étendre sans exception à tout ce qui peut être véritablement bon C utile aux autres, qu’elle ne doit négliger aucun des moyens possibles de l’opérer. Celui qui se borne à donner des secours pécuniaires à l’indigence fait à la vérité un acte de bienfaisance, mais ne peut légitimement obtenir le titre de bienfaisant; non plus que celui qui croit avoir satisfait à tout en protégeant l’innocence, ou celui qui se réduit à soulager ses Frères souffrants, ou même celui qui dans un ordre bien supérieur ferait consister toute sa bienfaisance à éclairer et instruire ses semblables.

Car tous ces biens pris séparément ne sont que des rameaux divers du même arbre, qu’on ne peut isoler sans les priver de leur vie. Mais celui-là seul mérite véritablement le titre de bienfaisant, qui, pénétré de la sublimité de son essence, considérant la grandeur de sa nature formée l’image et à la ressemblance du principe éternel de toute perfection, l’oeil fixé sur cette source infinie de toute lumière, de tout bien, pour l’imiter et accomplir ainsi les devoirs sacrés qui lui sont imposés par sa nature, sont que, de même que la bonté éternelle embrasse tous les êtres, tous les temps, tous les lieux, de même la bienfaisance, qui n’est que la manifestation de la bonté, doit être sans bornes; que créé à la ressemblance divine, il viole sa propre loi lorsqu’il oublie le devoir d’imiter sans relâche son modèle, et qu’il ne manifeste son existence à tous les êtres que par ses bienfaits; que né pour être l’organe de cette infinie bonté, il ne doit jamais fermer une main destinée à en répandre,à en propager les effets, qui selon les circonstances et ses moyens il donne, conseille, protège, soulage, instruit, qui pense et agit sans cesse pour le bien de ses semblables, ne cesse d’agir que pour recommencer, fait que cette tâche est celle de toute la durée de son existence, et qui enfin, si les bornes de ses facultés ne lui permettent pas de parcourir à la fois cette immense carrière, embrasse au moins dans son coeur, sa volonté, ses désirs, tous les moyens imaginables d’opérer le bien et tous les êtres susceptibles d’en ressentir les effets.

C’est donc s’abuser profondément que d’accorder le titre général de bienfaisance à des actes particuliers de cette vertu dont l’essence est d’embrasser sans exception tous ceux qui peuvent tendre à faire le bien de l’humanité.

Notre Ordre respectable ayant pour objet la manifestation de cette vertu, n’en doit pas plus borner les applications que le sens : rien de ce qui peut être utile à l’humanité, sans en excepter ses propres membres, qui sont les premiers appelés à recueillir les fruits précieux de l’institution qui les unit, ne doit lui être étranger, et sa devise générale devrait être : Boni nihil a me alienum puto.

Cessant donc de morceler la bienfaisance, ainsi qu’on l’a presque toujours fait, de la diviser en une infinité de branches isolées, et par conséquent de l’affaiblir, de la dégrader, réunissons au contraire toutes celles qu’il est possible de concevoir pour en former la bienfaisance générale de l’Ordre. Répandu ou destiné à se répandre sur toute la surface de la terre, possédant dans son sein des membres de tous les rangs, de tous les états, de tous les pays, réunissant ainsi ou susceptible de réunir au plus haut degré tous les genres de connaissances, de talents et de moyens, gardons-nous d’atténuer les résultats qu’on doit attendre d’une si grande combinaison de forces, que la bienfaisance universelle de l’Ordre, uniforme dans son principe, c’est-à-dire active, éclairée et fondée sur l’amour le plus ardent de l’humanité et le respect le plus profond pour les lois du Grand Architecte de l’ Univers, soit dans ses applications aussi variée que les besoins de l’humanité. Que toutes les parties de l’ Ordre et tous ses membres s’accordent simplement à donner sans cesse l’exemple pratique de la vertu, de l’attachement et du respect pour la divinité e ses lois, du patriotisme, de la soumission au Souverain et aux lois, en un mot : de toutes les vertus religieuses, morales e civiles, parce que cette manière d’être utile à l’humanité, en même temps qu’elle est la plus efficace, est universelle e n’admet aucune exception ni pour les temps, ni pour les lieux, ni pour les circonstance.

Quant aux biens particuliers que notre institution peut répandre sur la famille humaine, qu’ils dépendent des moyens, des facultés, des circonstances, des localités de chaque établissement et de chaque individu, Que dans un lien nos établissements fondent des moyens de soulager les pauvres et les malades, que dans un autre ils ouvrent des asiles à l’indigence et à la vieillesse, qu’ici l’on élève des orphelins, que là on établisse des écoles où chacun puisse apprendre ce qu’il doit à Dieu, à son Souverain, à sa patrie, à ses frères, à lui-même; où l’on puisse cultiver et favoriser tous les genres de connaissances utiles au bonheur de l’humanité etcapables de porter les hommes au bien et à la vertu, que chaque établissement, chaque individu soit certain d’avoir remplies les vues de l’Ordre lorsque, suivant sa situation et ses moyens, il aura accompli dans sa sphère le genre de bien qui aura pu y être de la plus grande utilité. En un mot, je le répète, qu’aucun genre de bienfaisance ne nous soit étranger, que ce soit là le lien commun qui réunisse toutes, les parties de l’Ordre, que quels que soient les systèmes que l’on pourra adopter ailleurs, ils aient tous ces principes pour base immuable, et pour objet premier fondamental inaltérable de faire à l’humanité le plus de bien possible, dans le sens le plus étendu que l’esprit peut concevoir.

Ce plan, tout vaste qu’il est, n’a rien qui doive ni qui puisse effrayer. Il n’exige absolument que cette pureté d’intention C cet amour du bien que tous les régimes s’accordent à supposer e qui doivent nous caractériser tous. Malheur à celui dont le coeur desséché et corrompu ne goûterait pas des principes aussi satisfaisants, il n’est en aucune manière digne de nous appartenir, nous devons le repousser s’il se présente, ou l’éloigner de nos temples s’il les habite.

D’ailleurs ce plan, n’ayant rien d’uniforme que les principes de vertu qui en font la base, s’accommode naturellement dans ses détails à tous les systèmes honnêtes, à tous les talents, à tous les moyens, à toutes les localités, à toutes les circonstances. Est-il en effet une seule vertu extérieure qui puisse trouver autant d’aliments, autant d’occasions de se manifester, qui soit susceptible d’une aussi grande diversité d’applications Puisqu’il n’est pas un seul instant de la vie où elle ne puisse s’exercer et que, quelqu’active qu’elle puisse être, le nombre infini des besoins de l’humanité, sans cesse renaissants, sera toujours infiniment plus grand que celui des secours que notre faiblesse nous permet de leur opposer. Une correspondance exacte et fraternelle dont le Chef général de l’Ordre soit le centre et les archives provinciales et priorales le dépôt, doit suffire pour conserver l’ensemble, et la pureté des principes, mettre toutes les Parties de l’Ordre à même de jouir de tous les biens divers qui doivent s’opérer dans tous les lieux où il étendra ses bienfaits, et d’y participer au moins par leurs applaudissements et leurs désirs, s’ils ne le peuvent par leurs actes mêmes.

C’est ainsi que l’Ordre doit envisager le sens du terme de bienfaisance. C’est ainsi qu’en l’adoptant dans la plus grande étendue dont il soit susceptible, cet Ordre si répandu, si éclairé doit se tracer une carrière de bienfaisance, aussi vaste que le principe vivant ans lequel cette vertu prend sa source, principe qui n’est, je le répète, que cette bonté, cet amour infini du Grand Architecte de l’Univers pour toutes ses créatures, que tout homme, né à l’image et ressemblance divine, est tenu d’imiter, et dont il trouve au fond de son coeur de si délicieuses récompenses lorsqu’il est fidèle à cette loi imprimée si profondément dans tout son être. Enfin c’est ainsi que tous les projets particuliers se peuvent concilier en entrant dans les vues générales, que l’Ordre, consacré sans réserve au bien de l’humanité, ne se manifestant que par ses bienfaits, se fera chérir et respecter à jamais et assurera pour toujours son existence et sa tranquillité"

A Circulis

 

 

10/06/2013 – « lettre à un candidat » par Jean-Baptiste Willermoz

 

Nous publions ici l'essentiel de la lettre qu'écrivit Jean-Baptiste Willermoz à un candidat à l'entrée dans une loge rectifiée.

Elle est conforme à l'originale qui se trouve à la Bibliothèque Municipale de Lyon (MS 5918 P.3).

 

"Monsieur,

[…] L’origine et le but essentiel de cette institution sont très anciens et sont fort peu connus, même du plus grand nombre de ceux qui portent le titre de Maçon, parce que le grand nombre se contente de l’écorce, et fort peu cherchent le noyau. Les uns ne désirent d’acquérir ce titre que pour se procurer sous son voile quelques amusements mystérieux et des amis souvent alors aussi peu solides que le goût qui les unit ; d’autres le désirent pour exercer en commun une bienfaisance louable et honorable qui est le but ostensible et général de la Société ; d’autres enfin, qui n’ont pu penser qu’une institution dont l’origine primitive se perd dans la nuit des siècles puisse exister et avoir résisté à tous les chocs sans être soutenue par un but fondamental et essentiel pour les hommes de tout rang, âge et nation, ont pris un essor plus élevé, de sorte que pendant que les uns rampent dans le vestibule de l’Edifice, d’autres planent sur son toit.

Les écarts des uns dans la société civile ont avili aux yeux du public, souvent imprudent et précipité dans ses jugements, la Société la plus respectable, parce qu’il a fait à cet égard comme il fait quelquefois pour ce qui concerne la Religion qu’il confond souvent avec la conduite répréhensible de quelques ministres qu’elle emploie. Mais cette Société ayant en elle une force propre, n’a point été et ne peut être par là avilie dans son essence, qui sera toujours très respectable.

De cette diversité de goût […] a dû résulter […] des Régimes différents, dont les uns, à mesure qu’ils se sont plus rapprochés du but primitif, auront dû avoir des règles plus austères que ceux qui auront préféré d’en rester plus éloignés […].

Cet exposé suffira je pense pour vous porter à examiner sérieusement quel est le régime qui conviendrait le mieux à vos vues et à vos goûts, et je me ferai ensuite un devoir et un plaisir de vous indiquer les portes de celui que vous aurez préféré.

Celui auquel je suis attaché […] a la dénomination particulière de Régime Rectifié. Il n’est pas le plus commode, ni le moins exigeant de tous ; mais s’il exige plus que les autres de ses membres, il leur laisse aussi espérer davantage […]. Voici, Monsieur, pour aider à vos réflexions, une définition générale de la Maçonnerie dans le Régime Rectifié, qui est le seul dont je vous parlerai maintenant.

La Maçonnerie est une école dans laquelle on éprouve graduellement l’aspirant pour en former un homme moral utile dans toutes les parties de la Société humaine où la divine providence l’a placé […]. [Dans cette école] on le forme […] sous le voile de divers symboles, emblèmes et allégories propres à exercer son intelligence suivant sa capacité. […] L’étude [de ces symboles, emblèmes et allégories] est adoucie par quelques amusements de société, honnêtes et décents, qui deviennent intéressants par le sel du mystère qui les accompagne. On le forme ainsi s’il ne l’était déjà, ou on le fortifie dans l’amour d'une pratique constante des devoirs religieux, moraux et sociaux, afin qu’il acquiert l’habitude de cette vertu aimable et douce […] mais qui ne peut mériter le nom de vertu qu’autant qu’elle est fondée sur les bases inébranlables de la religion chrétienne. Ainsi, quoique la société des Maçons ne soit pas une société religieuse, car toute controverse en matière de religion et de politique est expressément défendue dans toutes ses assemblées, cependant les principes maçonniques qui la dirigent sont intimement liés aux principes fondamentaux de la Religion sans lesquels nulle société particulière ne peut être essentiellement utile. Ainsi, pendant que le corps entier peut se rendre utile par la bienfaisance à la partie souffrante de l’humanité, chaque individu qui la compose peut y trouver aussi pour lui-même un avantage réel et inappréciable pour tout le cours de sa vie, et bien au-delà, s’il sait priser le bien que l’institut peut lui faire.

Voilà, Monsieur, une légère esquisse de la Maçonnerie en général. Je me fais un plaisir de vous la présenter telle que je la connais, je souhaite qu’elle vous soit agréable. Nous ne proposons à personne de se faire recevoir parmi nous, et en cela nous différons beaucoup des autres, mais nous devons quelques conseils et éclaircissements à celui qui se présente de sa propre volonté. Nous devons lui faire entrevoir que la démarche qu’il se propose de faire est beaucoup plus importante que plusieurs ne le pensent, afin qu’il puisse réfléchir mûrement avant de demander sa réception […].

Si après cet exposé vous persistez, Monsieur, dans le dessein que vous m'avez annoncé, je dois vous faire remarquer qu il n’y a nulle nécessité pour un homme de se faire recevoir Maçon, mais qu’il est de la plus grande importance pour un homme marié de ne faire aucune démarche essentielle qui puisse altérer le moins du monde l’union dans sa maison. Bien des femmes ont un préjugé contre la Maçonnerie ; tout injuste qu’il est, un homme sage ne doit pas le heurter de front. Parmi les femmes qui chérissent leur époux, il y en a qui regardent comme un temps enlevé aux douceurs de leur union celui que le mari destine à une association étrangère ; elles craignent quelquefois que ce qui est un bien apparent ou ne présente qu’un amusement honnête ne devienne une cause de dissipation nuisible de manière ou d’autre au bien commun de la maison. J’ose vous assurer que ces craintes sont sans fondement, mais on doit les excuser chez celles qui sont les premières victimes de leurs préjugés, et on doit agir à leur égard avec toute la prudence que suggère l’amitié. L’homme honnête qui s’est choisi une compagne doit lui rendre autant qu’il peut la vie douce, et ne pas la semer sans une nécessité absolue d’aucune amertume ; le bonheur n’existe que là où on le procure à tout ce qui nous environne. Le vrai Maçon doit être fidèle sujet, bon mari, bon père, bon ami, enfin il doit être tout ce que lui inspire l’amour de la vertu et de ses devoirs : voilà ses caractères essentiels. S’il ne les a pas, ou s’il ne les acquiert pas, il court grand risque de déshonorer la Société en se déshonorant lui-même […].

Je vous prie, Monsieur, de ne pas donner de publicité à cette lettre qu’une estime particulière a dictée, de peur que si elle venait à la connaissance de quelque Maçon, elle ne blessât, contre mon intention, ceux qui pourraient se reconnaître à certains portraits."

Jean-Baptiste WILLERMOZ

 

 

30/04/2013 – Réélu le 27 avril, Le Grand Maître du GPDG répond à nos questions

 

Par vote des représentants des loges le 27 avril 2013, le Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules a été réélu  pour un mandat de 4 ans. Il a installé le même jour les responsables de l'obédience dont certains sont élus et d'autres nommés.  Bruno Abardenti a répondu à nos questions à l'occasion de cette journée importante pour l'avenir du GPDG.

 

Bruno Abardenti, vous avez été élu samedi 27 avril par les représentants des loges du Grand Prieuré des Gaules pour un deuxième mandat de 4 ans.

Quel bilan tirez-vous de votre premier mandat, notamment au niveau de vos relations avec le reste des obédiences et juridictions maçonniques ?

Le Grand Prieuré des Gaules a continué d’accueillir tous les Frères de toutes les Obédiences, pour peu que nous les invitions, repoussant ainsi la stupide équation reconnaissance-régularité. Puis, nous avons visité les cœurs et les Ordres sans jamais juger, mais bien plutôt en essayant de se féliciter d’un Rite écossais rectifié en plein développement témoignant donc à son insu peut-être, d’un christianisme en marche.

Le point d’orgue étant le 23 juin de l’année dernière où les juridictions rectifiées travaillaient ensemble à Lyon au grade d’Ecuyer Novice, montrant ainsi qu’au-delà des primaires divergences et des inutiles combats de chapelles, l’esprit rassembleur du Rectifié de Willermoz triomphait.

Quels autres événements marquants retiendriez-vous ?

Dans le but à la fois de conserver notre patrimoine, notre histoire, mais aussi d’être un Ordre en marche, nous avons simultanément célébré le soixante-quinzième anniversaire du Grand Prieuré des Gaules, le dixième anniversaire de la séparation d’avec la Grande Loge Nationale Française, développé nos moyens d’expression à travers les Cahiers Verts, mais aussi par la refonte et la publication de tous nos rituels ainsi que de notre site Internet, dont on retrouvera ces jours-ci une nouvelle architecture, une nouvelle arborescence.

De quoi sera fait le GPDG de demain ?

Beaucoup ont souhaité et espéré vivre cette sentence de l’Evangile de Jean : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi, fera lui-même les œuvres que je fais et en fera encore de plus grandes, parce que je m’en vais à mon Père » (Jean, 14-12). L’Ordre nous invite à garder cette parole, à la faire fructifier, à la vivre. Dans ce monde de cherchants où la civilisation s’enténèbre, notre rôle et notre mission, l’obligation chevaleresque et initiatique de l’Ordre, c'est d'être sentinelle des autres et gardien du prochain. Renoncer à cette diaconie maçonnique serait le reniement de nos engagements… En tant que Grand Maître, je placerai ma mandature exclusivement au service de ce témoignage-ci, celui de l'initiation.

Pour finir, pouvez-vous nous dire en quelques mots ce qu'est l'initiation pour vous ?

L'initiation parfaite n’est pas seulement martiniste, martinézienne, willermozienne, française ou écossaise, ni uniquement maçonnique et chevaleresque. Révélée à tous et permise à chacun, elle demeure l’initiation la plus haute parce qu’au cœur de Dieu, la plus charitable parce qu’en communion avec tous les hommes, la plus juste parce qu’elle va à l’encontre de ceux qui marchent vers elle, la plus utile à l’homme parce que la seule à pouvoir le restituer dans son état premier. Cette initiation dépasse tout ce qui existe, et surpasse tous les au-delà. Là où elle passe, l’en deçà trépasse. Cette initiation de la Gloire de Dieu qui ne se limite pas, est le Christianisme.

 

 

13/12/2012 – Les Cahiers verts – Édition 2012 – Numéro 7

 

Parution du dernier numéro des Cahiers verts, revue d'études symboliques et spirituelles du Grand Prieuré des Gaules.

Au sommaire de cette livraison, nous retrouvons les deux parties habituelles :

 

Rubrique "La vie de l’Ordre"

- Discours du Sérénissime Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules (Saint-Michel 2012), Bruno in Ordine eq. ab Ardenti Corde

- Propos du Trés Révérend Grand Prieur du Grand Prieuré féminin de France (Saint-Michel 2011), J.-M. in Ordine eq. a Corde aureo

- Etapes marquantes de la vie de l’Ordre en 2011-2012 ,

- Le Temple , Un maître de la II° Province - Auvergne

- « La Mort a réparé la vie » , Un maître de la III° Province - Occitanie

 

Rubrique "Etudes et contributions"

- Trois phases de développement du grade de Maître , Jan A.M. Snoek

- Martinisme et franc-maçonnerie : Les équivoques historiques et spirituelles du régime écossais rectifié, Roger Dachez

- Une chevalerie au XXIe siècle ? , Galahad

- Au convent de Wilhelmsbad : Des templiers aux rectifiés , Vincent Charlier

- Les rituels Rose+Croix de la Bibliothèque d’Avignon , Michel Chazottes

- Willermoziana : L’arbre généalogique de la famille Willermoz , Jean-François Var

 

 

15/11/2012 – Communiqué du 15 novembre 2012

 

Paris, le 15 novembre 2012

Modification de l’Accord exclusif de janvier 2008 entre le Grand Prieuré Des Gaules (GPDG) et la Société De l’Initiation (SDI) au sujet de la Société des Indépendants.

Un Accord d’association exclusif entre le Grand Prieuré des Gaules (GPDG) et la Société de l’Initiation (SDI) a été conclu le 19 janvier 2008.

Par cet accord, le GPDG confiait et déléguait à la SDI la gestion administrative et la pratique rituelle des Ordres, Sociétés, Organismes, Rites et grades initiatiques de nature non maçonnique dont lui-même est dépositaire.

En vertu des dispositions du paragraphe 2 de l’article 6 de cet accord, cette délégation portait sur la seule « Société des Indépendants » ou « Société Saint-Martinienne », dirigée par un Philosophe Inconnu – Organisme associé du GPDG visé dans sa Constitution.

Lors de réunions respectives des organes directeurs de la SDI et du GPDG le 15 octobre 2012, le GPDG a décidé de mettre fin à cette délégation de pouvoir en faveur de la SDI, par modification de l’accord exclusif conclu en 2008.

En vertu du souhait commun des Présidents du Grand Prieuré Des Gaules (GPDG) et de la Société De l’Initiation (SDI), ainsi que du Vice-Président de la SDI, représentant la Société des Indépendants en sa qualité de Philosophe Inconnu de la Société des Indépendants (SI), il a été convenu que cette dernière, cessant ainsi d’être une « Section » de la Société De l’Initiation (SDI), ses activités se poursuivraient à compter du 15 octobre 2012, en tant qu’organisation martiniste pleinement responsable, autonome et indépendante vis-à-vis du GPDG - le GPDG maintenant l’ensemble de ses droits concernant le martinisme.

 

19/10/2012 – La Saint Michel 2012

 

Le samedi 29 septembre s'est tenu l'assemblée annuelle du Grand Prieuré des Gaules et de la Grande Loge Réunie et Rectifiée de France à l'occasion de la fête de la Saint-Michel.

La matinée fut consacrée à la cérémonie d'armement de deux frères Ecuyers novices qui avaient précédemment participé à la matinée d'armes, cérémonie préparatoire avant l'armement des futurs Chevaliers. L'après-midi débuta par l'accueil, en tenue de grande loge, des principales obédiences qui composent la maçonnerie française ainsi que les obédiences étrangères amies du GPDG. La tenue de grande loge fut aussi l'occasion pour le Maître Général et Grand Maître adjoint de rendre compte des activités des loges autour du thème d'étude de l'année 2011-2012 : "l'édification du temple maçonnique". Comme chaque année depuis son élection à la tête du Grand Prieuré des Gaules, le Grand Maître National indiquera les grandes orientations de l'Ordre pour l'année qui commence. Celles-ci peuvent se résumer par cet appel aux Frères du GPDG : "L’Esprit nous appelle à quitter nos grottes, nos huttes, nos forêts et nos chapelles, pour des ailes qui voient les yeux de Michael. Soyons d’éternels amis de l’Epoux, chevauchons les nuées et entrevoyons nos intimes, « ces diaphanes habitants de l’invisible éther », mais aussi nos frères qui cherchent une main, un secours, un baiser, une épaule et non la leçon d’un astre mort. Soyons fils de cette grande Lumière pour nous enivrer ensemble de l’Amour du Christ".

 

 

18/06/2012 – Les actions de communication du GPDG

 

Le Grand Prieuré des Gaules tient à rappeler que seul son site web véhicule ses positions officielles.

Toute prise de parole par des membres du GPDG, quels qu'ils soient, sur internet et plus particulièrement sur les réseaux sociaux doit être considérée comme une position personnelle n'engageant nullement le GPDG.

Par cette politique stricte de communication, qui n'exclut pas le recours aux médias modernes, mais qui essaie de mettre de l'ordre dans leur usage, le GPDG œuvre à protéger les idées qui constituent le fondement de la démarche initiatique qu'il propose à ses membres.

 

 

20/03/2012 - Communication suite aux attentats de Toulouse et Montauban

 

"Bien qu'il ne soit pas dans les habitudes du Grand Prieuré des Gaules de commenter la vie publique,  celui-ci,  face à l'horreur du drame, tient à exprimer sa compassion aux familles des personnes et des enfants tués dans les attentats à la vie commis à Montauban et à Toulouse.

Le Grand Prieuré des Gaules réaffirme son rejet total de toute forme d'exclusions et de systèmes qui ne placent pas l'amour de l'homme au centre du monde. Le sort d'aucun homme ne nous est étranger depuis l'aurore des temps. La xénophobie, le racisme, l'antisémitisme sont par nature totalement étrangers à l'humain et tout crime commis en son nom est un déicide. Le GPDG demande à tous ses membres d'associer dans leurs prières toutes les familles et communautés atteintes dans leurs corps, âmes et esprits."

 

 

09/03/2012 – 24 janvier 2012 Présentation des vœux du Président

 

Le 24 janvier dernier, le président de la république a présenté ses voeux aux francs-maçons à l'Elysée en évoquant la volonté de s'élever que partagent tous les maçons. Parmi les grandes obédiences françaises, le Grand Prieuré des Gaules était représenté par son Grand Maître.

 

25/11/2011 – Cahiers verts parution du numéro 6 de la nouvelle série

 

Les Cahiers verts sont la revue du Grand Prieuré des Gaules. Le lecteur y trouvera des études symboliques et historiques accessibles aux francs-maçons et à tous ceux qui s'intéressent à la franc-maçonnerie.

 

Le numéro 6 de la nouvelle série est paru en septembre 2011.

 

Au sommaire de ce numéro :

  • La vie de l’Ordre
  • Fragments... par Bruno in Ordine ab Ardenti Corde
  •  Le triangle d’Orient par Dominicus in Ordine Eques a Rosis Vitae
  • Les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte : Un Ordre de Chevalerie selon l'Esprit par Johannes Marcus in Ordine a Crucis mysterio
  • In memoriam
  • Etudes et contributions
  • Impressions... par S. V.
  •  Des erreurs sur Louis-Claude de Saint-Martin (1777) par Michel Chazottes
  • Les mémoires de Charles de Hesse par Vincent Charlier
  • Rumeurs et humeur par un Philosophe inconnu

 

 

24/11/2011 – St Michel 2011 : l’histoire en marche

 

 

Comme chaque année le Grand Prieuré des Gaules a célébré sa fête annuelle de la Saint-Michel en présence de représentants de ses propres loges et de ceux des obédiences amies.

 

La fête a eu une couleur particulière cette année pour quatre raisons plus réjouissantes les unes que les autres...

 

La Famille rectifiée réunie

 

En effet, la famille rectifiée française s'est réunie en cette fête au grand complet. Étaient représentées les obédiences suivantes :

- Les Grands Prieurés Unis des Trois Provinces (Loge Nationale Française)

- La Province d'Auvergne (Grande Loge Traditionnelle et Symbolique - Opéra)

- Le Grand Prieuré Indépendant de France (Grand Orient de France)

- Le Grand Prieuré Ecossais Réformé et Rectifié d'Occitane (Grande Loge Ecossaise Réformée et Rectifiée d'Occitane)

Le rectifié européen était lui aussi représenté par :

- Le Grand Prieuré d'Hispanie

- Le Grand Prieuré Rectifié Indépendant de Suisse

 

"La reconnaissance du principe de la maçonnerie féminine"

 

Et pour la première fois, le GPDG reconnaissant depuis ce printemps "le principe d'une maçonnerie féminine", furent présentes en grand nombre nos soeurs rectifiées du Grand Prieuré Féminin de France ! Cette reconnaissance signifie que des obédiences féminines choisies par le GPDG pour le sérieux de leur travail sont invitées une fois l'an à nos travaux de la Saint-Michel.

Et puisque notre maçonnerie est une maçonnerie d'ouverture sur l'autre, nos obédiences amies représentées ne se limitaient pas au Régime rectifié :

- Grande Loge de France

- Grande Loge de Memphis Misraïm

- Grande Loge Féminine de Memphis Misraïm

- Grande Loge Féminine de France

- Loge Nationale Française dans sa composante rectifiée mais aussi de Rite français et de Rite Anglais

L'Europe était elle aussi présente au travers de nos Frères des :

- Grande Loge Nationale du Portugal

- Grande Loge Unie portugaise

- Grande Loge Italienne

Le Grand Maître National Bruno i.O. Eques ab Ardenti Corde qualifia cette journée de "jour de grâce" dans la mesure où pour la première fois de façon aussi complète et aussi solennelle, toute la famille rectifiée fut réunie.

 

Renaissance de la "Grande Loge Réunie et Rectifiée de France"

 

Le Grand Maître rappelle ensuite un bref historique de notre Grand Prieuré :

- Le GPDG fut créé en mars 1935 et en octobre 1935 il établit sa "Grande Loge du Régime Rectifiée" qui s'allia en 1958 avec la GLNF

- En 1992, les chevaliers du Temple et de Malte furent adjoints au Rectifié au sein de ce qui devenait alors GPDG - Ordres unis

- En 1995, les grades de sagesse du Rite Français complétèrent cette palette de rites chrétiens

- En 2000, le GPDG reprit son autonomie sortant ainsi de la parenthèse ouverte en 1958

... et en ce 23 septembre 2011, après vote unanime le 17 juin du Conseil national et le 23 septembre du Grand Chapitre, le Grand Prieuré des Gaules réveille sa Grande Loge qui s'appellera désormais la Grande Loge Réunie et Rectifiée de France. Elle régira les établissements maçonniques : loges de saint Jean, loges de saint André et chapitre de l'Arc Royal.

Deux traités d'amitié

Une bonne nouvelle ne venant jamais seule, un traité d'amitié fut signé avec le Grand Prieuré Indépendant de France (GPIF) du Grand Orient de France et un deuxième traité, similaire au premier, fut signé avec le Grand Prieuré Écossais Réformé et Rectifié de France (GPERRO).

Le traité avec le GPIF vient compléter celui signé en 2002 avec le GODF. Il ne fait que formaliser des relations fraternelles qui se sont tissées ces dernières années entre les deux Grands Prieurés.

Le Traité avec le GPERRO eut quant à lui un goût de retrouvailles dans la mesure où la plupart de ce Grand Prieuré ami sont d'ancien membre du GPDG qu'ils ont amicalement qualifié de "maison mère".

 

Ces deux traités sont, de l'avis de tous, le premier pas sur une route heureuse qui s'est ouverte il y a quelques années et à laquelle d'autres sont conviés.

La surprise du jour

Si la reconnaissance du principe de maçonnerie féminine et la réunion de la famille rectifiée étaient deux événements annoncés depuis quelques mois, la surprise du jour fut la publication d'une Histoire du Grand Prieuré des Gaules avec en sous-titre "Le Régime écossais rectifié du XVIIIè siècle à nos jours" (Editions du Simorgh, 2011).

Ce livre qui était un rêve souhaité par le Grand Maître Emérite Daniel F. a été réalisé par une poignée de frère en un temps record. Commencé en mai 2011 par Jean-Marc Vivenza, à la demande du Grand Maître National et avec l'aide des éditions du Simorgh et de Jean-François Var - historien et Grand Aumônier de l'Ordre, il fut terminé début septembre et remis en ce jour de fête en cadeau à notre Grand Maître Emerite et à nos obédiences amies présentes à notre assemblée annuelle.

Les Frères et Soeurs quittèrent le Grand Temple de la Rue Puteaux avec la joie, l'émotion et la fierté qui ont été les conséquences directes de ce quadruple succès :

- réunion de la famille rectifiée

- reconnaissance du principe de maçonnerie féminine

- réveil de la Grande Loge Réunie et Rectifiée

- éclairage inédit sur de notre Histoire

À n'en point douter, dans quelques années nous serons fiers et émus de dire que nous y étions, que nous avons participé à ce grand pas... le premier d'un long chemin rempli du bonheur d'une fraternité qui s'accomplit au travers de notre Grande Loge Réunie et Rectifiée de France !

 

 

09/08/2011 – Cahiers Verts 2010 – Le sommaire

 

Les Cahiers verts sont une revue annuelle. L'édition 2010 (n° 5 de la nouvelle série) sera disponible mi-septembre chez nos libraires partenaires. En attendant, en guise d'avant-goût, vous trouverez ci-dessous le sommaire de ce prochain numéro :

 

  • La vie de l’Ordre
  • La première maxime du grade d’Apprenti par Dominicus in Ordine Eques a Rosis Vitae
  • L’ésotérisme chrétien du grade de Maître Ecossais de Saint André par Georgius in Ordine Eques a Valle Sancta
  • Etudes et contributions :
  •  A propos des banquets maçonniques par Michel Mathy
  • Pour Massignon, contre Guénon par Jean-François Var
  • Les rituels maçonniques et chevaleresques de la bibliothèque d’Avignon par Michel Chazottes

 

 

01/04/2011 – Entretien avec un Grand Maître

 

Sous le titre Entretiens avec un Grand Maître, nous démarrons une série d'entretiens réguliers avec le Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules. Dans ce premier entretien, accordé début avril, il aborde deux thématiques principales :

• Au travers d'une série de trois questions, il apportera un éclairage sur ce que peut être l'initiation en 2011 dans un langage simple et percutant loin des grands développements souvent usités pour aborder cette question qui, avouons le, ne manque pas de complexité.

• Au travers de trois autres questions, il mettra en lumière les valeurs que promeut le Grand Prieuré des Gaules en tant qu'Ordre de francs-maçons chrétiens et également celles qui lui sont totalement étrangères.

 

L'initiation aujourd'hui

Qu'est-ce que l'initiation ?

L'initiation est une propédeutique aux mystères divins. C'est une voie d'accès à sa propre réalisation spirituelle afin de devenir pleinement homme. Pour ne pas commettre les erreurs dues à l'orgueil, l'initiation se fait dans la loi d'amour, accompagné de Frères nous guidant sur ce chemin de vie.

Que peut-elle apporter à l'homme d'aujourd'hui ?

Le bien-être de la Vérité. Une vérité qui ne commande pas, qui s'invite à notre table, qui nous confronte et nous fait serviteurs des hommes. Là est notre noblesse.

Qu'est-ce qui caractérise les initiés ?

Leurs devoirs. Ayant reçu la lumière, ils ont mission de la transmettre et d'éclairer tout homme dans les ténèbres du monde. Ils ont pour outils les vertus dont la reine est la Charité. Un initié ne peut en aucun cas avoir peur de l'autre. Il ne peut que l'aimer même s'il ne le comprend pas. Notre fraternité repose sur ces fondements.

 

Les valeurs que promeut le Grand Prieuré des Gaules

Qu'est-ce qui définit l'identité du Grand Prieuré des Gaules ?

Le Grand Prieuré des Gaules est une obédience maçonnique pratiquant des rites chrétiens dès l'origine et révélant dans leurs grades ultimes la beauté du christianisme.

 

Quelles sont les valeurs que vous promouvez auprès de vos membres ?

Nous pratiquons les vertus mettant le sort de chaque homme, image de Dieu, au coeur de nos préoccupations. Ces vertus, issues des Ecritures saintes, nous fondent... avec elles.

 

Y a-t-il des valeurs de ce monde qui vous sont totalement étrangères ?

La xénophobie, le racisme, l'antisémitisme, toute forme d'exclusion et tout système qui ne place pas l'amour de l'homme au centre du monde.

Propose recueillis par le Rédacteur en chef du site GPDG.org

 

 

14/02/2010 – La plénitude de l’initiation dans la plénitude de la foi

 

Nous sommes une obédience maçonnique chrétienne et chevaleresque en communion avec toutes les institutions maçonniques qui cherchent la lumière. L’authenticité des rites pratiqués au GPDG permet à chaque homme en quête de Dieu, sans pouvoir le nommer, d’aller à sa rencontre selon son propre rythme.

Nous accueillons tous les hommes animés de ce désir et tenons la promesse de remplir nos serments et obligations prêtés sur les saintes écritures, ouvertes au prologue de Saint-Jean.

Aussi n’étonnerais-je personne en commençant mon premier éditorial par cet évangile.

« Je vous fais un commandement nouveau, qui est que vous vous aimiez les uns les autres, et que vous vous entr’aimiez comme je vous ai aimés. C’est en cela que tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez l’amour les uns pour les autres » (Jean 13/34).

L’accomplissement intérieur de la charité co-opère à l’œuvre divine en augmentant l’extension du Royaume Céleste, transformant l’espérance de foi de chaque homme en vraie foi de chaque frère. Sur ce chemin, nous trouverons les hommes qui nous cherchent et notre sentier sera éclairé de ces faibles lumières qui sont notre force partagée. À dessein, nous enfanterons des ailes naissantes à nos omoplates silencieuses pour se faire gonfaloniers de soleils issants ; il nous faut être des hommes nouveaux pour cette ambitieuse metanoia. Oui il faut « naître de nouveau ».

La franc-maçonnerie, science de l’homme, fait de l’Ordre l’outil parfait de cette transformation, en lui permettant de vivre la plénitude d’un processus initiatique dans la plénitude de la foi.

L’Ordre en conformant ses actions à un Ordre bien plus grand que lui, travaille à la juste glorification d’un grand architecte créateur mais aussi rédempteur et réparateur. Citadelle imprenable, il œuvre à annuler la distance qui se trouve entre la lumière et l’homme, rempart impénétrable au vice, il empêche le retour du chaos, la chute vers la dissemblance et la marche vers le néant.

Miséricordieux, il introduit dans l’intelligence des mystères où soufflent les vents impétueux de l’esprit qui accomplissent le verbe.

La maçonnerie en quête du vivant est un lieu d’accueil de la révélation divine.

Il n’y a dans ce domaine ni limites ni exclusivités à l’église, et je vous rassure les prêtres aussi, sont rois et prophètes, pas seulement les hommes ! La lumière de Damas nous rappelle la soudaineté et la fulgurance de l’intervention divine en même temps que notre ignorance de l’heure et de l’instant.

La maçonnerie rapproche l’homme de Dieu et le place au cœur du Seigneur. Nous sommes Willermoziens et liés à l’origine, la nature et la perspective de l’homme, nous sommes donc naturellement attachés à la personne du Christ.

Bruno Abardenti

 

 

02/10/2009 – Le Grand Prieuré des Gaules installe son nouveau Grand Maître

 

 

Le Grand Prieuré des Gaules installe son nouveau Grand Maître

 

Paris, le 29/09/09 - Le Grand Prieuré des Gaules, Ordre des Chevaliers Maçons Chrétiens de France, première obédience maçonnique chrétienne de France, a pour nouveau Grand Maître : Bruno Abardenti.

 

Le Grand Prieuré des Gaules (G.P.D.G.) a tenu son assemblée annuelle de la Saint Michel le samedi 26 septembre dernier. Cette réunion qui a rassemblé de très nombreux Frères membres du G.P.D.G. et invités d'obédiences amies, marque le début effectif du mandat du nouveau Grand Maître.

Bruno Abardenti était auparavant Grand Maître adjoint du Grand Prieuré des Gaules après avoir occupé, entre autres charges, celle de Visiteur Général. Il est impliqué dans la direction de l'Ordre depuis plus de 15 ans, et a ainsi pris part aux principales décisions qui ont constitué l'identité du Grand Prieuré des Gaules : mise en place au milieu des années 90 des grades anglo-saxons et du Rite Français, fondation d'une Obédience indépendante après la séparation en 2000 d'avec la G.L.N.F.

Dans le discours prononcé après son installation solennelle, le nouveau Grand Maître définit en ces termes le rôle de la Franc-maçonnerie :

« En tant que science de l’homme, la Franc-maçonnerie fait de l’Ordre l’outil parfait de la transformation de l'homme, en lui permettant de vivre la plénitude d’un processus initiatique dans la plénitude de la foi. »

Evoquant les perspectives envisagées pour le Grand Prieuré des Gaules, il précisa dans l'l'introduction de son allocution: « Nous sommes une obédience maçonnique chrétienne et chevaleresque en communion avec toutes les institutions maçonniques qui cherchent la lumière. L’authenticité des rites pratiqués au G.P.D.G. permet à chaque homme en quête de Dieu, sans pouvoir le nommer, d’aller à sa rencontre selon son propre rythme... »

Le Grand Prieuré des Gaules < http://www.gpdg.org > est une organisation maçonnique et chevaleresque, qui a pour fondement la Foi en Dieu. Ses membres professent la religion chrétienne et portent, partout où ils se trouvent, son message. Sa mission spirituelle est de permettre à l’Homme, par l'initiation maçonnique, de retrouver sa nature originelle divine par une réalisation personnelle maçonnique, puis chevaleresque.